Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Introduction


Séraphin.

J’observais ce corps allongé à mes côtés depuis que l’aube avait tenté de percer l’obscurité de la chambre. Sur le chevet, les restes de notre collation d’hier soir. Quelques raisins blancs, mes favoris ainsi qu’une coupe de vin de champagne à demi entamée. Il ne m’avait pas fallu batailler longtemps pour le tirer jusqu’à mon lit, une conquête bien trop facile qui compterait bientôt à ce tableau de chasse que certains habitués de la cour s’amusent à dresser. Je soupirai et interrogeai la pendule du regard. Bien, elle ne devrait plus tarder à présent.

On frappa effectivement à la porte, c’était la femme de chambre. La plus grande langue de vipère de la région, une aubaine pour moi. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’elle était à mon service alors que bien des maîtres l’avaient chassé pour ce petit travers qui me servait, je dois dire, bien malgré elle. J’ôtai le drap de satin de ce corps qui, au fond, ne m’inspirait ni désir ni mépris. Pas plus ce matin qu’hier lorsque je tentais pourtant de l’en convaincre du contraire. Il était nu, disposé sur le ventre et pour l’heure, l’on n’aurait pu dire quel était son sexe. Ce qui allait très certainement attiser la curiosité de ma soubrette. Raviver son envie de rapporter la chose auprès d’autres employés qui auraient tôt fait eux-mêmes de relayer l’information.

Elle entra et effectivement posa ses yeux sur la peau trop blanche de celui qu’elle pensait être, à tort, mon amant. Je lui souris, tel celui qui aurait très logiquement dû passer une nuit de passion et l’autorisai à poser notre déjeuner sur la petite table. Il était temps à présent de faire les présentations, certes peu conventionnellement et d’une claque bien sentie sur le bas du dos de l’endormi, je le tirai donc des bras de Morphée.

– Jeune duc d’Ouaille, il est grand temps de vous lever, cette nuit fut divine, mais j’ai à faire dans la matinée. Je vous en prie, prenez vos aises et mangez à satiété, je dois vous laisser à présent.

Il ne se souviendra même pas de cette nuit, juste de cette affirmation et des rumeurs qui en découleront naturellement grâce à la bonne. Et dire que je ne l’avais pas même touché, ou si peu. Fourberie lassante, mais nécessaire afin de maintenir mon masque. Je me levai, tout juste vêtu du nécessaire afin de préserver un semblant de pudeur et n’omis pas en passant de récupérer discrètement le verre laissé sur le chevet afin d’en verser ce qu’il restait dans un vase au hasard avant de quitter les lieux.