Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le jeune sot et l'intrigante - 3


Angélique

Je demeurai figée devant la porte, cette intonation laissait sous-entendre qu’il était bien là et qu’ils n’étaient point occupés à simplement discuter. Mon cœur se serra dans ma poitrine et je sentais les sanglots me monter dans la gorge.

– Je n’aurais pas du…

Demeuré proche, Louis soupira longuement, leva les yeux au ciel et posa sa main sur la porte.

– Jamais je n’aurais cru dire telle chose, mais… Angélique, s’il y a bien une chose que j’ai apprise c’est que lorsque l’on aime il n’y a rien de pire que l’incertitude. Mis à part l’éloignement sans doute, mais je m’égare. Vous permettez ?

Il observa les allées et venues du couloir où nous nous trouvions et, sans prendre la peine de s’annoncer, ouvrit la porte. J’avais peur de m’avancer et découvrir des choses que ni mes yeux ni mon cœur ne voulaient voir. Louis me précéda, me tirant avec lui.

– Oh… en effet, nous dérangeons.

Ils étaient là, allongés sur le lit, lui par-dessus. Je détournai les yeux, je ne pouvais en supporter plus, car cette fois je l’avais perdu. Et si ce n’était la poigne ferme de Louis qui me retenait, je me serai enfuie immédiatement, le laissant en paix avec sa… non je ne voulais même pas imaginer ce mot. Pourtant il s’en écarta prestement après m’avoir aperçue, il murmura mon nom, le visage rougi par l’émotion nouvelle qu’il découvrit avec elle sans doute.

– Angélique ! Mais que diable fais-tu ici !

– Je vous prie de sortir d’ici sinon je fais appeler la garde ! s’emporta son hôtesse.

Tout en nous menaçant, Jocelyne se redressa elle aussi et se recouvrit la poitrine comme à contrecœur. Alexandre s’avança de quelques pas, stoppant à mi-chemin. Il avait l’air plus perdu qu’en colère ou ravi de cette position qu’il tenait juste avant.

– Navré de nous inviter ainsi chère dame. Je me présente, Louis de Vardes et voici mon amie Angélique de Valle. Pourrions-nous nous entretenir un moment si cela ne vous dérange pas plus.

– Vardes ! Seriez-vous le fils du Marquis ? fit-elle subitement aussi intéressée qu’étonnée.

– En effet. Et comme je le disais précédemment, ces jeunes personnes doivent absolument se parler.

Mais nous, ces jeunes personnes justement, n’osions nous lancer ni l’un ni l’autre. J’aurais voulu lui avouer mes sentiments, mais pas en présence de ceux qui se faisaient nos rivaux à l’un comme à l’autre.

– Je n’aurais pas dû venir ici. Je voulais juste… que tu saches...

– Quoi donc ? me coupa subitement Jocelyne se levant et avançant vers moi. Que vous l’aimez sans doute ? Vous n’avez ni fortune ni dot, allez donc fureter parmi les meilleurs partis ailleurs. Retournez auprès de votre cher Marquis ou dans les jupes de votre courtisane de mère. Ou alors vous aura-t-il répudiée tant vous étiez fade. Regardez-vous, vous ne ressemblez à rien qu’une paysanne à qui l’on aura enfilé un tissu bien trop beau pour elle. Et vos manières tendent tout juste à être suffisantes pour vous occuper de mon cheval. Vous faites honte à ces lieux et plus encore, vous faites honte à ce nom que vous souhaitez vous accaparer. Alexandre de Monllieu n’en a que faire d’une pauvre fille comme v…

Chaque mot me fit l’effet d’une épingle piquée à vif dans les parties les plus tendres de ma chair. Je me sentais humiliée, mais pire encore – puisque ce n’était pas la première fois – je le fus devant Alexandre qui, sourcil levé, ne riposta point. Ma main se détacha de l’emprise de Louis, se leva et imitant trop bien ma mère, me dégoûtant d’un tel geste, atteignit la joue pâle de cette vipère crachant son venin. Je regrettai aussitôt.

– Pardon ! fis-je tout en me dissimulant le visage.

Je préférai fuir, m’éloigner de tout cela. Il n’avait pas même cillé, pas même pris ma défense. Du Louvre, je connaissais les jardins à force de m’y réfugier, mais les couloirs s’annoncèrent être un véritable dédale. Je pris devant moi puis tournai à chaque fois que ce fut passible, m’éloignant. Je stoppai essoufflée et la cible de regards étonnés.

– Mademoiselle de Valle ! fit une voix qui m’était inconnue.

Je ne m’attardai pas sur celui qui me reconnut, accélérant mon pas. D’ici à peu de temps, la rumeur d’une folle courant dans les couloirs serait lancée, dès que je trouvai une issue, je sortis au-dehors.

Je me retrouvai bien mieux ici, apercevant l’allée principale, les fontaines et là, tout au fond, les haies du labyrinthe ou j’allais me cacher, là où nous avions pu discuter de nouveau après toutes ces années. Tout ici me le rappelait, tout ici ne cesserait de me faire revenir à lui. Et même si je ne voulais épouser Louis, puisqu’il souhaitait tant aider sa petite troupe, je les accompagnerai peut-être dans le sud. J’irai vivre dans la maison de mon oncle de Lonmour, celle qui m’aura connue heureuse.

Je ralentis, retenant difficilement mes larmes. Et moi qui pensais être assez forte pour me déclarer. Pathétique petite sotte. Je retrouvai l’ombre des arbustes taillés et je m’y cachai.  Encore ce stupide espoir qu’il me suive, qu’il me retrouve et qu’enfin, seuls, nous puissions échanger nos sentiments.

Ici, l’air était doux et les seuls cris furent les piaillements des jeunes oisillons s’évertuant à apprendre à voler désormais. Quelques pas sur le gravier se firent pourtant entendre et je retrouvais presque le sourire. Il était venu, il n’avait point préféré Jocelyne à moi, il était… je me redressai et lui fit face, mais celui qui se tenait devant moi était loin d’être l’homme que j’espérais. Je reculai, ma cape se prit d’une un branchage ayant échappé à la vigilance du jardinier et dépassant de peu de la haie tombant derrière moi. L’homme me saisit le bras.

– Monsieur ! Vous ici !