Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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L’enlèvement - 8


Alexandre

L’homme censé me surveiller me facilitait la tâche. Préférant observer une donzelle occupée à récupérer le linge mis à sécher alors que la nuit tombait. Il me tournait quasiment le dos tandis que je coupai mes liens, laissant juste assez de fibre de corde afin de donner l’illusion que je fus encore attaché. Mais d’un mouvement brusque, elles pouvaient céder. Je ressentais des fourmillements dans tous mes membres à force et me résignais déjà de devoir perdre quelques instants lors de notre fuite afin que cela ne s’arrange.

Angèle fut emmenée sous l’une des tentes et, tout autant que les allées et venues des gardes, j’en surveillais l’entrée depuis que cet orgueilleux de Louis de Vardes en était sorti. Fort heureusement, il ne s’en était plus rapproché, j’aurais été capable de lui courir dessus, l’empêchant d’aller l’importuner. Il me fallait dès lors imaginer un plan d’action, car je ne pouvais fuir sans elle. Si seul, il m’aurait été aisé de filer des plus discrètement, sachant qu’il ne lui ferait aucun mal, c’était plus fort que moi, je redoutais ce que pouvait lui annoncer cet homme. De fausses promesses certainement. Mais au fond que serait le pire de tout ? Que je puisse au moins voler de nouveau à son secours si jamais son comportement venait à désirer ? Ou au contraire, qu’il soit animé d’une flamme sincère et que je ne puisse plus rien. Mais Angèle m’avait donné sa réponse, elle rentrerait avec moi à Paris. Et je m’accrochai à cela tel l’aveu qu’elle ne lui céderait pas.

La patience jusqu’alors avait été ma meilleure arme. Bien qu’elle faillit me glisser des doigts plus d’une fois et enfin vint le moment tant attendu. Ces hommes n’avaient rien d’une troupe de mercenaires ou de soldats, ils ne faisaient qu’imiter les techniques des professionnels du genre. Me garder oui, mais il ne suffisait pas d’être juste planté là, baillant à s’en rompre la mâchoire et espérer que j’allais me tenir tranquille. C’était tout un art que de jouer les gardes, j’en savais quelque chose puisque l’on me confia cette tâche pour le moins ingrate dès le début de ma formation.

Et ce fut alors qu’il exprimait de nouveau son ennui de façon fort peu discrète que je décidai d’agir. Le camp était sous silence depuis un moment, seuls les ronflements provenant des tentes les plus proches me parvenant. J’achevai les liens de mes chevilles, me tenant encore accroupi, mes jambes me rappelèrent sans hésitation qu’elles furent entravées durant de longues heures et je devais passer pour un fou à tenter de faire disparaître cette impression effroyable, mais qui aurait coûté tout effet de surprise si je m’étais retrouvé affaibli une fois redressé. Nul besoin de tuer ce malheureux. Un paysan sans doute, père de famille qui sait. Et ce fut d’un coup porté à la tempe que je l’envoyai là où il souhaitait se rendre depuis tout à l’heure. À savoir dans un profond état d’inconscience, un repos bien mérité.

Je longeai ensuite le camp par l’extérieur, me rapprochant de la tente de ma douce Angèle, soulevai la toile, allant jusqu’à arracher l’un des piquets la retenant au sol pour y parvenir. L’on voyait à cela que toute cette installation devait fréquemment se déplacer, elle n’était pas fixée pour tenir de longues périodes.

– Psss… Angèle ?

Heureusement, elle ne dormait pas, elle se redressa d’un bond et chuchota à son tour.

– Alexandre ?

Je posai mon index en travers de ses lèvres, lui prit la main et l’entraînai avec moi. Je ne pouvais pas décemment partir d’ici sans Diane. Non seulement elle nous serait indispensable afin de rapidement fuir d’ici, mais je tenais à ma jument. Hélas, c’était justement là que ce fou de Vardes se tenait, proche du carré des chevaux. Et lui ne semblait pas vouloir dormir puisqu’il discutait avec deux de ses hommes, tout aussi bien éveillés que lui.

Je soupirai, agacé par la situation. Soit je tentais de la reprendre et risquais gros soit je me devais de la lui laisser. Ce n’était qu’un cheval auraient dit d’autres. Plus pour moi, un présent précieux, une compagne fidèle. Soit, il n’aurait pas de raison à lui faire du tort sinon je serais bien capable de le lui faire amèrement regretter, je m’en fis la promesse et entraînai de nouveau mon amie, mais vers les bois cette fois.

Parvenu à bonne distance, je l’informai.

– Angèle. Nous sommes ici au milieu de nulle part, plus éloigné encore de Paris que du manoir du Marquis. Je me dois donc de décider d’une chose. Soit nous tentons de rejoindre la capitale, mais au vu de la distance et à pied, et surtout vu que cette troupe à bien l’habitude de ces bois à force d’y vivre, nous serions rattrapés bien avant d’en voir ses murs.

