Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le palais des vices - 3


Alexandre

Non loin de l’entrée menant au couloir que nous avions emprunté en arrivant, des convives se tournèrent un instant chuchotant entre eux, la mine inquiète. Louis les rejoignit, entrouvrit discrètement la porte et nous adressa un léger signe de la tête. Les hommes situés derrière étaient hors d’état de nuire.

– Cent septante livres ! scanda subitement l’homme ventru, au grand désespoir de sa blonde.

Quant à mon père, comprenant que le moment était venu, il se fit le plus visible du monde en proposant pas moins de deux cents. Ce qui souleva quelques rumeurs et chuchotis devant une telle somme.

– Il tira de sa manche un billet, sans doute une reconnaissance de dette, qu’il signa à même la table où se trouvait Angèle, le laissant ensuite glisser sous le nez du Marquis et de sa comparse. Celle-ci brûlait sans doute de connaître l’identité de ce si généreux donateur s’en saisit avant de le plier et le glisser entre ses seins.

– Adjugé pour deux cents livres à Monsieur le Comte.

Je me sentis tiré par le bras, mené au-devant de mon amie qui nous dévisageait désormais. La main de mon père claqua amicalement sur mon épaule.

– Je te l’offre ! Bon anniversaire mon fils !

Je ne relevai pas, sachant que cela faisait partie du jeu et tendis mes bras vers elle.

– Veuillez m’accompagner mademoiselle.

Bien entendu, elle refusa, s’éloignant jusqu’à l’extrémité de la table. Pourtant je ne devais plus perdre de temps.

– Et n’oubliez pas la pomme que je vous ai offerte, elle est gage d’amitié sincère et plus encore.

Enfin elle comprit qui j’étais, revenant vers moi plus confiante, mais toujours terriblement troublée. Il fallait dire que mis à part mes yeux, rien ne pouvait lui indiquer que ce fut moi. Ma voix étant masquée par la musique ayant repris de plus belle, mes habits des moins habituels tandis que mes cheveux coiffés en arrière ne ressemblaient en rien à mes boucles laissées à l’état semi-sauvage. Je la pris dans mes bras, la portant contre mon cœur alors que la maquerelle nous précédait.

– Je vous souhaite une nuit des plus agréables Monsieur, vous pouvez disposer de votre acquisition absolument comme il vous plaira, m’informa-t-elle une fois arrivés au pied de l’escalier.

– Merci, madame, fis-je le plus poliment possible alors que j’aurais préféré lui en dire bien d’autres.

Je repérai donc un premier homme armé juste en haut des marches, un second devant une porte qu’il ouvrit, nous laissant entrer. Je déposai Angèle sur le lit dès que nous fûmes hors de vue, arrachai mon masque et pris son visage entre mes mains, parlant à voix basse. Son sourire rassuré me réchauffa immédiatement le cœur.

– Je ne suis point venu seul. Mon père, Louis ainsi que d’autres mousquetaires sont ici. Ils ne vont pas tarder à lancer l’assaut. Mais toi, mon Angèle, t’ont-ils bien traitée ? Ils ne t’ont fait point de mal ou bien même… je n’ose y penser.

– Je vais bien, bien mieux depuis que tu es là.  J’ai surtout eu très peur. Peur que tu ne me retrouves à temps ou bien même jamais. Peur que tu m’en veuilles. Mais tu es là, tu es là, répéta-t-elle tout en s’agrippant à ma chemise et posant son visage contre mon torse.

Je l’enserrai de mes bras, lui soufflant que tout allait bien se passer, qu’il lui faudrait juste suivre mes indications, ce cauchemar allait se terminer et nous rentrerions tous au logis très vite. J’aurais voulu ajouter autre chose encore, mais ce n’était pas le moment. Je m’écartai, mais elle me retint.

– Je suis désolée Alexandre, j’ai mal réagi, je n’aurais jamais du venir, mais j’étais… je suis…

Et si le moment n’était absolument pas propice à lui confier mes projets, à lui faire ma demande, je ne pus empêcher mes lèvres de venir presser les siennes. M’y attardant trop longtemps vu notre situation. Mon Angèle, ma douce Angèle. Elle n’était plus l’amie ni la petite sœur, elle était bien plus pour moi et d’un baiser j’espérais qu’elle comprenne. Qu’elle me pardonne n’avoir été assez franc sur mes sentiments bien plus tôt.

Ses joues rosies par cet instant d’égarement me firent sourire et je me délestai de mon manteau, le lui glissant sur les épaules tout en lui dérobant un second baiser, mais bien plus bref, me surprenant à y prendre bien vite goût.

La chambre était luxueuse, mais ne renfermait que peu d’objets. Un lit, une armoire, quelques babioles utiles ainsi qu’une baignoire de cuivre encore emplie d’eau.

