Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Le valet de pique - 5


Séraphin.

Je disposais donc de deux jours, mais n’attendis pas que l’aube pointe pour contacter qui de droit. Après tout, les meilleurs ministres ne dormaient-ils pas que quelques heures par nuit afin d‘assurer leurs fonctions ? J’allai donc réveiller mon commanditaire, l’accompagnai dans les dédales du palais et rencontrai celui qui nous avait assigné à tout ceci. Six cents livres, même pour les caisses royales, représentaient une somme à ne pas prendre à la légère, surtout pour risquer qu’elle soit dilapidée pour rien.

Il y eut une discussion à laquelle je ne pus assister. J’attendis donc patiemment. Luttant contre la fatigue née de cette nuit blanche déjà bien entamée avant que me soit transmis la suite de mes ordres. Il était impossible de dresser un document au lieu de la somme, il ne l’accepterait pas. Je devrais donc garder une pareille fortune avec moi lors des négociations.

À ceci, je devais ajouter un autre point à prendre en compte. L’homme de la garde rouge. Il n’était pas venu là seul et devait certainement être envoyé par quelqu’un en mesure de lui distiller des ordres ou, le cas échéant de payer ses services avec largesse.

De retour chez moi, Gaston vint à ma rencontre. Je pensais alors à me rafraîchir avant de prendre quelques heures de repos, mais je devrais remettre le tout à plus tard. Une jeune fille répondant à la description de celle rencontrée cette nuit était venue me porter un message. Comment avait-elle pris connaissance de mon adresse ? À moins que je ne fus suivi. Ou bien de Valle fut bien plus informé que je ne le pensais. S’il était méfiant, je devais l’être d’autant plus.

Le message scellé de cire stipulait que je le rejoigne demain soir chez elle. Et que surtout que je sois en forme. Soit. Mais je pris les devants, m’en retournant jusqu’à son auberge et le trouvai de nouveau à jouer seul aux cartes.

– Je ne t’attendais pas si tôt. Ces papiers sont-ils si importants qu’en quelques heures, tes employeurs ont pu débloquer pareille somme ?

– Je n’ai pas cet argent sur moi, ce sera prêt pour demain comme convenu. Par contre, il faut que nous parlions de cet homme que tu devais voir à ma place.

– Je t’écoute, fit-il sans lever la tête, faisant mine que son jeu fut plus important.

– Je n’ai pas le droit de te divulguer de qui il s‘agit, tu t’en doutes. Et peut-être même le sais-tu déjà. Mais ils n’en resteront pas là.

– Je sais tout cela Séraphin, sourit-il tout en étirant sa bouche vers la droite et me lançant un regard sans même lever la tête. C’est pour cette raison que je te laisserai t’en occuper une fois que j’aurai quitté la région.

– Mais pour cela, il me faudrait son nom.

– Tu l’auras, je te dois bien cela non ?

– Alors tu étais au courant depuis le début… soufflais-je tout en allant m’asseoir face à lui. Je pensais que tu me faisais un peu confiance.

– Jusqu’à un certain point oui.

– Et tu ne crains pas que ces gens viennent te demander des comptes ?

– Je les attends.

Sans montrer la moindre inquiétude, il glissa sa main sous la table avant de poser un mousquet par dessus.

– Et puis, tu es là.

– Et tu comptais les attendre simplement ici ? m’emportais-je sur le coup. Si tu connais son nom alors, dis-le-moi, que je puisse au moins le faire arrêter !

– Comme si la chose était aisément possible… pouffa-t-il.

Puis il se reprit, abandonna enfin son jeu et m’observa.

– À moins que tu ne travailles pour quelqu’un de plus puissant encore mon ange ? Qui donc ? Le roi lui-même ?

Je ne répondis pas et Jacques de Valle fonça des sourcils, je le vis décontenancé pour la première fois, mais cela ne dura pas.

– J’aurais préféré l’un de ses ennemis, c’aurait été plus simple.

– Et pourquoi cela ?

– Parce que celui qui a envoyé ce pauvre type fait partie de la garde lui aussi et bien placé. Aurais-je encore droit à tes faveurs si je te révèle son nom ?

– Ne joue pas à cela, quel est-il ?

– Promet Séraphin, et promet de même que notre dernière nuit sera spéciale, comme je les aime.

– Je promets, levais-je les yeux au ciel.

– Son nom est Duterne, capitaine de la garde rouge. Alors, cela te parle ?