Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Le valet de pique - 4


Séraphin.

Deux cavaliers quittèrent donc l’auberge. Nos traces furent rapidement couvertes par la neige alors que nous quittions ce quartier pour un autre. Une demeure classique où de Valle frappa de l’une de ses bagues à la fenêtre plutôt qu’à la porte. Ce fut une jeune fille qui nous accueillit, non seulement intimidée par notre présence, mais également bien ennuyée.

– Je suis désolée, mon père vous a attendu hier et… je ne sais si je puis vous recevoir.

– Mais bien sûr que si, charmante enfant, fit de Valle tout en s’imposant.

Elle n’eut d’autre choix que de reculer et nous laisser entrer. Je la saluai donc et m’imaginai bien mal la voir faire partie d’un quelconque complot. Encore moins de comprendre l’importance de ce qu’elle devait garder chez elle.

– À quelle heure doit rentrer votre père ? l’interrogeais-je.

– Pas avant demain matin, mais, je vous assure, qu’il sera présent.

Elle tenait encore la porte entrouverte, espérant sans doute que nous nous envolerions une fois l’information prise, mais de Valle ôta son second gant ainsi que sa cape et s’en alla vers l’une des pièces attenantes, faisant tout à fait comme chez lui. Je soupirai et la laissai refermer avant de le rejoindre.

Il avait déniché le petit salon ainsi que le meuble sur lequel étaient disposés quelques flacons de liqueur.

– Savez-vous où votre père cache ce que je vous ai apporté il y a deux jours ? demanda-t-il tout en passant les fioles en revue.

– Non, je n’en ai aucune idée. Il m’a juste dit de n’en parler à personne d’autre, fit-elle tout en me regardant avec anxiété.

– C’est ennuyeux.

– N’ayez crainte mademoiselle, je suis moi aussi dans la confidence, la rassurai-je.

Mais l’étais-je moi-même ? Rassuré, je voulais dire. Pas vraiment. Jacques de Valle, malgré que nous étions venus pour rien se servit tout de même un verre, me le proposant dans la foulée. Je refusai, préférant garder les idées claires en terrain inconnu. Bien qu’il m’aurait réchauffé. Il prit place ensuite dans l’un des divans, croisant les jambes, je l’imitai, me plaçant face à lui, dans un fauteuil.

– Très bien, nous pouvons peut-être engager les négociations, qu’en dis-tu mon ange ?

– Peut-être devrais-je vous laisser, s’empressa de proposer notre jeune hôtesse.

– Oh non, du tout, joignez-vous à nous plutôt. Approchez.

Ne se sentant en mesure de refuser, elle s’exécuta, choisissant l’extrémité de la causeuse. Qu’elle assiste à cette entrevue ne me mettait pas à l’aise. Elle semblait peu informée de ce qui se tramait et n’avait sans doute rien à voir avec tout cela, qu’elle en soit témoin risquait de la mettre en danger. À peine posée, de Valle l’attira à lui par la taille. Je m’attendais à ce qu’elle tente de s’en échapper, mais elle fut tel l’agneau pris dans la gueule du loup, n’osant se débattre et le provoquer plus encore. Et parlant de provocation, je vis dans son regard alors qu’il palpait sa taille, remontant jusqu’à son sein alors qu’elle osait à peine respirer qu’il cherchait une réaction de ma part. Je détournai la tête, faisant mine d’être vexé, voire jaloux, mais ne pipa mot. Il sembla satisfait.

– Revenons à nos moutons. Cinq cents livres.

– Plait-il ?

– Pour te remettre les documents ! s’exclama-t-il comme si la chose était logique.

– Il n’était aucunement question d’un prix, il me semble.

– Effectivement. Si tu avais été celui que je devais voir. Or tu ne l’es pas. Je ne sais pour qui tu travailles, mais il devra débourser cette somme s’il souhaite traiter avec moi. J’imagine que tu as mis l’autre homme hors d’état de nuire et donc, impossible de remonter jusqu’à mes clients. Autant traiter avec toi. Après tout, ils n’avaient qu’à envoyer quelqu’un de plus débrouillard.

Plus débrouillard ! Il s‘agissait tout de même d’un gradé de la garde, mais passons. Il ne semblait pas même au courant de la chose.

– Tu ne crains pas de devoir répondre de cette traîtrise envers tes employeurs ?

– Ne t’inquiète de rien, je saurai quoi leur répondre. Mais ne tarde pas à te décider, car cela fera cinquante de plus d’ici à dix minutes.

Cela semblait l’amuser et bien que cette somme aurait pu être réglée, je ne pouvais en décider par moi-même.

– Tu te doutes que je ne puis te répondre sur l’heure, il me faudra voir avec celui qui emploie mes services.

– Très bien, alors je te laisse deux jours, mais la somme sera alors de six cents livres.

Il se leva et nous salua avant de prendre congé. Je vérifiai qu’il s’était bien éloigné par l’une des fenêtres et, bien que je n’aurais du, me tournai vers la demoiselle qui ne semblait pas très à l’aise que je sois resté seul avec elle.

– Je ne sais qui vous êtes ni à quel point vous êtes impliquée. Mais je serais vous, je ferais en sorte pour ne plus jamais croiser cet homme. Prenez vos affaires, filez chez un parent et laissez tout cela se régler entre hommes.

Elle acquiesça timidement de la tête pour toute réponse. Quelque chose de malsain émanait de ce de Valle. Rien ne me confortait dans l’idée qu’il ne serait prêt à effacer toute trace de ce qui venait de se dire ici. Ne m’avait-il pas assuré être des plus prudents ?