Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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L'enlèvement - 5


Angélique

Louis de Vardes m’accompagna jusqu’au centre du campement. Un feu de bois par-dessus lequel était suspendue une grosse marmite ou flottaient des légumes, deux femmes s’occupant de la pitance. Quelques tabourets bancals faisaient office d’assise.

– Permettez-moi de vous offrir de quoi vous rassasier, nous discuterons tout en déjeunant.

– Et Alexandre ? m’inquiétai-je, craignant qu’il ne le laisse sans nourriture.

Depuis le début, il m’avait semblé que les deux jeunes hommes avaient vraiment du mal à se supporter. Normal m’aurait-on dit, un mousquetaire ainsi qu’un bandit, fils de celui qui tenta de m’épouser de force qui plus est. Mais Alexandre avait eu envers lui une réaction pour le moins violente, risquant de se blesser plus encore. Je l’aurais cru plus posé dans pareille situation. Quant à moi, cet homme m’impressionnait, m’effrayait également vu son nom et ses projets. À peine libérée de l’un que je retombai dans le même piège. À croire que cela n’en finirait jamais.

– Il patientera bien un moment, cela le calmera.

L’on nous servit à chacun un bol et je me sentis idiote de ne pouvoir prendre décemment celui que l’on me tendait. Louis sortit alors sa dague de sa ceinture, la faisant tournoyer habilement entre ses doigts, me demanda de tendre mes poignets vers lui et coupa mes liens d’un coup net.

– Vous n’irez pas bien loin si vous comptez fuir et je ne vous le conseille pas. Bien des voyageurs se sont déjà perdus dans ces bois, ce serait fort dommage de vous perdre.

– Merci, répondis-je simplement.

Il me mettait fort mal à l’aise avec toutes ses insinuations. Et malgré qu’il fut, il fallait l’avouer, assez séduisant, j’espérais qu’il se lasse rapidement. Tout comme j’espérais qu’il n’ait pas les mêmes vices que son père.

Je jetai un coup d’œil vers mon ami laissé au pied de son arbre, son front saignait de nouveau et il me tardait de le rejoindre lorsque Louis posa sa main sur mon bras, me surprenant. Apparemment, il avait bien de qui tenir.

– Ne vous inquiétez pas, il ne va pas s’envoler. Pas sans vous, j’imagine. Qu’est-il pour vous ? Je pensais qu’il fut votre garde du corps, rien de plus, mais il semble assumer ce rôle avec trop de passion, je me trompe ?

– Non, nous sommes amis d’enfance. Il veille sur moi tel un grand frère.

– Amis ? Rien que cela ? Voilà qui me rassure.

– Heu je… en fait…

Peut-être aurais-je du lui dire qu’il y avait un peu plus que cela. Mais je n’étais pas bien certaine de m’avancer. Mes sentiments s’étaient confirmés, mais pour ce qui en était d’Alexandre ? Il s’était déjà fait passer pour mon amant aux yeux du Marquis, mais uniquement pour le tromper. Et d’ailleurs, qu’était-ce que tout cela ? Pourquoi Louis de Vardes vivait ici dans les bois, à larciner les voyageurs alors que le confort de sa demeure se situait tout près ?

– Que me voulez-vous au juste ? Je veux dire, pourquoi vous acharnez vous tous deux sur une si maigre dot ainsi que quelques terres arides dans le sud ? le questionnai-je.

– Maigre ? Arides ? Ma chère ! Vous semblez si peu informée ! Où est-ce que l’on nous aura trompés ? Vous êtes riche ma mie ! Ou du moins, votre époux le sera grâce à vous. Sachez que je suis très bien informé. Non seulement cela constituait votre dot auprès de mon père, mais cela permettrait à bien des gens de survivre, croyez-moi ! Vos terres sont actuellement à l’abandon, voilà pourquoi elles ne sont pas prolifiques, mais disposez quelques paysans, quelques éleveurs et artisans et je vous assure que vos rentes feront de terribles envieux.

Je l’écoutai, secouant légèrement la tête. De qui tenais-je tout cela ? De mon père ? Alors pourquoi n’était-ce qu’à moi que tout cela revenait ? Il n’avait pas même eu l’occasion de me connaître. Du second époux de ma mère ? Alors pourquoi n’avait-elle pas hérité ? Il n’avait pas eu de progéniture ni d’autre épouse qu’elle.

– Mais si vous savez donc tout, de qui provient cet héritage dont vous me parlez ?

– Ce sont les terres de Lonmour. Pas seulement celles de votre père adoptif, mais également celles de votre oncle, son frère. Donc vous ignoriez que l’on vous avait tout cédé ? Étrange. Quoi qu’il en soit, je vais de ce pas faire envoyer une demande de rançon pour notre jeune énervé ainsi qu’une missive à votre oncle. C’est lui qui gère vos affaires si je ne m’abuse. Et j’ai donc un marché à conclure avec lui. Il sera ravi puisque vous avez refusé d’accorder votre main à mon père. Ah ! J’imagine sa tête d’ici, fort dommage que je n’ai pu être là.

J’avais décidément toutes les peines du monde à y croire.

– Vous ne vous entendez donc pas avec lui ?

– Serai-je ici à tenter de trouver de quoi nourrir ses gens sinon ? Mais cela, vous l’ignorez de même sans doute. Je vous présente les ouailles de ce bon Marquis de Vardes. Après les avoir taxés, terrorisés, pillés… et j’éviterai les détails humiliants auprès de certaines femmes… Ils ont fini par quitter ses terres afin de retrouver la liberté. Ils sont recherchés aujourd’hui. Mon père les accuse de l’avoir volé et brisé quelques contrats. Quel culot ! Les enfants y compris sont considérés tels des hors-la-loi.

– Et vous volez donc les voyageurs pour les disculper ? m’étonnai-je.

– Pour survivre, uniquement pour survivre et amasser de quoi leur permettre de se racheter une nouvelle vie. Ou, depuis que vous êtes apparue, d’avoir l’opportunité de partir. Imaginez s’ils pouvaient rejoindre vos terres à l’abandon, les reprendre en main, ils feront d’excellents ouvriers, je vous l’assure. Et en tant qu’époux et donc propriétaire, je les traiterai fort bien.

Il parlait avec passion, ses yeux plongés dans les miens. Finalement, de bandit, il se faisait sauveur des gens de son propre père, les aidant à sortir de leur terrible sort. C’était un homme brave et généreux finalement. À sa façon.