Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Le valet de pique - 8


Séraphin.

Je me rendis donc au lieu de rendez-vous le lendemain. Le sort du Capitaine avait été remis entre les mains de la justice et mes services seraient éventuellement requis s’il fallait remonter à la source. Mais il sembla qu’il fut l’instigateur de tout cela. Je devais donc en terminer, payer la commission et récupérer les documents. De nouveaux ordres m’ayant été parvenus, à savoir que Jacques de Valle bénéficiait d’une sorte d’immunité ainsi que de ma protection jusqu’à son départ de Paris. Et ce, en plus de ce qu’il réclamait en paiement.

Ce fut la demoiselle qui vint m’ouvrir. Elle n’avait pas suivi mon conseil de se tenir loin de tout cela et, cette fois, je m’informai de son prénom.

– Blandine, monsieur.

– Hé bien Blandine, j’espère tu sais ce que tu fais. Cette transaction risque de ne pas être uniquement fêtée par quelques verres de vin, en es-tu consciente ?

– Oui monsieur. Ce n’est pas la première fois, fit-elle pourtant de manière réservée.

Je soupirai. Apparemment, elle n’avait pas été engagée que dans le but de nous servir à boire et le savait très bien. En effet, il n’était pas rare que des transactions se célèbrent de cette manière.

– Où est ton père ?

– Il ne sera là que plus tard, je pense. Monsieur de Valle a tenu a ce que nous soyons que tous les trois.

Je m’attendais à ce qu’elle me mène au salon, mais elle s‘engagea dans les escaliers, m’y précédant. Jacques nous attendait dans l’une des chambres et sitôt la porte passée, Blandine la referma derrière nous et alla se poster près de lui, la mine basse.

– Ah ! Nous t’attendions. As-tu ce que nous avions conclu ?

– Oui. Et puis-je voir les documents ?

– C’est le père de Blandine qui les a en sa possession.

– Bien, alors, attendons-le.

– Blandine, sers-nous à boire et trinque donc avec nous. Tu sais ce que tu as a faire ?

– Oui monsieur.

Je la suivis des yeux alors qu’elle emplissait trois verres. Habitué moi-même à y ajouter quelques potions, je demeurais méfiant, mais elle n’en fit rien. Elle but le sien avant de nous les apporter, d’une traite, et souffrant lorsque la brûlure de l’alcool envahi sa gorge. Elle toussa.

J’avais à peine reçu le mien que la suite m’apparut comme trop rapidement menée à mon goût. La jeune fille ôta sa coiffe, défaisant ses cheveux dorés puis délaça à son corsage. Je me doutais que cela finirait ainsi, par quelques jeux de lit, mais je n’étais pas vraiment d’humeur à m’y soumettre tout en incluant la demoiselle. Elle me faisait bien plus pitié qu’autre chose tant elle semblait soumise à son sort.

– Est-ce nécessaire ? réclamais-je.

– Notre soirée d’adieu Séraphin. J’y tiens.

Désormais en jupon et la poitrine nue devant moi, Jacques s’empressa de la rejoindre et la porta sans vraiment y mettre de délicatesse contre son épaule, jusqu’au lit. Elle y rebondit et demeura immobile. Non, décidément, cela ne me plaisait pas. Elle était charmante et peut-être que dans d’autres circonstances, si elle m’avait semblé tout à fait consentante par exemple.

– Je n’en ai pas envie Jacques, demande-lui de partir, restons tous les deux.

– Tu m’as dit adorer les femmes mon ange. Allons, viens et prouve-moi que tu peux être digne tant de ma confiance que de mon intérêt. Et ensuite, tu auras ce que tu es venu chercher.

– Venez, monsieur, me fit-elle, esquissant un sourire vers moi.

Je m’approchai donc du lit, me délestant de mes vêtements à chaque pas, jusqu’à ne garder que le minimum. J’y grimpai et allai la rejoindre alors qu’elle me tendait les bras. Habituée à cela sans nul doute puisqu’elle m’incita à l’embrasser, me retenant à chaque mouvement de recul que je fis afin de reprendre mon souffle. Je sentis les mouvements du lit, Jacques s’étant mis à nu lui aussi et se plaçant. Elle gémit. Je ne regardai pas ce qu’il faisait, je le devinai aisément aux soubresauts ainsi qu’à la respiration saccadée de Blandine. À contrecœur vraiment je glissai ma main sur son corps frêle, tâchant de lui apporter un peu de tendresse, la caressant afin qu’au moins elle en tire quelques plaisirs. Cela sembla être concluant, elle me laissa libre de respirer et me sourit avant de se pâmer sous les coups de reins de son amant.

