Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Confrontation - 2


Alexandre

– Vardes ! À terre ! hurlai-je.

Je me saisis d’Angèle, la poussant brutalement au sol avant de la couvrir de mon corps. Dans la foulée, la lame de ce maudit oncle entaillant ma veste et mon bras. Qu’importait, c’était bénin. Un coup fut tiré suivit par d’autres, le cri étouffé d’un homme touché, assassiné pratiquement sur l’instant nous indiquant qu’ils avaient fait mouche. Mais je ne pris pas le temps de m’assurer de qui il pouvait s’agir. Je comptai les coups.

Trois depuis les hommes de Vardes, trois autres depuis l’autre camp. Or il y en avait huit d’armés en tout. Encore deux se gardaient le droit de riposter. Sans compter les valides capables de recharger en quelques instants. Et sachant le peu de sang-froid dont pouvaient faire preuve des hommes non entraînés en comparaison du camp de Vardes père, ce devaient être ceux du fils qui avaient achevé leurs chances trop tôt. Nous disposions donc de la possibilité de nous mettre à l’abri, les mercenaires n’ayant pas ordre de nous tuer.

Je la relevai, la tirant avec moi tout en nous gardant baissés jusqu’au tronc le plus proche, la douleur à mon bras se faisant plus prononcée, je serrai les dents.

– Reste ici, fis-je observant les deux parties.

Vardes s’était mis à l’abri à temps. Il faisait partie des forces armées donc ? Étonnant vu sa verve, mais cela lui avait été utile. Il eut de bons réflexes. L’un de ses hommes était à terre, les autres cachés avec lui. Il me fallait récupérer de quoi nous défendre, j’estimais donc les risques d’atteindre le corps et le délester de ses armes. Chose compliquée, je serais alors en pleine mire et compter sur l’obligeance de ces mercenaires, je n’y croyais guère. Ils comptaient emmener Angèle, pas moi.

Je la voyais tremblante, serrant ses poings sur le rebord de sa robe, assise à genoux dans l’herbe.

Bien. Estimation rapide. Vardes fils était un soldat. Entraîné, mais accompagné de paysans qu’il venait d’amener tout droit à l’abattoir. Donc pas un gradé, il n’en avait pas l’esprit. En face, des hommes dont seul l’ordre de leur commanditaire comptait ainsi que de Valle. Tous aussi sympathiques à mes yeux. Décidément, j’espérais que cette journée à devoir prendre des décisions de plus en plus épineuses s’achève rapidement. À choisir entre les deux camps, ne pouvant pas faire figure de troisième à nous deux et sans arme, mon choix était fait.

– Surtout Angèle, reste bien derrière cet arbre, il te protégera des balles.

– Et toi ?

Quelques coups furent de nouveau tirés dès que les mousquets furent rechargés, la faisant sursauter de peur et se diriger droit dans mes bras. Je tachai de la réconforter, c’était la mon rôle après tout, et ce, depuis toujours. Bien qu’aujourd’hui elle tenta plus d’une fois de me préserver. Ce genre d’échanges pouvaient durer longtemps selon les ressources en munitions de chacun et je ne pouvais rester à simplement attendre l’issue sans rien faire.

– Il me faut une arme. De plus, cet abruti ne tiendra pas. Il est hors de question que je le laisse t’épouser contre ton gré, mais plus encore hors de question que ton oncle et le Marquis te récupère.

– Que vas-tu faire ?

– Me joindre à Louis de Vardes, du moins pour le moment, mais toi reste ici. Ses hommes ne savent pas même tirer, il est comme seul.

– Non ! Je t’accompagne, je ferai comme tu me dira, mais ne me laisse pas ici. Je suis celle qu’ils souhaitent tous deux, rien que cela peut les empêcher de te tuer. Alexandre.

Je soupirai.

– Bien. Alors tu te tiendras toujours à couvert et tête baissée, quoi qu’il arrive.

Nous profitions d’un nouveau rechargement pour avancer. Je la gardai avec moi derrière un large tronc, à trois mètres de Vardes.

– Ainsi vous vous alliez à moi Monllieu ? Quelle surprise ! L’orgueilleux est donc un meilleur choix que le vicieux ?

