Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Confrontation - 1


Angélique

Je serrais le tissu de la cape d’Alexandre de toutes mes forces, demeurant derrière lui alors qu’il se faisait mon bouclier. Cette rencontre impromptue m’ayant sorti brutalement de mes élucubrations. Pourquoi vouloir me faire hériter qu’une fois mariée ? Il fallait que ce soit lui qui me pose la question, me rappelant juste avant cela les moments que nous avions passés ensemble étant enfants. J’en avais parlé à mon oncle Lonmour et un rapprochement étrange s’était opéré en moi. « Un bien courageux garçon, m’avait-il alors affirmé. Qui sait, si tu avais pu rester à Paris, t’aurait-il épousée une fois devenue femme. Pour risquer ainsi sa vie, il devait certainement tenir très fort à toi. Il aurait fait le meilleur des époux, protecteur, honnête et passionné. Sa fortune étant déjà faite, nul doute, il ne t’aurait pas volé la tienne. »

A cette époque, je ne compris pas de quelle fortune il parlait, pensant qu’il s‘agissait d’une métaphore. Et s’il avait voulu au contraire s’assurer de mon avenir, peut-être songeait-il à me ramener à lui avec cette idée en tête. Me faire épouser Alexandre, rassuré sur mon avenir à ses côtés. Jamais il n’aurait pensé que… que Grégoire de Valle le tuerait… pour ça ? Non, j’avais du mal à y croire. Qu’il ait songé à pareille chose. Que cela avait causé la perte de cet homme qui m’avait si gentiment soutenue et hébergée, telle sa nièce. Sa nièce…

– Nous avons ordre de vous ramener auprès de Monsieur le Marquis, c’est lui-même qui nous envoie à votre recherche, fit le mercenaire s’adressant plus précisément à moi.

Je m’attendais à ce qu’Alexandre soit plus détendu suite à cela, mais au contraire, je sentais les muscles de son dos se durcir plus encore. Il ne lui faisait pas confiance. Et j’allais subitement le rejoindre dans ses appréhensions lorsque certains de ces hommes se tournèrent puis s’écartèrent, laissant s’avancer jusqu’à nous celui que je redoutais le plus, mon oncle Grégoire.

– Votre oncle était fou d’inquiétude, acheva l’homme armé. Et comme rançon fut demandée, nous avons immédiatement compris la situation.

Celui-ci s’avança et tendit la main vers moi, mon ami me repoussant du bras vers l’arrière, l’empêchant de m’atteindre. Nous savions pourtant lui comme moi, qu’il ne pourrait l’empêcher bien longtemps.

– Allez-vous cesser ces enfantillages ? tonna subitement mon oncle. N’avez-vous point causé assez de tort à notre nom ? Pour qui vous prenez-vous ?

– Contrairement à vous, je ne souhaite que son bien et vous interdit de l’approcher.

– Devrais-je en référer à votre supérieur une fois de retour à Paris ? Peut-être que de vous faire exclure de la garde des mousquetaires calmerait vos ardeurs. Il suffit à présent, Angélique, tu viens avec moi, le Marquis consent à te revoir.

Ses derniers mots me figèrent sur place. Me revoir et quoi d’autre si je n’ai plus personne qui l’empêchera de faire ce qu’il souhaite de moi.

– Et moi, devrais-je rappeler à son bon souvenir combien vous êtes impliqué dans l’évasion d’un criminel, condamné par la couronne, il y a de cela des années ?

Mon oncle, pris par la colère, sortit son fleuret, le pointant vers lui. Pourtant Alexandre ne tressaillit même pas, se tenant toujours devant moi tel un roc, son visage fermé et tout aussi froid que celui de son ennemi. Mon ami n’était pas même armé, si ce n’était de cette courte lame qu’il dissimulait et qui ne lui serait d’aucun secours dans pareille situation. Mais s’il mettait ses menaces à exécution, il lui ôtait tout ce à quoi il consacrait sa vie. Entre le préserver de ce dangereux parent et échapper aux souhaits des Vardes, mon choix devait se faire au plus vite, il ne patienterait pas bien longtemps et était capable de tout.

– Je vais vous suivre mon oncle, répondis-je finalement, tête basse et évitant le regard d’Alexandre.

Je m’écartais de lui, m’avançant, mais il me retint.

– Jamais !

Ce mot n’était pas de lui, mais d’une voix provenant de plusieurs mètres derrière nous. Le bruit d’un chien que l’on arme puis de trois autres suivirent immédiatement. Louis de Vardes ainsi que six de ses hommes nous ayant rejoint. Lui-même ainsi que la moitié d’entre eux tenant en joue la dizaine de mercenaires. Ces derniers les pointant rapidement de leurs mousquets en retour. Nous étions pris entre deux feux subitement.

– Bon sang, murmura Alexandre.

– Cher Monsieur de Valle est-ce cela ? Je me présente, Louis de Vardes. Inutile de ramener votre charmante nièce auprès de mon père, nous avons à parler avant cela.

J’eus l’impression que nous étions comme devenus invisibles alors que nous étions pourtant au centre de cette conversation.

– Fermez-la et ramenez vos gens en lieu sûr ! Êtes-vous suicidaire ? gronda Alexandre.

– Du calme mousquetaire, laissez parler les grandes personnes.

Il reçut un grognement en retour. Mon oncle ne se préoccupant qu’à peine de son intervention, mais le tenant toujours au bout de sa lame répondit.

– Ainsi c’est vous le fils prodigue dont on évite de prononcer le nom. Votre cher père espérait bel et bien vous avoir perdu en bataille, il sera fort déçu.

– Pas tant que moi, je vous assure, serra t-il les dents.

– Et en quoi dois-je vous écouter plus particulièrement ?

– Parce que simplement, je compte… ah que j’aurais voulu faire cette demande de façon plus officielle ma mie, mais l’on fait comme l’on peut. Je compte épouser votre nièce cher monsieur et les accords passés avec mon père me conviennent. D’autant plus qu’elle a pratiquement accepté ma demande.

– Elle n’a rien accepté du tout, ne rêvez point, Monsieur l’orgueilleux. !

À force de discuter, nous en oublions les mercenaires, assistant à ces échanges, sans trop mot dire, mais toujours sur le qui-vive. Leur chef y coupant court.

– Pardonnez-nous, mais nous avons des ordres, fit-il de façon courtoise, mais sèche. En plus de ramener la donzelle, le corps de ce jeune sot.

Joignant le geste à la parole, il fit basculer le chien du pouce, l’index sur la gâchette, prêt à tirer droit devant lui.