Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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L'enlèvement - 6


Alexandre

De là où je me trouvais, il m’était impossible d’entendre le moindre mot de leur conversation, mais je ne manquai aucune des expressions d’Angèle. Enfin ils terminèrent de manger, d’autres prenant leur place. Ils déjeunaient par salves, laissant toujours un bon nombre de gens garder les lieux apparemment.

Elle revint avec un bol ainsi qu’une cuillère et s’installa près de moi. Il me brulait de lui demander, de savoir. Non seulement ce que cet homme avait pu lui révéler, mais s’il lui avait réellement parler de cette intention de l’épouser. Et surtout de l’entendre de sa bouche qu’elle s’y refusait. Mais elle demeura muette à ce sujet, posa la soupe fumante et allant changer l’eau de la coupelle que l’on lui avait rapportée plus tôt.

– Ta blessure saigne de nouveau, eut-elle pour toute explication.

Aussi doucement qu’il lui était naturel de le faire, elle s’empressa de s’en occuper, mais me laissait toujours dans le doute.

– Angèle, que t’a-t-il dit ? Est-ce que ce bandit s’imagine que tu lui accorderais ta main ?

Elle baissa les yeux, me choquant plus encore que si elle m’avait répondu directement.

– Ce n’est pas un bandit. Enfin, pas tout à fait, il tente d’aider ces gens, ces familles.

Elle me raconta donc toute l’histoire, ainsi que pour cet héritage de Lonmour. Je comprenais donc mieux les arrangements du père. Angèle possédait donc des biens, cela lui aurait valu de garder son indépendance, de ne manquer de rien et surtout, d’échapper enfin à l’emprise de sa famille. Hélas, il y avait cette clause venant tout gâcher, l’obligeant à se lier à un homme pour y parvenir.

– À présent le fils souhaite s’enrichir sur ton dos. Heureusement, je te connais bien, tu n’irais pas jusqu’à accepter n’est-ce pas ?

Mais elle gardait le silence. Décidément, fallait-il que je lui tire les vers du nez ?

– Angèle ? Tu ne vas pas accepter sa proposition ? insistai-je.

– Sincèrement, je ne sais pas Alexandre. Louis est jeune, bel homme et qui plus est, c’est un bienfaiteur.

– Tu plaisantes ! m’emportai-je.

Son visage ne reflétait pourtant pas ses mots et cela me mettait hors de moi. Elle semblait se forcer à le croire plutôt qu’en être pleinement convaincue. Pourtant, elle me répondit subitement et du même ton. Si emportée que je crus qu’elle allait fondre en larmes.

– S’il y a tant d’argent à la clé, cela ne s’arrêtera jamais ! Une fois rendu à mon oncle, il s‘empressera de me trouver un autre parti. Tu le sais Alexandre. Le seul moyen est qu’il obtienne ce qu’il souhaite, qu’enfin je sois liée à quelqu’un, que j’hérite afin qu’il reçoive enfin sa part. C’est seulement à cette condition qu’il me laissera en paix.

– Alors, trouvons un époux, mais un qui te mérite dans ce cas et non le premier des orgueilleux qui se propose !

– Qui donc Alexandre ? Qui ne profitera pas de la situation pour simplement s’enrichir et peut-être me maltraiter par la suite ? Toi peut-être ?

Elle se calma subitement, les mots ayant probablement franchi ses lèvres plus vite que sa pensée. J’en restai penaud. Se refermant de nouveau, elle me fit manger. Je me sentais vraiment mal à l’aise de cette situation. Tant d’être lié et nourri tel un enfant, mais par ce qu’elle venait de dire. L’épouser, moi ? Certes cela la sauverait. De son oncle et de ses manigances. Mais ensuite ? Je n’avais nulle envie de me passer la corde au cou, et ce pour des tas de raisons. Ma vie n’étant simplement pas faite pour allier une vie de famille à une carrière de mousquetaire. Je pouvais être blessé ou bien pire. Je pouvais à tout moment être appelé au front. Et je n’avais nulle envie de faire pleurer sur mon sort, les deux femmes qui comptaient le plus pour moi. Et même si la plupart des légumes étaient bien ramollis d’avoir séjourné toute la matinée dans leur bouillon, j’eus du mal à avaler.

– Angèle. Alors je te pose donc une simple et dernière question, me ravisais-je, ressentant toute l’anxiété qu’une réponse positive engendrerait. Souhaites-tu rester ici avec cet intrigant ou repartir cette nuit avec moi ?

– Repartir ? Mais ils ne nous laisseront que lorsque la rançon sera payée.

– Pensais-tu sincèrement que je resterais sans rien tenter ? Nous sommes trop bien gardés pour l’instant, mais les gardes seront moins nombreux la nuit. Déjà, l’on nous a laissés seuls le temps du repas. Je possède une lame dissimulée dans ma botte droite, mais ne puis l’atteindre et je me devais d’attendre que la voie soit libre, cette nuit. Discrètement, saisis-toi d’elle et glisse-la dans mes mains, je me chargerai du reste. Mais avant, Angèle, réponds-moi. Rentreras-tu avec moi à Paris ?