Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Le valet de pique - 3


Séraphin

Je me retirai avant de m’affaler à même le sol, sur le tapis tiré au-devant de la cheminée crépitante. J’étais en sueur et le souffle court suite à nos ébats sans amour, mais emplis de motivation si j’osais dire. J’inspirai et expirai longuement, tentant d’extraire de moi la sensation de jouissance que j’en avais finalement tirée. Et tel l’amant qu’il était devenu, Jacques de Valle se tourna vers moi, collant son corps au mien tout en glissant ses doigts longs et fins sur ma peau moite. Redressé sur le coude, il m’observait. Son léger sourire étiré vers la droite que je commençais à cerner comme étant la preuve que cela n’avait pas dû lui déplaire.

– Maintenant, dis-moi tout mon cher ange, fit-il tout d’abord. Tu n’es pas celui que j’attendais n’est-ce pas ?

Je fronçai les sourcils, tâchant malgré son affirmation de ne point me dévoiler. Il pouvait simplement se moquer ou me tendre un piège maintenant qu’il eut droit à quelques plaisirs.

– Sache Séraphin que je suis toujours extrêmement prudent et que je sais exactement qui est celui qui devait se présenter ce soir. Et ce n’est pas toi. Alors ? Je t’écoute.

– Je n’ai rien à dire à cela, simplement que je fus engagé pour cette affaire. Sans doute qu’à la dernière minute, ils auront préféré mes services. Je ne me mêle pas des raisons et états d’âme de mes employeurs. J’exécute simplement.

– Très bien. Et cet intermède n’était qu’un petit bonus ? Alliant l’utile à l’agréable sans doute ?

Il se releva, son corps nu luisant lui aussi et se dirigea vers ses bagages. Il tira de son sac une fiole de voyage argentée dont il huma le goulot puis avala une large gorgée.

– De toute façon, je ne possède rien de ce que tu es venu chercher. Pas ici en tout cas. Je ne suis pas assez fou. J’imagine que ma vie serait au plus vite écourtée s’il suffisait de me le dérober ainsi simplement dans ma chambre.

– Et que proposes-tu pour que nous puissions conclure cette affaire ?

– Que tu reviennes… demain.

Rarement, j’avais eu affaire à un homme aussi confiant. Tant sur ses qualités de séducteur que de négociateur. Et je n’avais d’autre choix, mis à part le questionner sévèrement, que de faire comme il le souhaitait. Quand bien même l’aurais-je torturé, il me semblait assez résistant mentalement et n’aurait sans doute pas parlé. Voilà pourquoi j’optais bien souvent pour une approche de ce type. Ne m’engageant dans l’autre voie que lorsque cela était nécessaire et sans gaieté de cœur.

Entre-temps, ce fut celui dont je pris la place qui fut mené au Châtelet et interrogé. J’y assistai, laissant opérer l’un des officiers de Sa Majesté, le Capitaine Duterne, puisqu’il s’agissait d’un homme de la garde. Tout ce que nous en tirions fut qu’il ignorait que les documents ne seraient pas avec lui ainsi que son nom et son grade, Lieutnant Haumont. Et personnellement, je le crus aisément. Je le laissai ensuite à son sort, qu’il soit exécuté ou emprisonné ne me concernait plus.

Je revins donc comme convenu chez de Valle. Même chambre, même heure et l’accueil qu’il me fit me surprit. Cela faillit d‘ailleurs tourner bien mal si je n’avais gardé mon sang-froid. La porte à peine franchie, il me plaqua contre elle. Mais ses intentions n’étaient en rien belliqueuses. Il me délesta de mon manteau, s’attaquant immédiatement après à ma ceinture. Pressé à ce que nous réitérions nos prouesses de la veille, mais cette fois sur le lit. À croire qu’il préférait négocier nu qu’en chemise. Il était vrai qu’ainsi je ne pouvais rien lui dissimuler, ni intérêt ni arme.

– Tourne toi, fit-il alors que nous étions au cœur de nos ébats.

Je lui refusai cela. S’il était bien une chose à laquelle je ne pouvais me plier, ce fut bien d’être en position de soumission. Rien à voir avec de l’orgueil mal placé ou un désir de domination malsaine. Mais les quelques semaines où j’avais vécu sous le joug de Joras le gras, cet état d’infériorité et d’asservissement que j’y avais connu me revenait alors, faisant de moi l’enfant terrifié que je fus, perdant alors à la fois patience et assurance. Mon masque n’y tiendrait pas. Il tomberait alors à mes pieds comme si des ciseaux invisibles en avaient coupé le lien. Et je ne pouvais me le permettre.

– Non, fis-je sérieusement.

Il crut alors à un jeu de ma part afin d’attiser son appétit, cela le fit sourire, embrasser mes lèvres tout en pressant ma virilité de sa main. Ce n’était qu’à ce moment qu’il pouvait se montrer doux. Autrement, je me méfiais toujours de sa fougue. Il capitula pour cette fois et ce n’est qu’une fois comblé qu’il accepta de revenir sur le but de cette seconde rencontre.

– Très bien, très bien. Rhabillons-nous, je te mène à ce que tu es venu chercher.