Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 25


– Il a appelé ce matin, il voudrait que l’on se voie, fit Amandine, tout en dessinant cercle sur cercle de sa paille dans son milkshake à la fraise.

Le coude posé sur la table de la cafétéria en face de son boulot, le menton au creux de sa main. L’air absent. Face à elle, Valérie qui l’avait rejoint. Le plan A comme le plan B de réconciliation romantique ayant échoué, il ne lui restait que la bonne vieille méthode, le dialogue. En omettant tout de même certains sujets à risques. Amandine, l’avait écouté jusqu’au bout, yeux baissés et sans émettre de commentaire. À force, elle ne savait plus très bien où elle en était. Si ce n’était que son petit cœur se rétractait de plus en plus chaque heure depuis qu’elle avait revu Alex le mufle. C’était il y a deux jours déjà.

– Et tu vas y aller ? Vous allez pouvoir parler un peu et enfin te rendre compte qu’il t’aime beaucoup. Pour avoir fait tant de kilomètres, il…

– Pas Alex, coupa-t-elle. C’est Florian qui a appelé.

– Hein ! Et tu ne vas tout de même pas retourner auprès de ce sale type ! Il t’a vraiment trompé. Lui ! insista-t-elle sur ce dernier mot.

– Ce n’est pas pour ça qu’il veut me voir, mais à cause de l’appartement. Il m’a parlé de déménagement, de bail et de je ne sais plus quoi d’autre, finit-elle dans un soupire.

– Ah… et vous devez vous voir où ça ?

– Je ne sais pas encore, il m’a demandé de choisir. Ce sera demain, à la pause déjeuner.

– Alors je te conseille l’un de mes endroits préférés, à défaut d’une belle compagnie, au moins, l’on y dîner magnifiquement bien. Retiens une table Chez Antoine, dis que c’est moi qui t’envoie.

Et belle-maman eut ce sourire qui ne trompe pas, celui d’une femme qui voyait alors son plan C, celui qu’elle n’avait absolument pas prévu, se dérouler sans accroc. Il ne manquait plus que le cigare afin de parfaire le tableau, mais Valérie avait l’odeur de fumée en horreur.

Le lendemain, midi pile, Amandine était installée en terrasse. L’une des plus belles de Paris, verdoyante et calme. Sa façade rouge et son côté vintage lui donnaient un charme intemporel, dommage d’en gâcher la vue avec Florian qui arriva juste à temps avant qu’elle ne commande.

Ce dernier rumina un peu en voyant la carte et préféra directement le plat, pensant qu’Amandine ferait de même.  Après, il l’avait toujours considéré comme une brave fille, un peu naïve, mais très mignonne, ce qui représentait pour lui, le principal.

– Garçon ? fit-il à l’attention de l’un des serveurs avant de revenir vers son ex. Bon heu… je ne vais pas trop trainer, fit-il tout en sortant un document de l’intérieur de sa veste. Tu les as sur toi ?

– Quoi ?

– Les clés bien entendu ! Ça, c’est un papier pour que je reprenne l’appart à mon nom, tu n’auras qu’à signer et heu… pour les cautions, on s‘arrangera.

– Comment ça, que tu reprennes l’appart ! Mais jamais de la vie !

– Amandine, tu n’y habites plus depuis des mois. Si je n’avais pas été là, tu aurais été expulsée.

– Pas en continuant à payer le loyer, je te signale. Ça s’est fait tout seul peut-être ?

– Ne fais pas l’enfant Amandine et file-moi ces clés. Des apparts, ton père peut t’en trouver un par jour.

– Oh très drôle ! fit-elle en rapport avec son nom. Eh bien moi, celui-là me plait, je le garde ! se borna-t-elle.

– Je peux passer devant le juge si tu préfères. Quelques témoignages sur l’honneur des voisins suffiront, bluffa-t-il.

Au fond, il n’en savait strictement rien.

– Bonjour, qu’est-ce que je vous sers ? fit le serveur, assez enjoué sur le coup.

Du moins jusqu’à ce qu’il reconnaisse Amandine attablée avec ce type. Il toussota et se sentit subitement prêt à se liquéfier. Ce qui était à peu près le cas pour la demoiselle également, seul le damoiseau lui, continuait de fulminer.

– L’onglet de veau, fit-il en premier, très impoliment d’ailleurs puisque la bienséance exigeait que ce soit la dame qui porte son choix en premier.

– Un œuf cocotte, répondit-il en guise de défi.

– Tu le fais exprès ! Je n’ai pas le temps d’attendre que tu engloutisses une entrée. Ou alors, signe et donne-moi ces fichues clés !

– Il y a un problème ? fini par demander Alex devant cette scène qui lui échappait totalement.

Vraisemblablement, s’ils étaient ensemble, il y avait de l’eau dans le gaz. Et de quelles clés parlaient-ils au juste ?

– Jamais !

Amandine serra son petit sac contre elle, signe que l’objet convoité devait s’y trouver sans aucun doute. Florian, excédé se leva, et penché par-dessus la table tenta de l’attraper afin de lui arracher des mains. S’il y avait un moment ou Alex devait intervenir, une occasion de redorer son blason aux yeux de son Amandine, de la sauver de cet abruti voleur de clés, de se faire pardonner – bien qu’il n’y croyait plus – c’était maintenant ou jamais.

Alex avait vu faire ça des dizaines de fois lors des projections de vieux film d’arts martiaux au Drive in miteux de l’île. Il saisit le poignet de Florian, le retournant vers l’intérieur. Le résultat était décidément bien moins convaincant qu’il ne l’aurait cru. Où avait-il tourné dans le mauvais sens ? L’ex furibond l’observa tout d’abord, se demandant de quoi il se mêlait au juste.

– Qu’est-ce qui vous prend ? Vous voulez vous faire virer !

– J’ai déjà abandonné une très fructueuse affaire sur une île paradisiaque pour rejoindre Amandine, perdre un emploi de plus ne me fait pas peur.

Affaire fructueuse ? Endroit paradisiaque ? C’était relatif. Sans commentaires.

– Tu as fait ça ? s’exclama soudainement la jeune fille. Tu as vraiment tout quitté pour moi ?

Florian se dégagea sans peine et se recula.

– Vous vous connaissez tous les deux ? C’est quoi cette histoire ? C’est pour ça que tu m’as fait venir ici ? Hé ? Amandine ? Je te parle !

Mais il pouvait beugler tant qu’il pouvait, elle ne l’entendait plus. Non, elle ne voyait plus qu’Alex, se l’imaginant fermer son bar auquel il tenait tant, dépenser toutes ses économies afin de rentrer à Paris, se mettre désespérément à sa recherche. Quel autre homme ferait tout cela rien que pour elle ? Pas celui qui ne rêvait que de la mettre à la rue et lui voler ses clés en plus du reste.

– Monsieur, je vous demanderai de quitter cet établissement sinon j’en informe la police.

– Vous entendrez parler de moi... et toi aussi Amandine ! menaça-t-il.

– Merci et bonne journée, lança-t-il sans se démonter, mais surtout ravi que son nez soit indemne cette fois.

Décidément, il préférait Paris, les gens étaient peut-être plus sur la défensive, mais évitaient de frapper à la moindre occasion. Que c'était reposant.