Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le prétendant - 4


Angélique

Alexandre était nerveux depuis l’arrivée de Louis et, de ce fait, ne poursuivit pas sur son intention de me parler. Il resta debout et faire les cent pas et évitant le sujet de sa présence. Mais je pensais que tous deux, ne le connaissions déjà. Et je ne savais que décider. Si au moins, il avait pu me le demander. Même si je devrais attendre qu’il y soit préparé ou qu’il prenne du galon, je ne savais pas vraiment ce qu’il espérait tant de sa carrière, j’étais prête à patienter. Il avait encore le temps de le faire.

– Alexandre, tu voulais me parler tout à l’heure ?

Mais la porte du bureau de Monsieur de Monllieu s’ouvrit et ce dernier apparu suivit de son invité.

– Monsieur de Vardes, comme je vous le disais tout à l’heure, c’est à Angélique seule d’en décider.

Il s’avança donc et vint prendre ma main, agissant cette fois plus conventionnellement, sans effleurer mes doigts de ses lèvres et me complimenta sur ma tenue et mon teint. Étrange d’ailleurs vu la marque que je portais encore. J’en fus embarrassée et la dissimulai prestement. Dire qu’Alexandre ne s’était jamais allé à ce genre d’attention, il ne me considérait décidément que telle qu’une petite sœur, une amie, rien de plus.

– Chère Angélique, je viens ici officiellement afin de vous faire la cour. Monsieur de Monllieu m’a alors assuré que vous êtes seule juge de cela. Donc, douce demoiselle, me le permettez-vous ?

J’hésitai à répondre, je ne voulais point le blesser, mais ce fut Alexandre qui prit la parole à ma place.

– Il est évident qu’une demoiselle de sa qualité ne pourra vous rencontrer qu’accompagnée d’un chaperon, le nargua-t-il.

Monsieur de Monllieu eut alors le début d’un léger rire qu’il transforma aussitôt en un toussotement avant de confirmer, reprenant son air sérieux, qu’effectivement, il devait en être ainsi. Je lui adressai un regard empli de questions, que devais-je répondre ? Accepter ou refuser ? Il me fit un léger signe de la tête, j’acceptai.

– Bien, acheva-t-il. Puisque mon fils se porte volontaire pour endosser ce rôle, je vous laisse. J’ai encore bien du travail. Mais si vous le souhaitez, Monsieur de Vardes, ces jeunes gens n’ayant pas encore déjeuné, la table va être dressée, peut-être pourriez-vous vous joindre à eux ?

– Avec plaisir, sourit l’invité, faussement ravi.

Quant à Alexandre, j’imaginais qu’il ne songeait pas vraiment à endosser lui-même le rôle du cerbère, car il ne parut pas plus enjoué que cela lui non plus.

Nous passions donc à table, mon ami s’asseyant à l’extrémité vu l’absence de son père, Louis et moi nous faisions face. Quelque chose me disait que le repas allait être tendu. La gouvernante souriant d’une façon bienveillante fit le service et ce ne fut que lorsque nous entamions que Louis se lança.

– Quels sont donc vos projets Angélique ? Je veux dire, souhaitez-vous vivre sur vos terres ou demeurer à Paris ? Il va de soi qu’il nous faudrait y séjourner quelque temps au début, mais nous pourrions aisément revenir si vous le souhaitez. Avez-vous des amis à la cour ?

– Je n’ai encore rien décidé de tout cela et… j’apprécie Paris. Enfin oui, j’ai un ami ici, fis-je tout en jetant un bref regard vers celui-ci.

Alexandre sourit, étirant sa bouche et toisa celui qui me faisait face, comme s‘il considérait avoir marqué un point contre lui. Il se sentit aussitôt poussé des ailes à enchérir.

– Ainsi Monsieur de Vardes, vous étiez dans l’armée. Simple soldat, j’imagine. Vous semblez bien jeune pour en avoir déjà terminé, ne risquez-vous pas d’être rappelé ? À moins d’avoir opté pour la fuite, seriez-vous un déserteur mon brave ?

– Et vous, ne seriez-vous pas trop enjoué si tel était le cas ? Non je contractai une vilaine fièvre et fut rapatrié. C’est d’ailleurs à ce moment que je bénéficiai du charmant accueil dont je vous parlais hier, la suite vous la connaissez. De nouveau blessé, je ne pus rejoindre mon régiment de suite, je suis en convalescence… prolongée.

– Tout cela est donc temporaire et vous comptez malgré tout faire croire à vos projets avec Angèle ?

– Je compte surtout faire une demande auprès de mes supérieurs afin de rallonger cette permission. Le temps que tout soit arrangé.

– Et ensuite, elle se retrouverait seule et sans protection. Judicieux.

– Ensuite, qui sait, peut-être ferais-je ma demande auprès de la garde des mousquetaires. Je pourrai dès lors demeurer à Paris et… surtout… je ne me cacherai pas derrière cette fonction pour ne pas avoir à assumer un moment d’égarement.

Alexandre en perdit son sourire et se pencha vers son interlocuteur.

– De quel égarement voulez-vous parler ?

– De celui qui vous permit de substituer notre douce Angélique à mon père, voyons. Profiter d’une telle occasion, comme c’est choquant. Mais rassurez-vous ma mie, j’oublierai rapidement ce petit écart. Bien des jeunes femmes se sont déjà laissées prendre à…

Alexandre se leva prestement, manquant de peu de renverser ce qui se trouvait devant lui, ses poings frappant la table.

– Je ne me cache point sachez-le. Quant à cet égarement, je vous interdis de songer qu’il ait eu lieu. Pour qui me prenez-vous donc ? Et mieux encore, de quel droit pensez-vous qu’Angèle puisse succomber aussi aisément, telle une simple courtisane !

– Du calme, fit Vardes qui ne se démontait pas. Je ne fais que répéter ce qui me fut parvenu.

Plus de que la tension, je ressentais une véritable rivalité se dégageant des deux hommes, cela m’oppressait.

– Arrêtez, je vous en prie. Je ne souhaite nullement que vous en veniez là.

– Vous avez raison, douce Angélique, restons-en là. Après tout, nous ne sommes pas rivaux, n’est-ce pas Monsieur de Monllieu ? Et cette visite se veut courtoise.