Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode



Sanky-panky

Chapitre 26


Onze heures précises, Madame Martinez sortit de chez elle à vive allure. Le retour du printemps sur Paris et des températures plus clémentes faisaient un bien fou à ses articulations fragiles. Il ne lui fallut que dix minutes, cette fois, pour atteindre l’ascenseur. Un réel progrès. Restait à présent l’épineux problème numéro un, presser le bouton d’appel. Un essai. Un second essai. Malgré ces efforts et sa patience, ce fut le drame. Le cheveu dans la soupe, le poil incrusté dans la savonnette ou, comme elle aimait l’appeler, le premier emmerdement de la journée. Il ne vint pas. Un nouvel essai avant de se convaincre de se redresser suffisamment afin de lire le petit écran situé juste au-dessus des portes. Un craquement de cervicales et une pointe de douleur plus tard, elle en était persuadée.

– Encore des gens qui bloquent. Sont d’un sans-gêne… Et au rez-de-chaussée en plus !

Elle s‘approcha donc de la cage d’escalier et beugla vers les étages inférieurs. Aussitôt, deux têtes se levèrent. Des jeunes gens, trop occupés à se bécoter, constat-t-elle et entouré de quelques cartons.

– Encore des nouveaux...

– Désolée Madame Martinez, on se dépêche ! lui envoya Amandine avant de glousser de s’être fait prendre sur le fait.

Enfin la porte fut refermée et la brave dame put descendre acheter sa baguette. Elle passa devant le couple, reconnaissant vaguement la petite du dernier étage, mais pas le gars.

– Et ça change de petit ami plus vite que moi de dentier, rouspéta-t-elle peu discrètement.

Être mise en retard pour le pain, il n’y avait pas mieux pour gâcher sa bonne humeur. Pourtant, nous étions à la bonne saison, pas de raison de trouver les délais de remplacement aussi courts puisque l’ex avait déguerpi au cours du mois de novembre. Et aujourd’hui, un autre prenait sa place.

Cet autre se précipita alors afin d’ouvrir et tenir la lourde porte en fer, reçu un merci en retour, un coup d’œil ainsi qu’un petit compliment, tout de même.

– Il a l’air mieux que l’autre cela dit, acheva-t-elle comme si elle fut la seule à entendre ses propres mots.

– Tu verras, c’est pas hyper grand, mais c’est cosy, assura Amandine auprès d’Alex alors qu’ils avaient chargé la cabine.

– C’est tout en haut ? Ça va me changer.

– Changer de ne plus habiter au ras du sol ou avec quelqu’un ?

– Les deux, sourit-il.

C’est qu’ils en avaient fait du chemin depuis que la jeune fille lui avait écrasé une glace double boule sur le torse.

Arrivés tout en haut donc, les portes s’ouvrirent sur un Alex débraillé tentant de remettre sa chemise en place et une Amandine rougissante face à un voisin de palier perplexe. Ce dernier, reconnaissant celle qu’il surnommait désormais « la folle à la poêle »,  préféra prendre les escaliers finalement.

– Ça se passe bien au boulot ? Tu as pris ta journée au fait ?

– J’ai jusqu’au service du soir et c’est pas mal oui. Et toi, ça va bien au boulot ?

– Oui, tu veux voir notre dernière collection ? proposa-t-elle mi-coquine mi-mutine.

Midi, la baguette dépassant de son large panier à carreaux, Madame Martinez s’apprêtait à rentrer. Le voisin de palier d’en haut revenant lui aussi, lui tenant la porte, il fut le premier à entendre les bruits incongrus témoins d’une passion dévorante de deux cœurs affamés – pour l’heure qu’il était, au fond n’était-ce pas normal ? Si ce n’était qu’ils ne furent pas « à table », mais sur la table.  Cela provenait de l’étage du brave homme. Il soupira.

– Cela vient de chez cette folle à la poêle ! se confia-t-il auprès de la vieille dame.

– Comment ? fit la sourde. Non, je ne me mettrai pas à poil, malpoli ! À mon âge…

La baguette en guise d’arme atterrit alors sur le bras du malheureux qui se dit que décidément les femmes étaient d’une violence dans cet immeuble...

Mais tout en haut, tout le monde n’était pas d‘accord là-dessus. Mis à part le canapé qui à son tour fut assailli, secoué, testé, malmené. Mais tout allait bien, le mobilier tout comme leur relation, cette fois, était bien parti pour résister.

Fin.