Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le prétendant - 5


Alexandre.

Et ce cirque dura près de deux semaines. Chaque jour ou presque – à croire qu’il fut pressé – Louis de Vardes se rendait au logis de mon père afin de courtiser « son » Angélique. J’avais repris du service depuis et ne logeais plus chez moi, mais à l’hôtel des mousquetaires afin que mes parents retrouvent leur intimité. Angéle occupait seule ma chambre à présent. Mère m’assurant qu’elle faisait office de chaperon durant leurs entrevues. Je la savais de mon côté bien qu’elle ne m’incita plus à me déclarer. Quant à mon amie, ma petite sœur, ma douce Angèle, je ne la voyais quasi plus. Les heures que nous passions ensemble après mon service étant accaparées par ce fanfaron.

Je pensais au début que cet éloignement m’aiderait à accepter ce qui se produisait presque sous mes yeux. À savoir que peu à peu, on me l’enlevait. Et ce, avec le consentement de chacun puisqu’elle ne s’y refusait pas. Mais c’était me mentir. Mes nuits devenaient blanches et mes jours sombres malgré le soleil radieux de l’été. Je n’étais d’ailleurs pas loin de fêter mes vingt ans, sans joie.

Il me fallait faire bonne figure et je me préparai à cette journée que je devrai passer avec les miens. Mes compagnons me prenant de vitesse à la veille de ce jour afin de me traîner dans quelques tavernes et de fêter cela « entre hommes ».

C’était loin d’être ma première sortie de ce genre. À l’aube de mes dix-huit ans déjà, ainsi que l’année suivante, sans compter quelques incartades et autres occasions, il m’arrivait de les suivre et d’y boire jusqu’à plus soif. Le tout dans la bonne humeur. Forcément, je n’y allais pas accompagné de n’importe qui. Ce afin d’éviter de me retrouver dans quelques lits inconnus et d’en venir à le regretter où bien même à me réveiller le lendemain assis contre le mur d’une sordide ruelle. Mon parrain, mais également notre capitaine, Athos et leurs amis Porthos et D’Artagnan étaient de la partie. Nous étions une bonne dizaine.

– Du vin et le meilleur de ta cave aubergiste, commanda le géant alors que nous nous attablions.

Je ne me gênai pas pour vider le premier godet d’une traite, ni même les suivants.

– Doucement ! Aurais-tu l’intention de dormir sous la table avant minuit ?

– À ce train-là, c’est fort probable, rirent-ils, inconscient de mon mal-être.

– Quelque chose ne va pas Alexandre ? me questionna finalement Aramis. Depuis des jours, tu es pâle et distrait. Serait-ce la présence de ton amie chez toi qui te troubles ?

– Ce qui me trouble, c’est la présence de ce pseudo prétendant. Tant intéressé par elle que par ce qu’elle lui apportera une fois devenue sa femme, fis-je tout en me saisissant du pichet.

Aramis stoppa ma main.

– Je sais que le but est de se saouler, mais j’aimerais comprendre avant tout. N’était-ce pas simplement ton amie d’enfance comme tu le clames tant ? Y aurait-il autre chose là-dessous ? Plus que des sentiments fraternels ?

– À quoi bon Aramis. Je m’y suis refusé trop longtemps. Aujourd’hui la place est prise. À ta santé.

Je me sentais déjà bien éméché et cela me fit du bien, tout se brouillait, s’éloignait de moi et je me levai, montant maladroitement sur le banc puis sur la table. Chacun sauvant pichets et godets avant que mes bottes ne les renversent.

– Et à la santé de la plus douce, de la plus belle et honorable des femmes. De la plus aimée aussi. Celle qui me mit en ce monde, à ma mère.

Un autre godet fut donc vidé à sa santé. Se saouler ? Se noyer aurait été plus juste, plonger pour ne plus remonter à la surface. Je redescendis, m’affalai presque, retenu par mes joyeux amis. Attirées par les rires, la boisson et surtout les pièces sonnantes à notre table, des donzelles virent s’y joindre. Simples et jolies filles de taverne comme il y en avait tant. Elles demandèrent l’autorisation de se joindre au groupe et bien entendu, la majorité accepta. L’un d’eux lançant que tout cela était en l’honneur de mes vingt printemps, il ne tarda pas avant que l’une d’elles, son âge étant en rapport avec le mien ne s’attarde de mon côté.

Je ne songeais pas vraiment à cela, je lui offris mon godet, de nouveau plein avant de m’en procurer un autre. La table fut rapidement couverte de quelques douceurs salées et de fruits. Parmi ceux-ci, quelques rares raisins. Je les fixai, ils me rappelaient Jocelyne et ce soir où je l’avais rencontrée. Celui-là même où Angèle était revenu dans ma vie. Et bien que je ne regrettais rien, puisqu’elle aurait fini dans le lit de Vardes père sans cela, je me dis que les choses auraient mieux fait d’être tout autre.

 

Jocelyne. Depuis combien de semaines l’avais-je délaissée. Elle au moins ne me demandait rien que mon attention, quelques moments agréables. Je repoussai les avances de cette compagne de la soirée, buvant simplement en sa compagnie. Quant à Jocelyne de Lonrille, j’irai la voir demain.