Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Un dîner chez le Marquis - 7


Angélique.

J’étais émue, si émue de me retrouver ainsi à peine vêtue. Et terriblement angoissée quant à la suite. Était-ce notre posture, l’un face à l’autre ou qu’il ait mentionné l’éventualité que je puisse le choisir pour amant ? Je me sentais également fébrile tout à coup. Peut-être le contrecoup des effets du vin, après tout.

Bien entendu, je lui faisais entièrement confiance et demeurais persuadée qu’il ne tenterait rien de mal. Mais quelle drôle d’image me vint donc en tête. Que nous pourrions être enlacés, que je le laisserais me faire ces choses ignobles auxquelles je me refuse afin de donner le change et qui, pourtant, me semblaient tellement moins obscènes lorsque je les imaginais, avec lui.

Il m’observait de son air si sérieux, celui qui le rendait involontairement si séduisant. Attendait-il mon autorisation ou la venue du Marquis ? Que comptait-il faire au juste pour que l’illusion soit parfaite ? Sans y songer, ma main glissa jusqu’à sa joue, l’effleura puis s’y posa. Elle piquait à peine d’une barbe encore douce et naissante. Tandis que la sienne fit le chemin inverse, venant se poser à ma taille, faisant naître quelques étranges frissons bien qu’il ne fit pas froid sous la couverture. J’eus l’impression qu’il hésitait à s’approcher et je ne savais comment faire le premier pas moi-même. J’hésitais à vrai dire, me verra-t-il toujours comme son amie après cela ? Et moi, ne suis-je pas en train de changer d’opinion par rapport à lui ?

Le Marquis aura sans doute préféré se faire discret pour me rejoindre, car ce n’est qu’un moment où la porte s’ouvrit, nous aveuglant presque par la lumière du chandelier à trois branches qu’il tient que nous nous apercevions de sa présence.

Aussitôt, je me sentis happée par Alexandre et maintenue serrée contre lui. Ce que son corps pouvait être chaud et son cœur battait si vite que je pouvais le sentir contre mon sein. Son visage se perdit dans mon cou, me procurant de nouveaux frissonnements lorsque son souffle vint frôler ma peau. Le tout sous les yeux de celui auquel l’on m’avait promise et qui, pour l’heure, semblait rester immobile, impassible, silencieux à nous observer.

Puis ce fut un grondement. Il du certainement réveiller jusqu’à ses plus lointains domestiques ainsi que mon oncle, je le craignais.

– Monsieur de Monllieu ! Pourrais-je savoir ce que vous faites dans ce lit avec ma fiancée ?

Alexandre se détacha de moi, prit un air innocent et s’étonna de ses mots.

– Votre fiancée dites-vous ? Ah mais je l’ignorais ! Et d’ailleurs, ceci est impossible puisque c’est la mienne. Enfin, je compte l’officialiser prochainement puisque nous avons déjà bien entamé les choses.

Je me dissimulai sous les draps jusqu’au nez tandis que Vardes devint rouge de colère, de petites veines a ses tempes se devinant. Des gens accoururent, deux serviteurs ainsi qu’Aramis terminant d’enfiler sa chemise. A voir sa mine, il semblait pris de doute sur l’éventualité d’éclater de rire ou de prendre un air faussement offusqué devant son hôte. Et le mélange des deux aurait pu être tout à fait amusant si mon oncle n’était apparu à son tour, franchissant la porte et marchant d’un pas rapide vers moi.

Prestement, Alexandre se redressa tout à fait, se saisit de son arme et la pointa vers lui, ne plaisantant plus du tout.

– Un pas de plus vers elle et je ne réponds plus de rien. Si vous avez le moindre compte à régler, vous le ferez avec moi.

– Holà messieurs ! s’engagea donc Aramis. Compte à régler signifiant duel, je me dois d’intervenir. Vous seriez tous deux hors-la-loi. Restons en donc la puisque tout va s’arranger à les en croire.

– S’arranger ! Parlez donc pour vous l’ami ! se reprit Vardes. J’avais conclu quelques arrangements en rapport avec ces noces, sans compter que j’y perds une adorable jouvencelle. Et je ne compte point l’humiliation.

– Si vous comptiez toucher quelque dot, sachez que les caisses des de Valle sont vides, à peine de quoi tenir jusqu’à l’hiver, renchéri Alexandre qui, depuis tout à l’heure n’avait pas baissé sa garde d’un cheveu.

Mon oncle n’osa donc intervenir physiquement pour le moment, mais son regard en disait tant que je n’osai le soutenir. Et de nouveau, ce fut Aramis qui se porta en médiateur.

– Je propose que nous regagnions tous nos chambres, la nuit portant conseil, vous en débattrez demain.

– Qu’à l’aube, cette petite rentre à Paris, notre marché est annulé.

– Vardes ! s’écria de Valle, le suivant alors que notre hôte s’en allait.

Aramis nous observa tous deux alors que mon ami rengainait sa lame, il ne fit que confirmer mes craintes.

– Je crois comprendre ce qui vous anime à monter toute cette comédie, mais le retour à Paris risque d’être rude pour vous Angélique, ni votre oncle ni votre mère ne vous pardonneront cet écart.

– Alors elle ne rentrera pas chez eux, mais avec moi. Je logerai à l’hôtel des mousquetaires et elle pourra occuper ma chambre.

– Croyez-vous que votre père acceptera ?

– S’il refuse, je te trouverai un autre logis, n’aie crainte. Maintenant, dormons, c’est tout ce que nous pouvons faire.

Il se releva, s’assura que la porte fut verrouillée une fois que tous eurent regagné leur chambre, alla plus d’une fois à la fenêtre, nerveux. Et je me laissai aller doucement vers le sommeil lorsqu’il se décida enfin à rejoindre la couche, se tenant en dehors des draps et me tournant le dos. Si ces quelques instants où il joua la comédie n’étaient effectivement que de la fumisterie, mon cœur battait encore en souvenir de ce moment et ces sensations ne me quitteraient plus désormais.