Elle m’écoutait attentivement, tout aussi sage qu’elle pouvait l’être et je craignais que la suite ne l’effraye, pourtant je n’avais pas d’autre choix.

– Soit nous repartons en direction du manoir.

– Non ! Pas le Marquis… commença-t-elle, il me fallait m’expliquer.

– Cela ne me dit rien non plus. Mais nous devons choisir. Lui et son fils sont en de mauvais termes, mais il s’agit d’un homme suffisamment honnête pour nous héberger sachant que vous avez été enlevée. Ou alors nous nous dissimulerons dans son étable, mais ne surtout pas demeurer en un lieu où nous pourrions être repris. Nous aviserons demain matin.

– Il est très en colère contre nous, il pourrait nous chasser.

– Chasser une jeune héritière ainsi qu’un rentier de ses terres alors qu’ils sont en danger ? Il nous reproche notre incartade et l’annulation de ses noces, mais n’ira pas jusqu’à nous laisser aux mains de ce fils qui le nargue de la sorte. Question de fierté en plus du reste.

J’aurais préféré avoir une troisième solution, mais hélas, elle était retenue bien trop près de notre hôte et à tout instant l’on pouvait signaler notre disparition.

– Je ferai comme tu le souhaites. Tu es bien plus stratège que moi.

– Très bien alors, allons-y.

Nous avancions donc, Angèle malgré toute sa détermination à me suivre me ralentissant bien plus que je ne le craignais au départ. Cette partie des bois étant à l’état sauvage, n’ayant subi aucun passage, des racines ainsi que divers obstacles menaçaient à tout moment de lui faire se fouler la cheville. Ce qui ne nous aurait pas arrangés. Depuis tout à l’heure, ma main n’avait pas quitté la sienne, je l’aidais à passer les obstacles, tandis qu’elle maintenait le bas de robe presque à hauteur du genou afin de ne pas être plus indisposée. Je me souvins alors qu’elle n’en était pas à sa première fuite et cela m’arracha un sourire, imaginant la tête de son oncle à chaque fois qu’il s’était aperçu qu’elle lui avait fait faux bond.

– Combien de fois es-tu parvenue à fuguer ?

– Oh de nombreuses fois si l’on compte nos rendez-vous au marché lorsque nous étions enfants. Une fois revenue dans nos terres, ce fut bien plus difficile. Certains domestiques ayant été mandatés afin de me surveiller.

– Cela ne m’étonne guère. Non seulement de te faire épouser un homme riche leur aurait été salutaire, donc il valait mieux qu’ils te gardent, mais cette histoire d’héritage devait les y motiver plus encore. Tu t’étais donc enfuie de longs mois m’avais-tu raconté ?

– Oui, près de trois ans, auprès de mon oncle de Lonmour. Louis m’a raconté que lui aussi avait fait de moi sa légataire, c’est à n’y rien comprendre. Pourquoi moi ?

– Peut-être n’y avait-il aucune descendance.

– Il est vrai que je n’avais aucun cousin par alliance.

– Par contre, cette clause d’être mariée pour en obtenir avantage, je trouve cela mal pensé. Tu es désormais dans une situation délicate à cause de cela. Il m’avait pourtant semblé qu’ils t’appréciaient beaucoup et même si cela choque encore les esprits étroits, qu’une femme possède des biens légués est tout à fait envisageable lorsque la situation ne permet rien d’autre.

Elle stoppa net pour le coup, songeuse et portant sa main libre à sa joue.

– Qu’y a-t-il ?

– Rien je… je songeais juste à ce que tu viens de dire. Ce n’est pas grave.

– Alors, reprenons, il ne faut pas tarder.

En effet, l’on devait avoir remarqué mon absence au camp et par cela même, la sienne. Le calme de la nuit ne brouillant pas les quelques craquements, témoins d’une certaine agitation se rapprochant de nous.

– Il nous faut accélérer le pas, courage Angèle !

Mais ce fut encore quelques mètres plus loin que mon ouïe ne me trompa plus. Il y avait bien du mouvement dans ces bois, trop proche pour que ce soit déjà les hommes de Louis de Vardes. Bien trop proches. Et nous tombions nez à nez avec une troupe de mercenaires et mis en joue.

Je me plaçai immédiatement devant mon amie, ne dissimulant point mes mains et me présentai.

– Je suis mousquetaire, tout doux, monsieur.

Celui-ci baissa le canon de son arme puis s’en servit afin de soulever la penne de son large chapeau.

– Quelle bonne surprise, nous vous cherchions justement.

Mais son sourire plutôt qu’être amical ne m’inspirait rien de bon. Alors que derrière moi, les troupes se rapprochaient, celles-ci me semblaient subitement mieux entraînées et bien plus dangereuses. Je n’avais pas du tout prévu la mort de ces faux bandits qui nous retenaient. Amis ou ennemis ? S’ils avaient été envoyés par mon père par exemple, il serait alors avec eux. Non, rien de bon et mon instinct me soufflait de fuir. Et au plus vite.