Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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L'enlèvement - 4


Alexandre

Tels ces soirs ou j’étais encore petit garçon, et qu’elle venait me consoler d’être forcé à garder le lit, ayant attrapé froid d’avoir trop longtemps joué dans la neige. Sa main, doucement me caressant les cheveux, son parfum me rassurant, sa respiration me berçant. Mère ? Toujours elle fut là, tel un rempart de tendresse entre moi et tout le mal de ce monde. Aujourd’hui, j’ai grandi, je me suis délibérément détaché d’elle bien qu’elle fut toujours dans mon cœur. Cela me manquait par moment, mais je voulais grandir, devenir un homme.

Je ressentais pourtant cette douceur que j’avais laissé loin derrière moi, un tissu fin et tiède me chatouillant la joue, sa présence, sa main. Non. Ce ne pouvait pas ! Tout me revint en mémoire, brutalement. Angèle, les bois, l’attaque et puis ce choc à la tête. La douleur également me reprit, ce que je regrettai aussitôt. Et ce fut dans un sursaut que je quittai ce cocon de souvenirs. Ouvrant les yeux. Pourtant, je vis un visage tout aussi amical que le sien au-dessus de moi. Le même regard inquiet qui subitement se rassurait, me souriant.

– Angèle ? Ou sommes…

Je tentai trop rapidement de me redresser, provoquant un vertige qui m’obligea à demeurer en place. Vraisemblablement allongé dans la bruyère et la tête confortablement calée sur sa cuisse. Mon corps était entravé de liens, preuve que la situation n’avait pas évolué autrement.

– Ne te relève pas trop vite, tu as reçu un violent coup à la tête.

– Ou sommes-nous ? Quelqu’un t’a-t-il parlé ? Informé sur notre sort ?

– Dans un campement et toujours dans ces bois, mais… il y a des familles ici, c’est assez déroutant. Tout le monde ne parlait que de bandits. Leur chef m’a informé qu’il ne nous arriverait rien pour l’heure, il a réclamé nos noms.

– Bien ! Alors c’est qu’il compte probablement nous échanger. Le temps de contacter mon père ainsi que ton oncle et de faire la transaction, nous serons loin.

– Et c’est ficelé tel un saucisson que tu comptes filer mousquetaire ? se moqua quelqu’un.

– Aide-moi à me redresser Angèle, fis-je à son attention uniquement.

Malgré ses mains jointes, elles-mêmes maintenues par une fine corde, elle s’exécuta, me permettant de voir mon interlocuteur depuis une position moins avilissante. Assis, calé contre le tronc d’un arbre.

– Et à qui ai-je l’honneur ?

– Louis de Vardes. Votre hôte, mais également le prince de ces bois.

Vardes ? Le chef de ce camp, tout aussi jeunot que je l’étais, était le fils ou un possible neveu de cet homme ! Quelle était cette farce ? Le Marquis était-il a l’origine de ces attaques ? Diantre ! Si je parvenais à m’échapper et aller en informer qui de droit, ce n’était pas qu’une fiancée qu’il allait perdre, mais bien plus ! Ce qui m’inquiéta plus encore, c’était nous étions au courant, il ne s’en cachait même pas. Ils pouvaient très bien nous exécuter pour notre silence. Jusqu’alors il n’y eut pas vraiment de victimes, mais dans ce genre d‘aventure, tout pouvait très vite déraper.

– Très bien. Alexandre de Monllieu, me présentai-je par simple convention. J’imagine que si vous nous gardez en vie, ce doit être à des fins pécuniaires. Je vous saurai donc gré de faire libérer cette demoiselle. Je me porte garant de son silence, mais également, hélas, de sa mauvaise fortune.

– Mauvaise fortune dites-vous.

Il s’approcha, s’accotant à l’arbre le plus proche de mon amie avant de porter son regard sur elle. Bien qu’il n’eut pas l’air malveillant, cela ne m’inspirait rien de bon, je ne savais dire pourquoi.

– La valeur d’une personne, si charmante qui plus est, ne se mesure pas qu’à sa dot. Ou à la fortune de ses pères, acheva-t-il vers moi.

Étais-je en train de me faire des idées ou me provoquait-il subtilement ? Je dressai la tête ainsi que les épaules et bien que ne pouvant riposter que par mes mots, je l’attendais au tournant.