– Ni l’un ni l’autre. Mais ces hommes seraient bien capables de tous vous tuer et d’en faire de même pour votre campement. Je ne risquerai pas leur vie contrairement à vous.

– Croyez-vous que j’avais envisagé cette tournure des choses ? Mon père a plus de ressources que je le craignais.

Le mien aussi. Si seulement… rançon avait été réclamée, Aramis devait certainement l’avoir prévenu. Mais ces bois demeuraient tel un véritable labyrinthe et la nuit ne jouerait pas en sa faveur. À cette heure, il devait être sur ma piste depuis longtemps, mais...

Une nouvelle salve vint à briser cette courte quiétude. Et un autre des hommes de Vardes fut touché, à la main seulement, mais je réclamai son arme. On me la lança ainsi que la poudre et les balles. Si j’avais pu imaginer au début de cette aventure que je serai dès lors à me battre aux côtés de cet homme, je n’y aurais pas cru. Pourtant, c’était bien ce que je m’apprêtais à faire.

Un œil du côté des mercenaires. Ils étaient comme invisibles parmi les buissons. Tandis que les nôtres devaient dissimuler un terrier à lapin très certainement. Lorsque de nouveau le calme revint, je vis poindre deux oreilles inquiètes, filant à l’intérieur dès que l’animal m’aperçut. Sers-toi de ta tête Alexandre. Il nous fallait faire autre chose que de parier à qui aura le plus de munition ou de chance.

 

Cela dura encore un moment, j’en touchai deux dont un mortellement. Même score pour Louis. Ce qui les réduisait de dix à six valides en plus de l’oncle. Mais cette fois, je m’en étais fait des ennemis. Nos réserves baissaient dangereusement. Vardes n’avait plus que de la poudre, quant à moi, il me restait deux balles. Qu’en était-il de leur côté ? Cela s’annonçait mal.

– Vardes, rassemblons ce qui reste entre nous deux. Vous savez que nous sommes les plus expérimentés. Il nous faut faire mouche à tout coup. Angèle, me tournais-je vers elle ensuite. Il nous faut faire diversion.

– Vous êtes fou ! Demander cela à cette jeune fille !

– Angèle, parle-leur, continuai-je sans me préoccuper de lui. Marchande avec ton oncle s’il le faut, dis-lui que tu souhaites le rejoindre, mais que tu crains d’être blessée.

– Mais...

– Il faut qu’ils baissent leur garde un instant.

Un tir bien plus nourri que les précédents fit rage. Il semblait ne pas vouloir en finir, m’obligeant à la couvrir de nouveau pour plus de sûreté. Je la sentais tressaillir contre moi alors que l’écorce du tronc nous protégeant volait en éclat à quelques centimètres de nous.

– Êtes-vous totalement fous ? cria Vardes. La jeune femme est avec nous ! Voulez-vous donc la voir en vie ou non ?

– En vie bien entendu. Laissa la venir jusqu’à nous et nous vous laisserons partir ! proposa le camp d‘en face.

Étrangement, personne n’y crut.

– C’est ça oui, ronchonna Vardes dans sa barbe. Comme la dernière fois.

– Qu’y a-t-il eu la dernière fois ? questionna Angèle qui n’avait pas lâché son étreinte cependant.

– Je me suis fait tirer dessus tel un vulgaire lapin et pris deux balles. Ce sont ces gens que je tente d’aider qui m’ont ramassé et permis de survivre.

– Mais pourquoi votre père vous déteste-t-il autant ?

– Parce que je suis un bâtard douce demoiselle. Navré de briser ainsi la belle image que vous auriez eue de moi. Et cela l’insupporte de léguer quoi que ce fut à un sang qui ne soit pas totalement le sien. Lorsqu’il l’apprit, il me répudia et je m’engageai dans l’armée. Vous avez donc les grandes lignes de ce qu’est ma vie. Au moins s’il m’arrive malheur, vous pourrez vous vanter d’en savoir le principal en ce qui me concerne, douce fiancée.

Douce fiancée. Rappelez-moi que lorsque nous en serons sortis, je lui fasse ravaler ces mots.