– Viens… viens voir d’ici comme elle est belle.

Il souhaitait surtout que je m’affaire à mon tour, allant me poster dans son dos et puisque de toute manière, il ne lâcherait pas les documents tant que ce ne serait fait, je m’y contrains.

Ses doigts s’agrippaient à ses hanches, remontant à ses seins, caressèrent son visage et durant un instant, je cru qu’il fut capable de moins de froideur. Jusqu’au moment où elles glissèrent jusqu’à son cou.

– Que fais-tu ?

– Laisse. Cela intensifie la jouissance, tu vas comprendre.

Il y avait du vrai à ce qu’il disait, Blandine entrait dans un état second alors que je m’effrayais de plus en plus de la voir changer malgré tout de couleur de teint.

– Ça suffit maintenant, réitérais-je, mais il s’y refusa.

Il me sembla qu’elle suffoquait, je posai mes mains sur ses épaules, tâchant de le redresser, qu’il cesse. Il résista. Je n’avais déjà nulle envie d’en venir là, mais le peu de désir que j’avais pu simuler s’était définitivement estompé.

– De Valle ! Arrêt ça tout de suite ! m’enflammais-je.

– Pas encore… pas encore, fit-il serrant plus encore.

Elle s’agrippa à ses avant-bras, ses yeux roulant hors de leurs orbites. Il porta subitement son poids en avant et je fus certain que, cette fois, il comptait bien l’assassiner sous mes yeux. Quel était donc ce fou dont le regard s’enflammait, dont le sourire devint tel un rictus terrifiant mêlant des sentiments de plaisir et de haine ? Il me fallut le frapper au visage pour qu’enfin il lâche prise.

– Es-tu complètement fou ? Tu aurais pu la tuer.

– C’est chose faite pourtant.

Je demeurai atterré. De la pression qu’il avait exercée juste avant que je le frappe, il était parvenu à broyer la trachée de cette malheureuse. Je retombai assis sur le lit, me traitant d’incapable et d’idiot d’avoir laissé se dérouler ce jeu abject. La colère monta en moi, contre lui qu’envers moi-même et je me redressai, prêt à lui faire passer l’envie de recommencer, mais il me stoppa.

– N’oublie pas, tu dois t’assurer de ma sécurité et non de mon trépas, aurais-tu oublié ? Mon ange… voyons. C’était inévitable, elle aurait tout raconté à qui voulait l’entendre et tu le sais très bien.

– Mais qu’en sais-tu ! Tu n’en avais pas le droit !

– Tout est question de point de vue Séraphin. Mais j’imagine que notre soirée s’en retrouve gâchée, c’est dommage.

Seul mon ordre de m’assurer qu’il fut sain et sauf m’empêchait de le tuer moi-même après ce qu’il avait fait à cette pauvre fille. Le remords chassa la colère. J’aurais pu, j’aurais dû l’en empêcher.

Il se rhabilla, fouilla dans mon manteau et subtilisa la sacoche contenant son dû.

– Tu trouveras ce que tu cherches auprès de son père, fit-il en partant. J’espère que nous nous reverrons cela dit. Adieu Séraphin.

– Non. Ne reviens jamais à Paris, Jacques, le menaçais-je.

Je le laissai partir. j’aurais dû l’escorter, mais j’espérais au contraire qu’il se fasse égorger en chemin. Cela n’arriva pas. Je recouvris le corps de la malheureuse d’un drap. Dans ma piètre existence, j’avais pu assister à des exécutions, commettre moi même ce crime que d‘ôter la vie lorsqu’il le fallait, mais jamais comme cela. Jamais par jeu ou sur telle créature innocente. Cela me répugnait.

Je retrouvai le père plus tard, ligoté et froid lui aussi dans une autre pièce de la maison. Comme il l’avait dit, les documents étaient dans la poche de son gilet. Je laissai la ma mission, ne voulant pu en entendre parler ni y resonger. Pourtant cela me hanta longtemps encore.