Gaëlle Laurier

Auteur de romances

Découvrez mes univers

Facebook Twitter Instagram Wattpad Fyctia Scribay Imaginae Booknode



Confrontation - 3


Angélique

Le calme revint un long moment durant. À croire que plus personne ne disposait plus de la moindre munition. Du moins pour ce qui était du camp en face. Je m’étais laissé glisser jusqu’au sol, assise entre deux larges racines et le dos toujours accolé au tronc. Alexandre demeurant debout si près que mon bras touchait sa jambe. Mais loin de me gêner, je ressentais le besoin de garder ce contact rassurant.

Décidément, les affaires de famille pouvaient parfois mener à de terribles choses. Louis répudié par le Marquis qu’il pensait être son père. Quant à moi, j’étais fille d’un traître et d’un assassin à la fois. De nous tous, mon ami s’en tirait le mieux. Je revins alors à leur tentative de diversion, cherchant quels mots employer. Me livrer simplement ne les convaincraient pas, il fallait que cela ait l’air naturel et quoi de mieux que d’user de ceci.

– Je vous en prie, ne reprenez pas les tirs, ils sont blessés et je ne puis rien faire pour eux. Venez m’aider, ne les laissez pas mourir !

– Très bien ! chuchota Louis. Allez ! Avancez donc mes chers petits.

– Montre-toi Angélique et marche vers nous, lança-t-on depuis le camp adverse.

Je me relevai.

– Non ! me somma Alexandre dans un murmure. Tu dois rester ici, si tu t’éloignes, je ne pourrais rien.

– Ils ne me feront pas de mal, lui souriais-je de façon peu convaincante.

Nous étions en mauvaise posture et je ne le savais que trop bien. Tant de fois Alexandre s’était lancé à mon secours et que je n’avais pu l’en remercier décemment. Il me semblait que cette fois, ce devait être mon tour. Je sortis donc de ma cachette et avançai terriblement lentement. Mon oncle me rappela à l’ordre, me commandant de me hâter. Il me fit tressaillir. Car je venais de bel et bien mentir. Si les mercenaires respecteraient leur contrat de ne point me faire de tort, c’était moins sûr pour lui.

Seul le canon du chef de mercenaire était visible tandis que mon oncle, méfiant, ne fut aperçu que le temps d‘un éclair, se remettant immédiatement en place dès qu’il me vit. Mais aucun ne daignait sortir de sa cachette pour l’instant. Ma tentative de diversion était sur le point d’échouer.

– Ne tirez pas ! somma Grégoire de Valle avant de se présenter, les mains à vue.

Trois mercenaires sortirent à leur tour de derrière les troncs, mousquets bien visibles par contre. Pointés vers les arbres où nous étions dissimulés. Mes jambes flageolaient sous moi et je m’accrochai à l’idée que forcément ni Alexandre ni Louis ne tireraient me sachant dans leur visée, espérant qu’il en soit de même pour leurs adversaires. Mais mon oncle devait se fier à cela lui aussi, car il s‘approcha et sans sommation, leva la main dans ma direction. M’assignant l’une des gifles dont il avait le secret, de celles que l’on pouvait craindre toute une vie.

Déjà bien fébrile à cause de tout ceci, je m’écroulai au sol, honteuse d’avoir crié lors de l’impact. Mais impossible de se retenir lorsqu’il vous semble que votre mâchoire va se disloquer et votre œil sauter hors de son orbite. Heureusement, rien d’aussi grave, mais le choc fut si violent que c’est toute cette partie de mon visage qui me fit souffrir. Les larmes me virent, incontrôlables et je demeurai à terre, dans l’impossibilité de me relever, comme paralysée par la peur qu’il s’exécute de nouveau.

Grognant et hurlant, Alexandre sortit à son tour de derrière le tronc, pointant mon oncle. Les mousquets se dirigèrent subitement vers lui.

– De Valle, vous venez de porter la dernière fois la main sur elle ! Armez-vous que l’on en finisse !

– Non, non je t’en prie, gémis-je, mais je ne fus pas sure d’être entendue.

– Repose cette arme mousquetaire, sinon…

– Sinon quoi Monsieur ?

Un petit groupe apparu de je ne sais où, une voix particulière qu’il me sembla reconnaître venant de couper la parole du mercenaire. Je tâchai de les distinguer, mais mes yeux remplis de larmes rendaient ma vision des plus floues. Pourtant cet homme, visiblement venu nous secourir avait quelque chose de familier.

– Sachez que si vous touchez encore à un cheveu de ces jeunes gens, vous ne vivrez assez longtemps pour avoir le loisir de le regretter, continua-t-il.

Soudainement, je reconnus cette façon de parler, si sure d’elle, de ces traits tellement proches de ceux d’Alexandre. Séraphin de Monllieu, son père, il nous avait retrouvés !