Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Disparition


Alexandre.

Nous avions recherché Angèle à travers les jardins, mobilisé quelques-unes de mes connaissances trouvées sur place ainsi que des membres du personnel et fait avertir la garde. Nous ne la trouvions nulle part. Vardes s’occupa même d’aller interroger son oncle et sa mère, il revint sans plus d’information, me jurant qu’il avait pu vérifier jusqu’à la minuscule chambre où elle logeait. Il se pouvait qu’elle fût simplement rentrée, il se proposa donc de se rendre jusqu’à chez moi afin de vérifier et, le cas échéant, en avertir mon père. Ce dernier me rejoignit plus tard, mais seul.

– Louis de Vardes m’a tout raconté, toujours aucune trace ? demanda-t-il.

– Aucune, cela m’inquiète père et de plus, tout cela est ma faute.

Il posa sa main sur mon épaule en signe d’encouragement, pourtant je ne le méritais guère.

– Nous commettons tous des erreurs et je suis le plus mal placé pour te sermonner de t’être retrouvé entre les bras d’une jolie femme. Bien que… il me faudra un jour te raconter quelques histoires sur les demoiselles de la famille de Lonrille. Si je ne m’abuse, l’une d’elles est la mère de cette Jocelyne. Le fruit ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Il fut un temps où elles tentèrent même de pervertir ta propre mère.

– Pardonnez-moi ? Ma mère ? fis-je effaré de l’apprendre.

– Oui, c’était juste avant que je ne l’épouse et elle était encore ignorante des vices de la cour. Mais passons, ce n’est pas le sujet pour aujourd’hui.

– Louis ne vous a pas accompagné ?

– Non, il voulait vérifier quelque chose lui aussi. Il nous rejoindra ce soir en notre demeure. En attendant, je vais faire ce que je fais le mieux. Viens avec moi. Si Angélique se trouvait encore dans les jardins si vastes soient-ils ou au palais, vous l’auriez déjà retrouvée.

Il me mena à travers les dédales de couloirs jusqu’à l’endroit où il travaillait comme commanditaire à la cour. Ce ne devait pas être la première fois qu’il envoyait ses informateurs afin de retrouver Angèle, mais lors de la précédente, nous étions bien jeunes et j’étais avec elle. Nous nous quittions alors qu’il devait poursuivre en ville. Quant à moi j’allai quémander l’aide des mousquetaires.

Si durant les premières heures, je songeais simplement à une fugue de par ma faute, je tentai de chasser la terrible angoisse qui m’étreignait. Si quoi que ce soit lui était arrivé, je ne me le pardonnerais jamais. Je retournai de nouveau vérifier chez moi. La réception d‘anniversaire fut bien évidemment annulée et j’éprouvai du remords en apercevant le gâteau prévu ainsi que tout le mal que mère s’était donné. Décidément, je n’avais aucun don pour éviter aux deux femmes de ma vie de s’inquiéter où de se retrouver en danger.

– Alexandre, si elle t’a fui, elle reviendra. Le temps que sa peine s’estompe un peu. Je peux tout à fait la comprendre. Moi-même lorsque je venais d’épouser ton père, je craignais tant que quelqu’un d’autre lui dérobe son cœur. Et moi aussi, je me suis trop précipitée sous le coup de mes émotions.

– Et pourtant il a pu vous consoler, je suis bien piètre dans ce rôle mère.

– Ce n’est pas ce que j’ai entendu, dit-elle dans un sourire bienveillant. Le tout jeune homme que tu étais s’était pourtant montré très courageux et avait fait ce qu’il fallait lorsque vous aviez disparu tous deux, il y a des années de cela. Mais lorsqu’elle reviendra, mariage ou non, dis-lui Alexandre, rassure là sur tes sentiments.

– C’est ce que mon père fit pour vous ?

– Oui, il m’assura de l’importance que j’avais à ses yeux et me le prouva d’ailleurs fort bien ensuite, rougit-elle. Mais nous étions mariés.

Je préférai ne pas en connaître les détails bien que je compris sans cela. La nuit tombait et la fatigue tâchait de s’immiscer en moi, la nervosité qui l’avait emporté jusque-là capitulait. J’accompagnais mon père dans chaque endroit où l’on aurait pu héberger une jeune fille. Ou tenter de l’y enfermer contre son gré. Mais de tels lieux, il y en avait tant qu’il faudrait des jours pour tous les visiter. C’était là que je me sentis le plus incapable des hommes. Incapable d’exprimer mes sentiments, incapable de la retrouver.

Je tenais difficilement sur mon cheval comme ce fut le cas au matin, mais pour d’autres raisons. Une nuit blanche, une journée de recherche, une seconde veille nocturne eurent raison de moi. Je rentrai et ne trouvai pas mère et Simone seules, car Louis était revenu entre temps.

Blessé au bras, il se tenait sans chemise dans notre salle à manger. Notre gouvernante terminant de lui bander une blessure saignant toujours un peu.

– Merci, madame, fit-il auprès de notre gouvernante tout en vérifiant douloureusement que ses articulations ne seraient pas trop entravées par le bandage.

– Que s’est-il passé ? m’inquiétais-je. L’avez-vous retrouvée ?

– À demi seulement, mon ami. Je voulais confirmer mes craintes à propos de mon père. Ses gens traînaient dans les jardins du Louvre auraient pu l’y croiser et la ramener à lui. Après tout, ne lui a-t-il pas « pardonné » l’affront que vous lui fîtes ? Pardonné… rumina-t-il ensuite dans sa barbe.

– Que voulez-vous dire par « à demi » ? Est-elle chez lui ou non ?

– Je pense qu’il y est mêlé, mais elle ne s’y trouvait pas non. J’ai pu parler avec l’une des femmes de chambre avant que l’on ne sorte de nouveau les mousquets en mon honneur. Décidément, il a le sens de l’hospitalité vous ne trouvez pas ? Heureusement, c’est bénin. Elle m’a parlé d’une discussion concernant l’une de ces soirées si spéciales qu’il se plaisait à organiser pour lui et ses amis.

Le bruit de la porte d’entrée le coupa dans son élan, mon père nous rejoignant.

– J’ai bien peur d’avoir retrouvé sa trace, annonça-t-il. Ou tout du moins, celle d’une jeune fille lui ressemblant en tout point.

– Laissez-moi deviner Monsieur de Monllieu. Cela se fera à la nuit prochaine, en un lieu tenu discret en plein Paris que l’on nomme Le palais des plaisirs ?

– Le palais des vices aurait été plus juste, ayant fréquenté les lieux à une époque. Mais comment le savez-vous ?

– J’en connais l’un des mécènes hélas. Ainsi que son sens du mot « pardon ». Et si c’est lui qui détient Angélique, si nous n’intervenons pas avant cette soirée de demain, ce sera bien pire que d’avoir à assumer un simple deuil.