Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le palais des vices - 1


Alexandre

Tant l’un que l’autre, Louis et moi fûmes réprimandés de vouloir nous précipiter là-bas. Consignés tous deux à plutôt nous reposer. D’après mon père, vu ce qui lui était réservé, nul ne ferait le moindre mal à Angèle avant le début de cette soirée si intrigante. Et une fois de plus, je partageai mon lit. Non pas avec mon père, mais avec Louis. Je préférais nettement cette nuit chez le Marquis aux côtés de mon amie, sa présence était plus plaisante.

Je ressassais sans cesse et ne trouvai pas le sommeil, il me fallait savoir de quoi il s’agissait et tirer ainsi les vers du nez de mon compagnon de lit.

– Ce genre de soirée se fait une ou deux fois dans l’année, m’apprit-il. Enfin, peut-être plus si d’autres fortunes en assument l’organisation, mais mon père s’en tenait à cela. Je n’en ai eu que des échos. Trop jeune pour y assister puis enfin, trop empli de dégoût pour qu’on me laisse m’en approcher. Ce doit être la chose la plus avilissante que je connaisse.

– Vardes, faudra-t-il que je me traîne là-bas pour comprendre ou bien vous déciderez-vous à me le dire ?

– Il s’agit d’une vente aux enchères.

– Plait-il ? Ils vont vendre Angèle ? Sont-ils fous ? C’est illégal !

– Ce n’est pas tout à fait elle qui sera vendue, mais sa vertu. Cela se monnaie cher vous savez, et une jeune fille de cette qualité leur rapportera une somme indécente. Mais vous avez raison, mon père est un fou. J’espère qu’il sera mis aux arrêts pour cela.

– Aux arrêts ! Mais j’y compte bien ! m’emportais-je. Nous n’irons pas que tous trois demain, mais bien accompagnés, croyez-moi. Si le Marquis possède quelques cartes dans ses manches, nous en disposons tout autant.

Nous abordions durant une partie de la nuit quelques stratégies à apporter, chacune se dirigeant au final en un double but commun, retrouver Angèle et faire du Marquis l’un des prochains pensionnaires permanents du Châtelet. Finalement, il revint sur cette rivalité qui, de plus en plus, me semblait bien loin.

– Alexandre, lorsque nous l’aurons ramenée, comptez-vous lui faire votre demande ?

– Oui, je le ferai.

Louis se retourna, soupirant et me tournant le dos.

– J’espère qu’elle refusera, eut-il l’air de plaisanter. Mais dans le cas contraire… recevez tous mes vœux.

Bien des âmes furent mises à contribution pour cette opération. Les mousquetaires se joignant à nous afin de tenir en respect la petite troupe de mercenaires engagée par le Marquis, mais également de procéder à une arrestation en bonne et due forme. Enlèvement, séquestration abusive, sans oublier ce qu’il comptait faire d’elle ensuite. J’en devins pâle rien que d‘y songer. Ce genre de soirées n’étaient pas aussi rares hélas, mais toujours révélées à la dernière minute afin que rien ne soit mis en œuvre pour les en empêcher. Et à moins de faire partie des habitués, difficile d’en savoir plus.

Car oui, il fallait y être convié pour entrer, en plus de la généreuse « donation » à fournir. Par chance, mon père ayant eu la possibilité d’assister à l’une de ces fêtes, mais sans ces ignobles enchères par le passé, en connaissait le déroulement. Grands noms, grands vices, mais surtout l’anonymat. Ce fut lorsqu’il revint de chez le tailleur, rapportant trois masques dorés que je compris.

– Afin de se divertir dans l’aisance, ces messieurs hautement courageux par principe se masquent. Cela nous sera profitable, fit-il tout en les distribuant à Louis et moi-même. Alexandre, tu revêtiras tes plus beaux atours tandis que pour vous, jeune homme, nous allons trouver quelque chose qui pourrait vous aller.

Il nous remit également des foulards noirs dignes de bandits de grand chemin, adressant une boutade auprès de Vardes.

– Ceci ne devrait pas trop vous changer de vos habitudes.

Je n’étais pas vraiment habitué à porter des soieries ou de ces chemises à jabots et me sentais assez mal à l’aise dans ces habits. Ne parlons pas des bas. Mère dut s’affairer à ajuster le nœud à mon cou tandis que mon père fit de même pour Louis. Tout devait être parfait afin de ne susciter aucun doute sur notre présence.

– Je vous en prie, soyez prudents et ramenez Angélique saine et sauve.

– Je vous le promets Mère. Tout comme je promets que d’ici à quelque temps, je lui poserai cette question qui scellera notre sort.

Elle me prit tendrement dans ses bras et mes lèvres terminèrent sur le haut de son front.

Le carrosse nous amena à proximité. Nous rejoignîmes les mousquetaires qui observaient les lieux depuis deux rues plus loin. Le Palais des plaisirs apparu telle une large masure de pierre, tenue à discrétion de la rue par un haut mur et entourée d’une courette fermée d’une grille. De l’extérieur, l’on eut dit la demeure d’un marchand cossu et rien de plus.

– Comment entrons-nous ? N’y a-t-il pas un carton d‘invitation à présenter ? Si nous intervenons directement, qui sait ce qu’ils pourraient lui faire afin de la faire taire.

