Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le jeune sot et l'intrigante - 2


Alexandre

Je m’étais dirigé vers le Louvre dès que l’on nous jeta dehors de l’établissement et m’éclipsai après leur avoir certifié fièrement qu’en ce jour et afin de le fêter dignement, j’allais goûter à quelque chose d’inédit et de délicieux, qu’il en était temps. Sans leur avouer malgré tout que j’espérais ainsi me plonger dans d’autres yeux, vers d’autres bras et oublier ceux qui ne tarderaient pas à me manquer.

– Allons Alexandre, tu es sans doute bien épris, mais la demoiselle est encore trop sage pour songer à cela, ne te vante pas trop.

– Il ne s’agit point de celle que tu crois mon ami, mais de Mademoiselle Jocelyne de Lonrille. Il y a trop longtemps que je l’ai délaissée et il se trouve qu’elle est folle de moi.

Ainsi que de mon nom et des avantages qui l’accompagnait, mais cela ne m’importait plus. Et si elle me rejetait et me chassait, ce ne serait que ma faute de toujours trop hésiter lorsqu’il s’agissait de mon cœur ou de mes sens. Certes, j’étais un sot, mais aujourd’hui, je serai un sot déniaisé !

– Ah ma chère Diane, gentille compagne, fis-je à ma jument en chemin. Que j’aurais du me précipiter afin de te reprendre, envisager de le trucider lui et ses gardes plutôt que de t’y laisser. Cela aurait au moins permis qu’il ne se serve de toi comme excuse pour revenir me la dérober.

Je tenais à peine en scelle, et me retrouvai par moment à plonger vers l’avant, me rattrapant à l’encolure. Si j’arrivai ainsi à la cour, je ne serai bon qu’à me faire mettre dehors. Quel joli spectacle allais-je offrir et quels ragots reviendraient ensuite jusqu’aux oreilles de mon père. Je stoppai donc dans un parc avant d’y parvenir, me laissant tomber sur l’herbe, avachi. J’étais à la fois heureux et malheureux, fort et misérable, certain de moi et complètement perdu. Que le vin pouvait avoir des effets étonnants. Moi qui espérais qu’il efface et cicatrise mes maux. Il me rendait idiot, mais je souffrais tout autant.

Je demeurais donc là un moment, respirant l’air frais et les senteurs fleuries de l’aube. Diane en croquant quelques-unes à proximité, préféra finalement quelques brins d’herbe. Il me fallait dégriser un peu, me rendre présentable et lorsque je me sentis mieux, je pris un peu d’eau de ma gourde, me rinçai la bouche et repris mon chemin.

Je n’eus pas de mal à ce que l’on m’indique où logeait Jocelyne, cela lui ferait une jolie surprise. Peut-être la surprendrais-je au saut du lit, sans coiffure ni poudre. Peut-être la trouverais-je plus belle encore. Si une femme était séduisante sans artifice alors, c’est qu’elle l’était réellement. Tout comme mon Angèle. Angèle, je ne devais pas songer à elle en pareil instant, l’effacer, c’était le but. Au moins pour une heure ou deux.

Je frappai, m’annonçant à travers la porte et c’est elle-même qui vint ouvrir, affichant un sourire ravi et, comme je l’espérais, en robe de chambre et au naturel.

– Alexandre ! J’avais fini par me morfondre et me faire une raison, mais entrez donc vous qui savez si bien vous faire désirer.

J’entrai. La chambre était immense en comparaison de celles qu’il m’avait été donné de voir. La famille de Lonrille n’avait rien à envier à la mienne, si ce n’est lorsque l’on naissait fille et Jocelyne devait être habituée à telle opulence depuis toujours. Une causeuse, une table, un bureau et enfin un vaste lit défait devant lequel je me mis à baisser les yeux malgré mes intentions. Ce fut pourtant là qu’elle se posa, m’invitant à la rejoindre sur le rebord. Je laissai mon chapeau sur un meuble et y répondit. Les pans de son peignoir de soie se relâchaient, laissant apparaître un peu plus de sa peau fine et claire. Je m’y attardai un instant, sans vraiment l’avoir voulu et me sentis subitement bien moins téméraire que lorsque je me vantais tout à l’heure.

– Mais dites-moi tout, qu’est-ce qui vous amène ?

– He bien je me disais qu’il y avait longtemps que nous ne nous étions croisés ni n’avions pu échanger quelques mots. Qui plus est, ce jour est celui de mon anniversaire, j’entre dans ma vingtième année.

– Oh cela se fête ! Voulez-vous boire quelque chose ? Que je fasse apporter du vin de champagne ?

– Non, je vous en prie. Mes amis se sont déjà chargés de cela, je ne souhaite que… que votre compagnie.

Je devais avouer qu’il ne me fallut pas user de lourds stratagèmes afin qu’elle se fasse plus tendre. Me racontant son désespoir de ne plus me revoir ainsi que quelques potins, elle glissa ses mains dans les miennes ne me lâchant que pour venir poser l’une d’elles sur ma joue. Je ne suivais plus vraiment ce qu’elle me disait. J’étais ailleurs. Ne revenant à elle que lorsque qu’elle rit à je ne savais trop quelle anecdote. En fait, j’eus l’impression de simplement m’ennuyer. De m’être trompé. Je n’aurais jamais dû venir ici. J’étais presque dessaoulé à présent, les idées plus claires et le malaise plus profond encore.

– Bien, je vais devoir vous quitter. Ce fut un moment délicieux et…

– Si vite ? Allons, Alexandre, ne me dites pas que vous êtes ainsi venu me surprendre au saut du lit uniquement pour entendre quelques rumeurs de couloir. Dites-moi tout ? Espériez-vous autre chose ? Un présent pour ce jour si spécial ?

J’aurais dû partir plutôt que demeurer prostré, mais était-ce de la curiosité, un début de désir de la voir réagir comme je l’avais espéré ? Elle me tendit l’extrémité de la ceinture de son vêtement. Me la glissa dans les mains voyant mon hésitation et, finalement, fit d’elle-même le geste l’aidant à s’en délester.

Une épaule se découvrit, puis une seconde. Affichant le haut de son corps maigre et blanc. Elle portait heureusement un corset brodé fermé par de fines lanières, mais sa poitrine ainsi maintenue semblait si gonflée qu’elle risquait à tout moment de s’en échapper. J’avalai ma salive devant ce spectacle.

– Vous ne vouliez rien boire tout à l’heure, mais… seriez vous plus disposé à goûter quelques fruits ?

Je devais avouer que l’effet fut immédiat, tant face à ce qu’elle m’exhibait qu’à cette proposition. Je m’approchai et puisqu’elle ne s’y refuserait point, puisque j’étais venu pour cela, posai ma main sur sa taille fine. Palpai sa chair et la repoussai non pas pour éviter son étreinte, mais pour l‘allonger sur le rebord de son lit. Mon visage se noyant entre ses globes de chair. J’étais venu pour oublier et pourtant je n’y parvenais pas.

– Oh ! Alexandre ! s’exclama-t-elle.

Soudain, la porte s’ouvrit avec fracas.