– Que comptez-vous donc faire ? Demander rançon ? Nous laisser ensuite partir ?

– Quel ravisseur vous dirait la vérité à ce sujet ? Oui, je compte bien empocher tout ce qui me sera possible. Argent, mais également d’autres choses.

Encore une fois, il se porta vers Angèle et je sentis mes membres dangereusement me démanger d’être ainsi maintenus. Mon amie n’osant soutenir son regard, baissant les yeux par habitude. Il gardait le mystère de façon volontaire, comme pour m’inciter à le questionner. Je rêvais de savoir où il voulait en venir.

– Et pourrait-on savoir ce que vous espérez au juste ? fis-je hargneusement.

– Si je ne me trompe, déclara-t-il tout en s’éloignant de son point d’appui afin d’arriver face à nous deux. Il était question d’épousailles et de terres constituant une dot. Hé bien, rassurez-vous demoiselle, je déclare vos fiançailles rompues.

Il se rapprocha de nouveau. Décidément, il tenait difficilement en place.

– Si vous pensez que je vous ai attendu pour cela, me vantais-je.

– Dans ce cas, vous n’avez fait que me prendre de vitesse, mais je n’ai pas dit mon dernier mot car…

S’accroupissant devant Angèle, il prit ses mains liées dans l’une des siennes et les approcha de sa bouche, effleurant ses doigts du bout des lèvres. Depuis tout à l’heure, tout portait à croire que j’en faisais inconsciemment mon ennemi, mais subitement, ce ne fut plus tout à fait cela. Il devenait tel un dangereux rival à mes yeux. Quelle sensation étrange de se sentir jaloux de ce péquenaud charmeur. Je ressentis comme une brûlure et la hargne de me défaire de mes liens me reprit de nouveau. Il me voyait pourtant gigoter, mais cela sembla l’amuser tandis qu’elle… elle rougissait devant ses avances !

– En tant qu’héritier de la maison de Vardes, de ces terres, de son manoir, de ses dépendances. C’est à moi qu’aurait dû être promise votre main et non à ce vicieux personnage. Je me chargerai donc de rétablir les choses comme il se doit.

– Pardonnez-moi ?

– Angélique de Valle, vous allez devenir ma femme.

C’en était trop ! Je ne l’avais pas sauvée des mains du père pour la laisser ainsi au fils ! Hors de question ! Et même saucissonner, comme il le disait si bien, je me redressai sur mes genoux avant de me ruer sur lui, épaule en avant. Nous roulâmes au sol, moi par dessus. Angèle ayant eu un sursaut de surprise ne put s’empêcher de lâcher un cri, ameutant les plus proches bandits. Il avait de la chance que je ne pouvais lui donner une bonne leçon, mais je ne me gênai point pour user de ma tête à la place de mes poings. Heurtant son nez du front. Rouvrant ma blessure. Pour qui la prenait-il donc ? Un jouet dont on dispose à sa guise afin d’en posséder la maigre dot ? Et moi ? Que m’arrivait-il pour que je sente ce désir soudain de vouloir le frapper, le faire disparaître, l’éloigner d’elle à tout prix ?

Ses hommes accoururent, nous séparant tout en me tirant le premier, un autre tâchant de me calmer d’un coup de pied dans les côtes. Je retins difficilement un cri, par pure fierté. Leur chef se releva, accusa le coup porté à sa face avant de sortir sa lame, la pointant vers ma gorge, mais Angèle s‘interposa. Allant jusqu’à se jeter entre l’extrémité et moi, pratiquement à quatre pattes dans la terre meuble. C’était le monde à l’envers, n’était-ce pas à moi de la protéger et non l’inverse !

– Arrêtez ! Je vous en prie, il est attaché et ne peut se défendre, ne lui faites pas de mal, supplia-t-elle.

Et le bellâtre, d’un seul ordre les fit obéir, émettant tout de même ses conditions.

– Acceptez-vous d’au moins en parler avec moi si je consens à lui laisser la vie sauve ?

– Il est vil de votre part de profiter de la situation, fis-je. Quel gentilhomme vous faites !

L’on me rejeta durement contre le tronc alors que ce Louis aida Angèle à se relever, avec trop familiarité à mon goût, la prenant par la taille et l’emmenant avec lui auprès du foyer central. Elle avait accepté.