– Dissimule-toi derrière la cuve. Sait-on jamais, tes gardiens sont très certainement armés de mousquets.

Elle s’y précipita et je me saisis d’un lourd chandelier à trois branches. Du bel ouvrage, dommage de l’abîmer.

– Quelle est donc cette farce de mauvais goût ! criais-je tout en me postant derrière la porte. Elle n’est point vierge ! Je demande remboursement !

Aussitôt l’un des gardes apparu, suivi d’un valet. Le premier qui eut l’idée de passer la tête reçu donc les quelques kilos de laiton que je tenais en main. Il ne s’en relèverait pas. Le valet eut donc pour réflexe de crier à l’aide et de fuir, je le rattrapai à mi-chemin, le temps que l’autre garde ne nous mette en joue. Le malchanceux employé utilisé tel un bouclier humain prit la balle à ma place. Je lançai le corps vers mon adversaire, reculant jusqu’au précédent, m’armant de son fleuret, juste à temps pour parer un premier coup.

Le couloir était étroit, autant ne pas miser sur des parades aux mouvements trop larges. Je tâchai de le désarmer, il résista et contre-attaqua. En bas, il n’y avait plus aucun doute, les mousquetaires étaient en train de prendre possession des lieux. Ce qui attisa la motivation de mon adversaire à me déstabiliser, sans doute pour se servir de moi ensuite comme je l’avais fait pour le valet. Mais cela me stimulait moi aussi à ne surtout pas le laisser prendre le dessus. D’un coup cédé, je détournai sa lame vers l’extérieur, celle-ci allant se frotter contre la tapisserie. Son mouvement ainsi freiné, j’envoyai mon pied dans un endroit choisi pour qu’il ait du mal à vouloir se relever. Que les coups sous la ceinture pouvaient être traites, mais en ce moment, je ne rêvais que de leur faire passer à tous l’envie de se servir de leurs attributs virils en songeant à mon amie. Le mercenaire se tint le bas-ventre, décontenancé. Un coup sur la nuque l’acheva.

– Angèle ! Viens ! fis-je une fois revenu vers le premier à terre, le délestant de son mousquet et le glissant à ma ceinture.

Elle sortit donc de sa cachette et nous descendions ensuite les marches, à pas de loup, moi au-devant. Les convives étaient rassemblés dans un coin de la salle. Porthos leur ordonnant d’ôter les masques. Ce que certains rechignèrent à faire dans un premier temps. Que du beau monde ! Ils auraient à répondre et à justifier d’avoir participé à telle mascarade. Le Marquis fut parmi les derniers à se résigner. Louis vint au-devant, l’imita à se dévoiler et après lui avoir adressé un large sourire bien trop difficile à retenir pour lui, lui assena un coup au nez que je préférai voir plutôt que de prendre moi-même. Son père tituba, saignant sur sa belle chemise, promettant qu’il se vengerait.

– C’est déjà fait père, par anticipation. Nous ne serons jamais quittes cela dit, mais recevez cela comme une avance.

– Allons, ça suffit comme ça, le fit reculer l’un des mousquetaires.

Mon père également eut à s’occuper d’un dernier détail, allant vers la tenancière de ce charmant endroit, il glissa deux doigts dans son décolleté et récupéra le document qu’il avait signé plus tôt. La brave femme s’offusquant faussement d’une telle familiarité, il la salua d’un air taquin. Je repris Angèle dans mes bras, évitant ainsi que ses pieds ne se blessent et sorti avec elle. Elle s’accrochait à moi, plus intensément que tout à l’heure.

– C’est fini, tu vas pouvoir rentrer.

– Et toi, tu ne viens pas ?

– Non je dois terminer ici, mais je te confie à Louis.

Ce dernier nous avait rejoints et nous suivit jusqu’à la voiture que l’on avait avancée.

– Angélique, nous sommes tous soulagés de vous voir enfin. Soyez sure que si le moindre d’entre eux vous a fait offense, je m’en occuperai moi-même.

– Alexandre ? nous rattrapa mon parrain. Il faudra qu’elle vienne témoigner de tout cela. Angélique, vous seriez prête à le faire ? Ce ne sera pas facile, mais nécessaire.

Elle lui répondit oui de la tête et je la déposai à l’intérieur du carrosse. Pour l’heure, elle avait surtout besoin de s’éloigner de tout cela.

– Louis, je te la confie. Ma mère prendra soin d’elle, et je dois encore rester. Angèle, tu es en sécurité, je rentrerai avant l’aube, je te le promets et… attends-moi cette fois, tâchais-je de plaisanter afin qu’elle se détende un peu.

Je ne pus m’empêcher de goûter une nouvelle fois à ses lèvres, la laissant repartir saine et sauve et ne pouvant détourner mes yeux tant qu’elle fut encore à leur portée.