Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le valet de pique - 7


Séraphin.

Je rentrai à l’auberge, accompagnant de Valle. Quelque chose me disait que le capitaine Duterne ne tarderait pas à entendre parler de notre petite visite ainsi que de notre découverte. Il n’y avait qu’à voir avec quel empressement l’on s’inquiéta de cette disparition pour comprendre qu’il y avait là aussi quelques âmes mêlées au complot. Et si visite de courtoisie il devait avoir, ce serait certainement ici.

Je passai donc la nuit avec lui, gardant tout de même de quoi me défendre à proximité. Dissimulées cela va sans dire, il serait idiot de me faire trucider par mes propres armes. Je devais avouer que cela m’arrivait rarement désormais de passer toute une nuit aux côtés d’un homme n’ayant pas absorbé du somnifère que je concoctais habituellement à leur intention.

– Je vais peut-être songer à m’installer ici, à Paris. Qu’en dis-tu mon ange ?

– Ne saurais-tu déjà plus te passer de moi ? plaisantais-je.

– Disons que la ville et ce que qui s’y trouve me plaisent. Il me faudrait par contre y trouver un logis pour… ma femme, acheva-t-il sa phrase avec moins de joie.

– Tu es donc marié ?

– Hé oui, que veux-tu ? Jolie femme, complètement obnubilée par le paraître et le prestige et surtout très infidèle. Mais sa dot était intéressante et moi, à l’époque, ruiné aux cartes.

– Étrange, j’ai du mal à t’imaginer marié.

– Oui, moi aussi. Et toi ? je n’ai vu aucune alliance à ton doigt.

– Oh non. L’honneur d’être promis est revenu à mon frère, Raphaël et cela vaut mieux ainsi.

– Tu n’aimes pas les femmes.

– J’adore les femmes au contraire, me confiais-je. Mais ma liberté n’a pas de prix. Je suis libre d’aller ou ou quand je le souhaite, avec qui je le souhaite et ce, sans contrainte ni explications.

Mes mots sonnaient faux et je ne m’en rendis compte qu’une fois les avoir prononcés. De Valle n’y crut pas lui non plus, mais ne releva pas, il pouffa juste d’un léger rire avant de se retourner. Libre ? J’étais plutôt enchaîné à ce rôle que je jouais depuis toujours. Mais qu’aurais-je fait d’autre et de mieux sinon ? J’étais seul, destiné à terminer mon existence sans doute assassiné tôt ou tard au cours d’une mission, faisant mon devoir. Avec honneur. Et même à cet instant comme en tout autre, je ressentais ce sentiment de solitude pesant. Malgré que je fus allongé aux côtés de cet homme. Malgré tous les autres qui passèrent dans mon lit. Malgré toutes ces femmes qui terminèrent dans mes bras.

Ruminant encore longuement, je perçus un grincement de parquet. De Valle s‘était endormi depuis et la porte de la chambre ne tarda pas à s’ouvrir. Je glissai mon bras sous l’oreiller, me saisissant de ma lame courte et fermai les yeux, attentif. Des pas feutrés arrivèrent à proximité et avant que ce visiteur nocturne ne se décide, je décidai d’agir le premier.

D’un mouvement circulaire, je frappai au niveau de l’abdomen et je la sentis freiner dans sa chair. Pas suffisamment cela dit pour blesser mortellement, mais cela lui fera une jolie estafilade. Ma cible gémit et je me jetai en bas du lit, roulant dans ses jambes alors qu’il se remettait à peine de sa surprise. De Valle s’éveilla d’un bond, se relevant de son côté. Un morceau de chandelle laissée allumée sur son chevet fut alors employé afin d’y voir plus clair.

– Capitaine, bonsoir. Vouliez-vous vous joindre à nous ? Le lit n’est pas bien vaste, mais j’imagine qu’en nous serrant un peu, nous pourrions vous faire une petite place.

– Parle pour toi Séraphin, sa figure ne me plaît pas. Tue-le plutôt.

– Non, je préfère les procès en bonne et due forme.

– Si je m’attendais à cela. Ainsi vous trahissez vous aussi Monllieu ?

– Aucunement, je négocie. C’est tout à fait différent bien que moins économique dans certains cas.