– Non, ils ne gardent jamais aucune trace. Ils emploient juste un mot de passe et il nous sera facile de le connaître, nous confia mon père.

La nuit était tombée et les passants se faisaient de plus en plus rares. Enfin, une autre voiture arriva.

– Portez vos foulards jeunes gens, nous partons à la chasse au mot mystérieux.

Louis et moi-même nous interposions face à la voiture, arme en main et sommant le cocher de ralentir puis de stopper. Celui-ci nous observa, les yeux écarquillés de se faire ainsi détrousser dans un tel quartier et non au cœur d’une forêt comme il sied de faire. Mon père s’empressant alors de vérifier le contenu du véhicule. L’occupant était bel et bien masqué.

– Mais enfin, que signifie ! Pourquoi vous nous arrêtez ! s’indigna-t-il. Qu’est-ce que vous voulez ?

– Monsieur de la noblesse se rend-il à un bal costumé ?

Il en ouvrit la porte et entra à l’intérieur tandis que nous faisions descendre son employé haut perché. D’un coup sur la nuque, je l’assommai puis nous nous chargions de le mener auprès des mousquetaires, il y serait sous bonne garde. Je ne savais ce que mon père faisait de son captif afin de lui délier la langue, mais ce dernier se mit à crier et supplier et finalement, dans une dernière plainte, opta pour lui révéler ce qu’il lui demandait. Louis s’en approcha et jeta un œil dans l’habitacle avant qu’il n’en sorte et referme la porte. Il se mit à pouffer de rire.

– Étrange façon de procéder !

– Nous n’avons pas le temps de jouer plus longuement, eut-il pour réponse. Et cela lui passera peut-être l’envie pour un moment.

Mu par la curiosité, je vins à mon tour, mais mon père me fit tourner des talons.

– Allons, nous avons encore à faire que de nous attarder sur cela.

Décidément, il ne souhaitait pas que je sache. J’en restai sur ma faim. Mais il avait raison, nous n’avions pas à nous attarder sur ces détails. La voiture fut déplacée et le nobliau mis en lieu sûr.  Nous pouvions dès lors faire notre entrée. Notre carrosse nous amena devant les portes et ce fut désormais le visage dissimulé derrière nos masques d’or que nous en franchissions la grille. Celle-ci était déjà gardée, ainsi que la porte principale. Outre les gardiens, l’entrée était barrée par la présence d’un homme en perruque, portant un loup bleu serti d’argent.

– À qui ai-je l’honneur ? fit-il.

Et c’est là que je compris pourquoi il était nécessaire d’y être habitué, à sa place j’aurais donné de faux noms, mais mon père se chargea de lui répondre. Ignorant sa réelle question qui n’était autre qu’un piège. Il lui glissa une bourse peine dans le creux de sa main comme si la chose fut naturelle.

– Nous sommes venus admirer la vénus au corps d’ivoire, yeux de saphirs et cheveux d’or.

Plus qu’un mot de passe, toute une phrase !

Il demanda à vérifier si nous ne portions aucune arme puis nous souhaita simplement de passer une agréable soirée avant de nous permettre d’entrer. Je n’avais gardé que ma lame dissimulée dans la doublure de ma botte. Le lourd battant dissimulait un couloir et fut aussitôt refermé derrière nous. À l’extrémité, des voix, des rires et la musique d’un quatuor à corde nous parvenaient telle une véritable cacophonie. Si l’extérieur ne payait pas de mine, l’intérieur était somptueux. Bien que trop tape-à-l’œil. Des peintures représentant nymphes, faunes et héros antiques dans des postures équivoques garnissaient les murs. Tout comme les épais rideaux de velours bordeaux, tirés afin de garder toute l’intimité nécessaire.

Les membres de l’orchestre de salon portaient également des toupets poudrés, étaient lourdement fardés et jouaient les yeux bandés.

– Eh bien, si ce n’est ce côté malsain qui suit tout ceci, je ne regrette pas d’être venu. Il faut le voir pour le croire, s’exclama Louis, laissant son air jouasse de côté malgré tout. Que faisons-nous à présent ?

– En premier, amusons-nous, répondit père tout en dénichant une coupe pleine à portée de main. Fondez-vous dans la masse, vérifiez discrètement les issues, je me charge de découvrir ce qu’il ont fait de notre Angélique. Oh… et pas un mot à mon épouse sur ce qui va suivre.

J’avais repéré les portes en trompe-l’œil, l’une menant certainement aux cuisines puisque des serveurs y allaient et venaient. Une autre demeurait close par contre et il me brûlait d’aller vérifier. Je m’en approchai, imitant mon père, verre à la main afin de donner le change. Saluant hypocritement autour de moi. Il n’y avait pas que des hommes à cette soirée, mais également des courtisanes à n’en point douter. Mon père s’approcha de l’une d’elles, se présenta galamment et lui proposa sa coupe. Il se fondait dans le décor comme s’il n’avait jamais quitté ce genre de salon aux mœurs libertines. Je ne savais si je devais me montrer choqué ou au contraire, fier de voir qu’il sut si bien jouer la comédie. Louis se tenait non loin des cuisines, piochant dans un plat qui lui passa sous le nez, porté par un serviteur.

Nous étions en place, mais une question demeurait, où était Angèle ?