Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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La demande - 2


Alexandre

Je me levai avant l’aurore. Malgré l’émoi suscité par sa présence, je m’étais finalement endormi, mais je ne regrettais pas d’être resté si longtemps. Angèle s’était assoupie contre ma poitrine et ne fit plus de cauchemar. Tandis que je profitais pour la première fois non seulement de cette intimité, de sa chaleur, de son parfum, de cette émotion dont il valut mieux pour l’instant qu’elle ne ressente pas les effets et qui gonflait en moi. Elle ne portait qu’une fine chemise et malgré qu’elle fut couverte, il y eut un moment ou mes pensées vagabondèrent librement. À vrai dire, je me sentais curieux de la découvrir sous un autre jour, de pouvoir contempler son corps, l’enlacer sans la présence du moindre tissu entre nous et de bien plus encore. Mais je demeurai sage, persuadé que tout cela viendrait en son temps.

Par contre, il valait mieux que l’on ne nous trouve pas dans cette posture. Je voulais que les choses soient faites dans les règles et non entourées de doutes quant à ce que nous avions fait ou non. Louis tint sa langue quant à mon absence du reste de la nuit, mais ne s’empêcha de me lancer de lourds regards plein de sous-entendus et légèrement moqueurs tout le temps du déjeuner.

Il me fallait trouver le moment ainsi que le lieu idéal afin de faire ma demande. Ma première idée fut là où nous nous retrouvions, dans les jardins. Mais la proximité de son oncle ainsi que les récents évènements me refroidirent quant à ce choix. J’attendis donc encore, le temps de me décider. Entre temps, Angèle dut se présenter afin de témoigner de son enlèvement, je l’accompagnai ainsi que mon père, ayant tous deux des faits à rapporter, mais également afin de la soutenir. Pour ce qui était de mon nouvel ami, il souhaitait lui aussi ajouter son grain de sel quant à son père et ses agissements. Mais il souhaitait le faire seul. Sans doute afin de ne pas nous tenter à mentir, car, au fond, il était tout de même le chef de ces bandits tant recherchés et ne s'en vanterait pas.

Ses activités cessèrent donc et il passa quelque temps avec nous, logeant dans le pavillon du personnel tout à côté. Son père évincé, il aurait alors pu reconduire ses gens sur ses terres et se permettre de prendre sa place, mais ce n’était pas aussi simple. Ce dernier l’ayant déshérité, la propriété revenait à quelques cousins, il devrait alors batailler afin d’y parvenir. Quelques relations de mon père l’y aidant.

Entre-temps, je du m’acquitter d’une mission, quitter Paris quelques semaines pour n’être que plus heureux encore de revoir les miens à mon retour. Et surtout, Angèle. Grégoire de Valle ne faisait plus parler de lui, mais elle ne sortait jamais sans escorte. Quant à moi, il était temps que je me décide, mère me soufflant de revenir sur ma décision de faire cela dans les jardins du Palais, à une heure connue pour être celle de la promenade du jeune souverain.

Dormant à l’hôtel des mousquetaires, je fus taquiné de toute part lorsque courra le bruit que j’allai faire ma demande ce matin-là. Même si je l’avais voulu, il m’aurait été impossible de dissimuler cette joie mêlée de nervosité qui me trahissait. Angèle était habillée, coiffée telle une grande dame et m’attendait aux tuileries accompagnée de mes parents. Et j’aurais parié que nous n’étions pas les seuls dans les environs, sentant la présence de mon parrain et de ses amis quelque part dans mon dos, m’ayant suivi.

C’est au bord du grand bassin que mes parents l’abandonnèrent, s’écartant et que je l’y rejoignis. Se doutait-elle ? Espérait-elle vraiment que je le fasse ? Ses joues étaient aussi roses que lorsque l’émotion la prenait. Je lui pris la main, y déposai un baiser et mis sans attendre un genou au sol. Bigre ! J’en avais perdu mes mots à la voir ainsi me sourire et me fixer. Quelle était la formule d’usage déjà ?

Un groupe arriva face à moi et je me relevai prestement. Je ne pouvais m’engager plus à cet instant, car il s‘agissait du Roy ainsi que de ses suivants venus à la promenade. Nous nous prosternions devant son arrivée et malgré que ce ne fut pas habituel, notre souverain stoppa.

– Il m’a semblé que vous étiez prêt à faire votre demande Monsieur.

– C’est exact Votre Majesté.

– Et puis-je connaître votre nom ?

– Alexandre de Monllieu Votre Majesté.

J’étais paré de mon habit de mousquetaire, celui utilisé dans les occasions spéciales, propre comme un sou neuf. Le Roi, d’un léger mouvement de main, interpella sans se détourner l’un de ses conseillers. Celui-ci lui chuchota quelques mots. Un mousquetaire de bonne réputation Votre Majesté, impétueux, mais dévoué. Fils de Séraphin de Monllieu qui a toujours travaillé pour la couronne déjà sous le règne de votre père. Et petit-fils du Comte, Commandant en son temps.

– Je vois. Hé bien je vous en prie, continuez.

J’en étais gêné à présent de faire ma demande devant tant de visages officiels, mais ce n’était point le moment de reculer ou de jouer les prudes. Je me remis en position et, tâchant de ne point chevroter, posai enfin la question.

– Angélique, ma douce Angèle, mon amie, ma confidente de toujours. Me ferais-tu cet honneur, cette joie immense de… de devenir ma femme ?

Je crus un instant qu’elle allait en pleurer, elle n’en fut pas loin. Mais plutôt que de tristesse, ce fut de joie. Cela ôta un poids de ma poitrine et je me relevai promptement lorsqu’elle parvint à articuler le mot « Oui » tout en hochant de la tête.

– Je béni votre union jeunes gens. Qu’elle soit longue, heureuse et accompagnée des rires de vos nombreux enfants.

Nous le remercions tous deux. Mes parents s’étant rapprochés, saluèrent également le souverain. Ma mère devait être tout aussi émue que mon amie. Non... Que ma fiancée à présent.

Le groupe reprit sa marche sur un mouvement du Roy. Nous laissant seuls. Rapidement rejoins par les mousquetaires qui me tapèrent sur l’épaule, nous félicitèrent à leur tour. Et je sourirais tel un benêt à chaque accolade. Pourtant il ne fallut pas grand-chose pour qu’il s‘efface un instant. Des personnages n’étant pas prévus, mais pourtant redoutés nous observaient de loin. Grégoire de Valle ainsi que sa belle-sœur. Celle-ci ouvrit son éventail, se dissimulant le visage et tourna les talons. Tandis que lui, avant de la suivre fit une révérence en notre direction accompagnée d’un sourire sournois qui ne me plut guère. Que nous préparaient-ils encore afin de gâcher notre bonheur ?