Gaëlle Laurier

Auteur de romances

Découvrez mes univers

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode



Le palais des vices - 2


Alexandre

À ma droite se tenait un petit bonhomme ventru accompagné d’une donzelle aux boucles blondes lâchées librement et dont le décolleté ne cachait tout ce qu’il aurait dû. Celle-ci, comme c’était le cas pour toutes, ne portait aucun masque. Et je remarquai son regard dans ma direction, accompagné d’un sourire digne d’intérêt. Peut-être souhaitait-elle que je l’accapare, la soustrayant à son cavalier, mais je n’en ferais rien. Celui-ci égarait ses mains et sa bouche sur sa peau de lait sans se soucier qu’on ne les observe. Elle ne semblait pas s’en contrarier. Pas plus que d’autres se laissant ainsi aller. À ce couple mal assorti s’adjoint un homme fin et certainement parmi les plus âgés présents ici vu sa posture courbée.

– Savez-vous à quelle heure la pucelle nous sera présentée ? hurla-t-il bien plus fort qu’il n’était nécessaire.

– Vers vingt-trois heures, je pense, répondit son interlocuteur.

– Que dites-vous ? beugla-t-il de nouveau.

À croire qu’il fut sourd comme un pot. L’heure approchait et j’allai en informer Louis. Mon père délaissa sa cavalière, s’approchant du buffet, nous l’y rejoignions.

– Elle se trouverait à l’étage. La porte où tu t’étais posté, Alexandre, y mène, mais je te déconseille de t’y rendre, elle est gardée par deux hommes armés.

– Vous arrivez décidément à délier les langues bien prestement Monsieur de Monllieu, le félicita Louis. Et sans toutefois employer deux fois la même technique.

– Disons que j’ai quelques expériences en la matière.

– Les enchères ne vont plus tarder, les informais-je. Ils vont la présenter à vingt-trois heures selon les convives.

Je m’impatientai et cela devait se remarquer. Je ne pouvais m’empêcher de toiser ces hommes, n’osant imaginer ce qu’il avaient en tête concernant l’évolution de cette soirée et prêt à fondre sur le premier qui oserait débuter les mises.

– Attendons que cela commence. C’est de cette façon que tu pourras prouver les activités du Marquis, le prenant la main dans le sac. D’ailleurs, il serait temps qu’il se montre.

– Il est vrai que je ne l’ai pas encore vu, ajouta son fils.

– Autant jouer leur jeu pour le moment, le temps de laisser les mousquetaires se mettre en place à l’extérieur. De notre côté, nous ne devrons nous occuper que des hommes armés ici et bien entendu d’Angélique.

Un carillon sonnant les heures avertit la salle, les musiciens improvisèrent alors une fin plus brève du morceau qu’ils jouaient, laissant alors les discussions prendre le dessus. Celles-ci s’effacèrent lorsque la porte surveillée depuis tout à l’heure s’ouvrit.

Une femme masquée et à la coiffure blonde et sophistiquée, portant une toilette assortie à ses rideaux apparut suivie de deux valets. L’un d’eux portait un large coussin plat brodé et le déposa sur une table rapidement desservie par le second. Ensemble, ils déplacèrent le meuble au centre de la pièce.

Les convives s’écartèrent, formant un cercle ainsi qu’un couloir. Enfin Angèle passa la porte à son tour. Je soupirai de la voir malgré ses yeux rougis qu’elle n’était pas blessée. Un homme dont la silhouette ne m’était pas inconnue la poussa à l’intérieur. C’était notre Marquis. Dire que je l’avais pris pour un sot et discuté simplement avec lui, si j’avais su. Je me reportai sur mon amie. Ils l’avaient vêtue d’une simple chemise de nuit en soie légère, laissés ses cheveux tombants et ses pieds nus. Elle avança timidement, les bras contre sa poitrine. Les valets la soulevèrent afin de l’installer sur le coussin. Immédiatement Angèle tira sur le bas de sa chemise une fois en place afin de ne rien leur dévoiler. Elle lançait des regards inquiets vers les invités, mais les masques dissimulant leurs traits, elle ne sut sans doute pas vers qui se tourner afin de quémander de l’aide. Et sans doute qu’aucun n’aurait accepté. Je serrais les poings lorsqu’ils annoncèrent les enchères. Si j’avais pu lui faire le moindre geste afin d’au moins pouvoir la rassurer.

Un barbu non loin de nous s’avança et, riant aux éclats, tira sur sa chemise, dévoilant ses jambes. Et avant que je ne craque et intervienne, ce fut mon père qui lui claqua la main tel qu’on le ferait à un enfant, lui faisant lâcher prise.

– Allons allons, vous verrez la marchandise une fois acquise seulement. Du moins si vous y parvenez le défia-t-il. Je propose vingt livres !

– Père ! chuchotais-je, effaré de le voir entretenir cette comédie.

– Jouons le jeu te dis-je. En misant si bas, cela ne fera que traîner les choses.

Il grinçait des dents, il avait beau l’air d’être à son aise ici, ce n’était qu’illusion. Un autre, aussitôt, relança sa mise de cinq livres de plus, un suivant plus impatient, de dix. Recroquevillée sur le coussin, Angèle parvint finalement à sortir de sa torpeur, questionnant dans le vide quant à ce qu’ils voulaient d’elle. Apparemment, personne ne le lui avait confié. Sa peur m’était insupportable. Il me fallait trouver un moyen de l’apaiser.

Je me tournai vers le buffet et dénichai quelques pommes faisant partie d’une corbeille de fruits soigneusement disposés. Discrètement, j’allai en poser une auprès d’elle, glissant mon bras entre ces messieurs mal intentionnés. Comprendrait-elle l’allusion à nos jeunes années, à cette toute première rencontre devant l’étalage d’un marchand ? En attendant, sa valeur grimpait en flèche.

– Cent livres !

– Qui pour cent dix livres ! renchérit le Marquis. Cette pucelle les vaut bien ! Une  peau de pêche, des hanches fermes. Quant à ses mamelons, voyez quelles merveilles !

– Oh je vous en prie messieurs, quémanda Louis. Lorsque le moment sera venu, laissez-moi faire part de mon bon souvenir auprès de mon père.

Aussitôt, Angèle les dissimula de nouveau de ses bras et aperçut la pomme. Je vis alors ses lèvres prononcer mon prénom en silence tout en me cherchant du regard.