Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le jeune sot et l'intrigante - 1


Angélique

Je me faisais une joie de voir ce jour arriver, l’anniversaire de mon cher Alexandre. Annabelle avait fait commander des douceurs de chez un pâtissier ainsi qu’un gâteau incroyable, fait de fruits confis. Et invité certains de ses amis qu’il me tardait de connaître, mais cette soirée n’aurait rien de solennel. Connaissant la rivalité des deux hommes, j’avais alors demandé à Louis de Vardes de ne pas venir cet après-midi. Par contre, il s’annonça dès le matin à la place.

Je devais avouer qu’il se montrait extrêmement galant avec moi et plein d‘attentions. Je le savais sans fortune et pourtant il m’apporta parfois des fleurs ou des chocolats que nous partagions Annabelle, Simone et moi une fois qu’il fut reparti. Je n’en demandais pas tant. Il avait tellement de projets pour ce qu’il qualifiait déjà comme « nos » terres alors que je me faisais à peine à l’idée. Alors que tout ce qui m’importait au fond fut de retrouver ces moments avec mon ami de toujours. Dans les jardins, sous une étale comme autrefois ou même ailleurs. Mais nous nous croisions rarement désormais et il me manquait terriblement. Je devais le lui dire, ne plus laisser espérer Louis sur quelque chose qui, malgré que je tentai de m’en convaincre, ne me tentait guère. Je ne voulais pas me marier avec lui, et ce, malgré toutes ses qualités et ses projets.

On frappa à la porte, il était pourtant bien tôt pour recevoir les invités, à moins d’attendre une autre surprise. C’était Aramis. Il se présenta à Monsieur de Monllieu. J’avais remarqué que bien que ne se mêlant jamais directement des affaires des visiteurs, Annabelle écoutait pourtant bien souvent aux portes afin de s‘informer. Son époux étant parfaitement au courant. Laissant Louis un instant, je me joignis à elle, la porte du bureau étant demeurée entrouverte. Lui aussi s’approcha et tendit l’oreille, restant discrètement derrière nous.

– Il est vrai que tout cela ne me regarde pas et qu’il serait certainement mécontent de savoir que je suis venu vous voir afin de vous confier cela, mais… Alexandre m’inquiète depuis quelque temps. Il n’est pas a ce qu’il fait et je crois savoir que tout provient de la présence de son amie ici ainsi que de ses futures noces.

– Il n’y a encore rien de certain à propos de cela, répondit Monsieur de Monllieu. Et j’ai bon espoir qu’un autre prétendant viendra à enfin se décider.

– Vous devez sans doute parler d’Alexandre. Justement, je crains qu’il ne s’égare et se dirige dans la direction opposée. Loin de moi l’idée de me mêler de ses affaires, mais il est parti en direction du Louvre ce matin. Nous avions fêté sa vingtième année cette nuit et… l’alcool aidant, je crains qu’il ne fasse quelque chose qu’il regrettera.

– Est-il allé provoquer Monsieur de Valle ? Ce fourbe est toujours sur Paris.

– Il sait que les duels sont interdits, non ce n’est pas cela, il a mentionné le nom d’une femme. Et si d’ordinaire, je l’y aurais encouragé afin qu’il découvre quelques mystères, vu la situation cela ne fera qu’empirer les choses. Jocelyne de Lonrille n’a pas pire réputation.

– Jocelyne ! m’écriais-je, nous trahissant.

– Qui est Jocelyne ? s’interrogea Louis, nous faisant nous retourner toutes deux, remarquant seulement sa présence.

– Une intrigante cherchant un bon parti. Elle va l’attirer dans ses filets ! Je l’ai déjà entendu s’en vanter.

– Quelle importance ? Il me semble assez grand pour…

– Louis, emmenez-moi là-bas !

– Plait-il ! Au Louvre ? Mais vous comptez l’y rejoindre ! Voyons Angélique. Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous mener à ce jeune sot ! Hum… pardon madame, acheva-t-il vers la mère de celui-ci.

– Alors j’irai à pied s’il le faut !

Je demandai ma cape et me dirigeai au-dehors.

– Angélique ! me retint Madame de Monllieu. Il tient beaucoup a toi, n’en doute pas, maintenant hâte-toi.

Louis réclama son cheval et m’aida à monter derrière lui. Je le sentais prêt à retenir l’animal, mais il finit par soupirer.

– Vous préférez donc ce jeune sot ? Soit… Il ne se sera pas vraiment bien battu pour vous mériter, mais j’imagine que je ne puis vous forcer à me préférer. C’est un véritable désastre. J’avoue que je comptais sur votre bonne fortune pour aider les gens de mon père.

– Je ne puis rien promettre puisque tout cela est encore bien compliqué pour moi Louis, mais si je puis les aider, je le ferai. S’ils souhaitent s’installer sur les terres de Lonmour alors ils y seront les bienvenus.

– Bien, je ne suis pas tout à fait perdant il faut croire. Mais quel dommage douce Angélique, nous aurions fait un très beau couple, croyez moi. Allons…

D’un léger coup de talon dans les flancs de sa monture, il l’engagea à se presser. Je ne connaissais pas personnellement cette Jocelyne, mais de ce que j’avais entendu de sa bouche m’avait suffi à comprendre son intérêt et de l’avoir vue à l’œuvre, offrant ses baisers à Alexandre convaincue qu’elle serait prête à tout.

Ce ne fut qu’une fois dans la place que je me rendis compte que je n’étais peut-être pas tout à fait présentable pour un tel endroit. Si au moins j’étais habillée pour la célébration de ce soir, mais ce ne pouvait être pire que ma robe dorée, le soir du jeu de banco.

– Ainsi nous voici au Louvre. Dire que mon père n’aura jamais daigné m’y emmener ? Peu étonnant cela dit. Savez-vous où loge cette dame que vous cherchez ?

– Non, répondis-je, un peu perdue. Pas du tout.

– Eh bien demandons.

Quelques regards et ricanements se posèrent sur nous, mais Louis devait avoir essuyé bien pire que cela dans sa vie. Sans s’en inquiéter il se dirigea vers un groupe au hasard.

– Bonjour mesdames, messieurs. Pardonnez-moi, mais pourriez-vous m’indiquer les appartements de Mademoiselle de Lonrille, ma cousine. Je m’en viens lui faire une surprise.

Tout d’abord étonné de faire la connaissance d’un parent, je crus qu’ils n’y répondraient pas, mais finalement, ce fut l’une des jeunes filles qui lui indiqua le chemin. Il se fit galant, la salua et revint.

– Hé bien allons-y, c’est par là-bas à ce qu’il me semble.

Il m’escorta, comptant les portes et nous nous arrêtions devant l’une d’elles. Nous étions non loin de l’aile des demoiselles de compagnie et je redoutais d’y croiser un haut nom ou même un garde s’étonnant de notre présence. Que faire ? Frapper et m’annoncer ? Entrer sans autre forme de procès ? Étais-je au moins présentable pour venir réclamer quoi que ce soit ? En avais-je simplement le droit ?

Je levai la main, prête à toquer lorsqu’une voix se fit entendre. Une intonation au bord de l’extase, trop expressive pour ne pas me glacer les sangs. Je retins mon bras.

– Oh ! Alexandre !