Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Le valet de pique - 2


Séraphin

Je jouais le tout pour le tout, mais il est des affaires où l’on se doit de prendre des risques. Sinon autant demeurer au coin d’un bon feu à lire quelques vers. Attifé de vêtements à la dernière mode, fardé, parfumé et bien entendu masqué du rôle qui me sied le mieux, j’allai au rendez-vous de cet homme sans y être convié.

     Si je n’avais pu découvrir l’identité du contact, je connaissais le lieu et l’heure et cela me fut bien suffisant. Moins d’une dizaine de minutes avant l’entrevue, un homme arriva à cheval, le confia à l’employé des lieux et s’apprêta à entrer. J’arrivai derrière lui.

– Ne vous retournez pas Monsieur, mais je crains que notre entrevue ne soit reportée, nous avons été trahis. Filez ! Et prestement, la garde est sur le point d’arriver.

– Me prenez-vous pour un idiot ? fit-il confiant tout en se tournant.

Sa surprise fut égale à la mienne lorsque je reconnus l’un des sous-officiers de la garde rouge. Tandis qu’il se rendit compte que l’une des précieuses, tout juste bon à croiser dans les salons du Louvre tentait de faire échouer sa mission. Nulle hésitation dans pareil cas, il goûta de mon coude puis de mon genou avant de terminer dans la poudreuse. Mon employé, Gaston venant à la rescousse, le tira jusque dans l’abri des chevaux, payant le palefrenier afin qu’il ferme les yeux. Il s’en occuperait désormais, c’est qu’il valait mieux ne pas tacher mes habits.

– Ligote-le et bâillonne-le mon bon ami. Quant à moi, souhaite-moi bonne chance. Je m’en vais voir ce mystérieux et si redouté de Valle.

L’auberge ne faisait pas partie des plus luxueuses, mais était bien entretenue. Quant à sa gestion, c’était comme partout ailleurs. Un registre à jour, il ne m’en fallait pas plus. Et c’est en signant afin d’obtenir ma chambre que je repérerai le nom en question, chambre sept.

Je frappai de trois coups classiques et immédiatement la réponse au travers de la porte me donna le ton.

– Qu’est-ce que vous voulez encore ?

L’intonation était assez délicate bien qu’un peu froide. Il devait penser qu’il s‘agissait d’un employé des lieux. Quand je disais qu’il allait me plaire ce cher homme. Et j’étais loin de me douter à quel point. J’entrai.

– Il me semble que vous m’attendiez.

– Vous êtes en avance, fit-il sans lever la tête, occupé à jouer au solitaire.

Visage finement dessiné, gestes délicats. Ses cheveux longs, blonds et coiffés de boucles fines retombaient plus bas que ses épaules. J’attendis de voir l’expression de son visage lorsqu’il me verrait. C’était là que tout allait se jouer. S’il était dans sa nature de n’aimer que les dames, j’étais mal parti. Dans le cas contraire, cela jouerait en ma faveur. Car ma foi, il était plutôt bel homme, cela ne pouvait que me faciliter la tâche, le séduire et en soutirer ce que je devais.

Mais il demeurait concentré sur son jeu, fronçant les sourcils alors qu’il avançait certainement vers une défaite probable et, dans son empressement à retourner les cartes, l’une d’elles lui glissa des mains. Elle vola jusqu’au sol atterrissant entre lui et moi et je profitai de l’occasion pour m’avancer et la ramasser.

– Valet de pique !

Enfin il leva le nez, ses prunelles sombres me jugeant de haut et bas, s’attardèrent en deux endroits plus précisément. Sur mon visage ainsi qu’en une zone que la décence m’empêcherait de préciser. Un fin sourire se dessina sur ses lèvres, me confortant dans l’idée que l’audace pouvait parfois être la meilleure des armes. Je déposai donc la carte devant lui après avoir repéré une couleur somme toute symbolique. Et bien que la règle de ce jeu ne stipulait qu’un tel coup fut valable, le valet de pique alla rejoindre son homologue de cœur.

– Tout un programme dites-moi ! Monsieur ?

– Appelez-moi Séraphin.

– Un nom qui sied si bien à celui qui le porte.

À présent qu’il se montrait intéressé, il fallait surtout que je ne me montre trop empressé. Il détenait des documents qui ne devaient arriver à leur destinataire, mais dans les mains de nos ministres. Des gens de confiance, de la garde elle-même y étaient impliqués, cela devenait des plus sérieux. À moi de jouer.