Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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L’enlèvement - 1


Alexandre.

Le Marquis de Vardes était désormais évincé de la course à la main d’Angèle. C’était une bonne chose de faite. Et au matin, mis à part pour nous signifier qu’il nous chassait de chez lui, nous ne le vîmes que quelques instants. Il préféra s’enfermer dans son bureau en compagnie de l’oncle et je profitai de l’occasion pour m’éclipser avec mon amie alors qu’ils entamaient de vives discussions.

Cette histoire d’arrangement post nuptial, de terres notamment m’intriguait et Angèle ne semblait pas comprendre elle non plus. J’imaginais que cela devait remplacer sa dot, qu’il devait s’agir des terres de feu l’époux de sa mère. J’en parlerai à mon père au retour.

– Partir à deux sur un cheval avec les menaces qui grondent dans ces bois ne me plaît guère Alexandre, s’inquiétait Aramis qui m’accompagnait sur le perron. Et je suis obligé de rester afin de terminer la mission et d’escorter de Valle pour son retour tout à l’heure.

– Au moins, je pourrai emmener Angèle jusqu’à chez moi ou tout du moins, prendre le temps de trouver ou la loger.

– Tu sais très bien que cela ne se fera pas ou alors provisoirement. D’après la loi, son oncle a tout pouvoir sur elle. Et ce, tant qu’elle ne sera pas mariée.

Le pire étant qu’il avait raison. Elle ne ferait alors que passer des mains d’un maître à un autre. Je soupirai.

Angèle me rejoignit, ayant préparé ses affaires dans un sac de voyage et nous nous pressons à harnacher Diane. Elle parlait peu, demeurait très pâle et lorsqu’elle en vint à s’arrimer derrière moi, je la sentis se presser contre mon dos. L’arrondi de sa poitrine se faisant proche de la douceur d’un confortable oreiller tandis que sa joue se nicha entre mes omoplates. Je devais avouer que plus qu’embarrassante, la position était fort agréable, mais elle devait surtout être le résultat de son anxiété.

– Nous hâterons le pas lorsque nous traverserons le bois. D’ici là, tu peux me tenir avec moins d’intensité Angèle, lui indiquai-je sans reproche.

Espérons qu’à cette heure matinale, il n’y ait personne. L’air était par chance encore suffisamment frais pour ne pas l’indisposer et parfumé des quelques arbres et ronces fleuries alentours. Idéale pour une promenade ; dommage que celle-ci eut des allures de fuite.

– Étais-tu sérieux lorsque tu disais me ramener jusqu’à chez toi ?

– Tout à fait sérieux. Si mon père accepte de t’héberger et je te l’assure, il n’a aucun reproche contre toi particulièrement, ce sera encore l’endroit le plus sur de tout Paris. Excepté à l’hôtel des mousquetaires, mais hors de question que je te laisse à moins de deux mètres de l’un de ces satanés coureurs de jupons, plaisantai-je ensuite.

Mais ce trait d’humour n’eut pas l’effet escompté.

– Et le premier où l’on viendra me rechercher, je le crains.

– Angèle, bien que se faisant menaçant, ton oncle ne sera pas de taille contre un Monllieu, je puis te l’assurer.

Je posai une main, sur l’une des siennes, passées à ma taille afin de la réconforter un peu plus.

– Je vois bien que depuis nos retrouvailles, tu tentes de me cacher ce qu’est ta vie. Je ne suis pas dupe et peux aisément lire sur ton visage. Je ne peux certes pas faire de miracle ni même aller à l’encontre des lois, mais j’ai de bons amis, des biens et de quoi faire pour trouver un moyen pour que cela s’arrange. Quitte à en venir à quelques extrémités. Mais je me vante d‘être assez intelligent pour ne rien faire de trop stupide.

Enfin, nous atteignons le lieu propice aux attaques. Mis à part les piaillements des hôtes à plumes de ces bois et quelques bruissements dans les cimes, rien ne portait à croire qu’ils furent en proie à quelques bandits. Je demeurai vigilant, mais confiant jusque-là, nous prenions comme convenu l’allure qui s‘imposait. Arrivés à la lisière et donc pratiquement en sécurité, nous croisâmes une vieille femme s’échinant à porter un large panier tressé, dangereusement courbée vers l’avant. Nous allions la dépasser lorsqu’elle trébucha, sa manne vomissant une myriade de pommes qui roulèrent en toute direction au sol.

Une femme âgée et faible, comment aurais-je pu deviner la supercherie.

– Un instant madame, fis-je tout en mettant pied à terre, Angèle m’ayant précédé et allant à sa rencontre afin de l’aider à rassembler ses fruits.

Je les laissai faire, tenant Diane par la bride, celle-ci ayant repéré l’une d’entre elles, d’une couleur vermeille qui devait être bien tentante à ses yeux.

– Votre cheval peut bien la croquer, jeune homme, c’est la moindre des choses pour m’avoir aidée dans mon malheur, fit la vieille d’une voix chevrotante.

Trop peut-être pour être naturelle et ce fut lorsque je me baissai pour ramasser le fruit qu’ils nous tombèrent littéralement dessus.