Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Le prétendant - 1


Séraphin.

Je me sentais soulagé. Et encore c’était là un piètre mot. Mais si de Valle avait encore osé porter quoi que ce soit sur l’un d’eux, je l’aurais abattu. Sa ressemblance avec son cher frère n’était pas que physique. Et bien qu’il fût un tantinet moins fou que lui, il était bon de s’en méfier.

Bien que faisant de son mieux afin de garder bonne figure, Alexandre était épuisé. Il monta en croupe avec son parrain tandis que je me chargeai de la petite, la gardant contre mon cœur afin qu’elle ne se fatigue pas plus. Depuis son retour, je n’avais encore eu l’occasion de vraiment la voir, ce qu’elle avait pu changer et mûrir. Je comprenais mieux pourquoi mon fils tenait tant que cela à elle. Oh il pouvait bien me jurer qu’il n’y avait rien de plus qu’une solide amitié. Navré, mais je n’y croyais pas une seconde. Mais son nom au grand complet aurait pu aisément être Alexandre Borné de Monllieu tant il se refusait lui-même à ouvrir les yeux.

Nous arrivions en ma demeure. Mon épouse ainsi que le personnel nous y attendaient. Je lui avais fait part de ma décision, ayant enfin reçu des nouvelles de tout cela. La jeune fille et sa famille vivant assez loin de Paris, il m’avait fallu du temps afin de récolter ce que je voulais apprendre. Pourquoi ce besoin incessant de la marier ? Angélique de Valle était héritière des terres de Lonmour. De l’héritage au grand complet, car elle reçut tant de son père que du frère de celui-ci. Oui, j’ai bien dit « son père » et non son beau-père. Ce fut ma douce belle qui me mit sur la voie, s’étonnant de la date à laquelle fut née la demoiselle. Le premier du mois de septembre. Car si notre fils poussa son premier cri le trente de juillet, conçu juste après que Jacques de Valle fut emprisonné, comment la petite aurait pu être conçue un mois plus tard alors qu’il se trouvait proche d’être exécuté ? La solution était simple, cette chère Audeline, sa mère forniquait déjà avec Lonmour à l’époque. Elle ne l’épousa qu’une fois libre. De là à affirmer que la mort des frères Lonmour relevait d’une odieuse machination à faire hériter l’enfant, je n’irai pas jusque-là, mais… il subsistera toujours des doutes.

Je portai Angélique jusqu’à mon lit. C’était convenu qu’elle dorme avec ma femme, sans équivoque donc. J’ignorais si elle et Alexandre avaient bel et bien consommé quoi que ce soit vu les doutes avancés par Aramis. Nous nous partagerions, la seconde chambre mon fils et moi. À la guerre comme à la guerre. Annabelle s’occupa d’elle, du bleu de son visage, de la faire manger, se rafraîchir et se vêtir pour la nuit avec toute la douceur qui la caractérisait. Elle aurait mérité une telle mère plus de cent fois.

Quand à Alexandre, il tint le coup et dîna avec moi, me contant leurs aventures et je lui confiais alors ce que j’avais appris. Il nous fallait parler sérieusement à présent, aborder un sujet épineux, mais nécessaire. Le Marquis de Vardes était revenu sur sa décision de l’épouser malgré sa « faute », le fils lui courant tout autant derrière, mais… n’y avait-il pas un troisième prétendant dans le lot ? Il me jura que non.

– Alors laisseras-tu Louis de Vardes lui faire la cour ?

– Certainement pas ! Il est orgueilleux et certainement très mal placé avec la justice. Il n’a pas même un toit digne à lui fournir.

– Il n’a guère besoin de lui procurer cela. Tout l’attend dans le sud. Ils posséderont des terres, deux manoirs ainsi que les dépendances. Car il faut que tu t’attendes à ce qu’elle parte si elle l’épouse.

Sans le vouloir, j’arrivai à lui couper l’appétit. Il reposa sa cuillère sur le rebord de l’assiette, la faisant tinter plus qu’il ne fut nécessaire. Ce qu’il pouvait s’irriter rapidement lorsqu’il s‘agissait d’elle. Rien de plus qu’une amitié donc ? Évidemment.

– Alexandre, il resterait une solution. Et la meilleure selon moi. Celle qui lui assurerait de ne pas être délestée de ses biens et qui plus est, d’être aimée et bien traitée.

– Et quelle est cette solution si convenable ?

Je l’observai donc, levant le nez en sa direction, le fixant et haussant les sourcils. Pour moi, pour sa mère également, c’était parfaitement logique.

– Moi ? Non père, vous proposez que je l’épouse ?

– Donc tu y avais songé toi aussi ?

– Oui… enfin non. Ce n’est pas possible.

– Donne-moi donc une bonne raison.

– Je suis mousquetaire.

– Ah ? Et depuis quand est-ce interdit de se marier pour un mousquetaire ? Tu n’es pas moine que je sache.

– Je peux être en danger, faire d’elle une veuve bien avant l’heure et…

– Et peut-être pourrait-elle en décider elle aussi ? Alexandre, aimer en soit est un risque et je comprends que cela t’effraie. L’on peut être rejeté, déçu, trompé, mais l’on peut également goûter au plus grand bonheur. Ce bonheur, je te le souhaite.

Je posai ma main sur la sienne alors qu’il affichait une mine proche de celle qu’il eut le jour où il goûta pour la première fois à la pulpe d’un citron. Cela lui coûtait donc tellement de se l’avouer ?

– Réfléchis bien mon fils. Si ce n’est toi, ce sera un autre. Et même s’il la rend heureuse, cela ne pourra que te blesser plus profondément encore.

Il se leva prestement, mais l’arrivée d’Annabelle coupa court à sa fuite. Je le vis se raviser et se rasseoir, ne souhaitant pas lui faire affront, elle prit la chaise tout à côté de lui.

– Elle dort à présent. Pauvre enfant, cela dû être une journée bien difficile.

– Plus encore qu’une journée mère.

– Avez-vous discuté tous deux ? s’informa-t-elle.

– Ainsi vous êtes-vous aussi dans la confidence. Oui nous avons parlé, mais… je ne lui demanderai pas sa main.

– Elle t’aime beaucoup pourtant.

Il en demeura figé, rougissant presque à cet aveu.

– Je ne peux. Mère si jamais il m’arrivait quoi que ce soit, vous seriez déjà de trop à en souffrir. Je ne veux pas lui imposer telle chose.

– C’est trop tard Alexandre. Elle en souffrirait malgré tout.

Aurait-elle plus d’influence que moi à connaître le cœur d’une femme, il n’ajouta rien de plus à ce propos sans pour autant revenir sur sa décision.

– Allons nous coucher, la nuit porte conseil.