Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Souvenirs d'un jeune sot


Séraphin, 20 ans.

Je me nomme désormais Séraphin de Monllieu, pour vous servir. Et comme l’ange à qui j’aurais dérobé sa fonction, cela comportait deux « ailes ». Fils adoptif d’un comte et rentier se laissant vivre des plaisirs qu’offrait la cour du roi Louis XIII. Oui, j’étais donc ce que l’on appelait communément, un libertin. Et, selon les apparences, sans préférence de genre. Je souligne bien entendu souvent ce mot : apparence. Car à vrai dire, cela faisait bien longtemps que ces jeux ne m’amusaient plus.

Mon père, me fit former à diverses spécialités, et ce dans un seul but, me faire entrer un jour à la cour grâce à son nom et m’y faire travailler. Mais ce travail, outre le fait de requérir quelques spécialités, se voulait surtout discret puisque j’allais devenir de ceux qui écoutent, informent, délient les langues ou sont assignés à quelques missions, mais devaient toujours demeurer au secret. Et afin de brouiller les pistes, de ne pas attirer l’attention sur autre chose qu’une créature parmi d’autres, je devins ce qu’il fit faire de moi. Certes, je n’avais rien de discret dans mes habits de velours et de dentelles, poudré et parfumé comme une femme de rang, aux manières fines et exubérantes à la fois, mais c’était en me faisant remarquer ainsi que je passais inaperçu autrement.

Nouvellement arrivé, je dois avouer que je me suis laissé prendre dans quelques pièges et surtout, quelques lits. Me laissant tout d’abord aller à profiter de ces plaisirs, moi qui en découvrais toutes les subtilités. Je devins l’amant à la mode, tant de ces dames que de ces messieurs ayant de telles préférences. Pourtant, je ne me sentais pas vraiment attiré par ceux-ci, juste curieux et n’en eus pas tant que ce que l’on veut bien dire.

Et un jour, à force de jouer avec le feu, je m’y suis brûlé.

Vingt printemps et l’assurance illusoire des péquenots de mon âge, à se croire protégé de tout et capable de faire face à n’importe quelle situation. Me croyant assez fort pour ne rien craindre de personne. Et surtout, je me pensais protégé, à tout jamais, de ce sentiment qu’est l’amour. Préférant les passions d’un soir, qu’elles soient par plaisir ou pour affaire. Tâchant d’agréablement concilier les deux.

Je devais alors enquêter sur un escroc potentiel, un notaire accusé de détourner discrètement et surtout fort habilement quelques fortunes. L’homme, d’un âge certain et bien plus mûr que moi, ne se laissant pas cerner facilement, j’en vins à vouloir le prendre d’une autre façon. Ou plutôt et dit de façon cavalière, c’est sa jeune épouse que je vins à prendre. Et cavalier était le terme le plus adéquat.

Charmante jeune fille, Claire était son nom, livrée bien jeune à cet époux imposé et riche de ses escroqueries. Mais cela qui s’en doutait l’époque. Au regard de braise et au teint mat des filles ayant demeuré plus à courir les champs qu’à prier au fond d’un cloître. J’avoue qu’elle me plut très vite et que c’est sans remords que je l’amenais dans mon lit. Mais la donzelle, bien que peu expérimentée et profitant de mes services afin de goûter enfin aux joies de ces jeux de chambre… à mon plus grand plaisir, soyons honnête… n’avait d’égal à sa beauté que son intelligence. Et ne mit pas longtemps à comprendre que mon intérêt pour elle fut surtout de dénoncer son époux. Alors, si durant un temps, elle fit mine d’être la naïve petite maîtresse aussitôt culbutée aussitôt finement interrogée sur les activités de son mari, il ne tarda pas à naître entre nous une sorte d’association. Elle continuait à venir me voir et m’informer et moi, je me chargeais de lui donner ce plaisir que son époux devait avoir du mal à lui fournir.

Mais les choses durèrent trop selon le goût de certains et alors, que je faisais traîner tant le plaisir que la mise aux arrêts de l’époux de ma belle, l’affaire fut confiée à autre que moi sans que l’on vienne m’informer. Et moi, trop sot ou trop heureux au contraire de me satisfaire de cette vie, je ne compris ce qui arriva que lorsque l’on vint la chercher afin de l’emmener. Le mari mis aux arrêts, démis de ses fonctions, mais également privé tant de sa liberté que de ses biens acquit depuis des années sur le dos des nantis sans l’once d’un remords.

Je vois encore mon intrépide Claire, me fixant de ses prunelles sombres, tâchant de retenir ses larmes, courageuse qu’elle était, avant de monter dans une voiture. Alors que je tentais désespérément tardivement de convaincre les gardes et les huissiers qu’elle fut innocente et sans connaissance de tout cela. Mensonge évident qui faillit me coûter cher. Elle fut jugée et mon intervention lui permit in extremis d’échapper à une dure sanction, mais au lieu de cela et ses juges demeurant perplexes, elle fut assignée à poursuivre ses plus tendres années au sein d‘un couvent, disgraciée.

Par ma faute en quelque sorte. Si j’avais alors dénoncé l’époux plutôt que de l’envoyer l’espionner pour moi… il aurait été plus évident de l’innocenter tout à fait. Du moins, je vivais dès lors avec cette possibilité que je n’avais pas même envisagée, trop prétentieux et confiant, arrogant personnage que j’étais devenu.