Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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A sa place

Chapitre 15 - Réveil


Le doute, l’angoisse. Un second vœu, réalisé si brusquement, j’étais revenue dans mon propre corps. Ou bien avais-je rêvé tout cela ?

Ma mère se tenait là assise sur une chaise bien trop peu confortable pour elle et pourtant, elle avait fait cet effort. Fallait-il que lorsque je changeais de corps, m’éveillant au matin, la lumière fût à ce point mon ennemie ? Je geignis que l’on ferme les stores, par pitié.

Elle s’exécuta et revint, sa voix chevrotante indiquant qu’elle ne devait pas être bien loin de pleurer et l’arrivée prompte du personnel médical, qu’elle avait du appeler les secours dès qu’elle remarqua le moindre frémissement de réveil.

Thomas…

Cinq jours de coma. Cinq jours d‘incertitude où elle crut mourir chaque heure, craignant que je ne me réveille jamais. Je lui avais fait endurer ça, et pourtant mes pensées se tournaient égoïstement vers ailleurs. Thomas.

Je ne tins pas longtemps éveillée, me laissant retomber dans le sommeil, espérant l’y revoir.

Une journée de plus à flotter dans un brouillard étrange, somnolant, ne m’éveillant que lorsque la douleur se faisait pressante puis repartant une fois calmée par les antalgiques. Ma mère était là de nouveau lorsque je revins à moi au bout du second jour à vagabonder dans cet état. Elle me rapporta qu’un homme était venu me voir ? Était-ce lui ? Non, comment aurait-il pu me retrouver si vite ? Est-ce que cela avait au moins existé. Tout me semblait si présent et si loin à la fois, tel un rêve magnifiquement et tristement réaliste.

Non, il s‘agissait d’un vieil homme. Celui qui m’avait heurté, ses freins lui ayant de nouveau fait faux bond, lorsque je m’étais engagée sur le passage piéton. Il était rongé de remords et téléphonait chaque jour depuis afin de prendre des nouvelles. À lui aussi j’avais dû mener la vie dure sans le vouloir.

Les infirmières virent, ôtèrent les draps du lit et m’aidèrent à me redresser.

– On vous enlève le baxter, il va falloir manger toute seule maintenant.

Un médecin s’en suivit, me posant quelques questions, vérifiant rapidement mes fonctions vitales. Pour lui, tout allait bien. Non, tout n’allait pas bien. Je me sentais comme sevrée. Arrivée au moment fatidique que je redoutais le plus. Le retour à la réalité. La séparation.

– Docteur ? Je… Est-ce que vous avez déjà eu des cas ou une personne dans le coma comme moi a eu l’impression de sortir de son corps ? Ou… de se trouver dans celui d’un autre par exemple ?

Il se mit à sourire, prenant cela telle une histoire adorable, mais totalement improbable.

– Non, jamais. Mais beaucoup rêvent durant tout ce temps. Souvent ils passent leur accident en boucle, vous avez eu de la chance que ce ne soit pas le cas. Vous avez rêvé rassurez-vous. Vous voici de retour parmi nous et en bonne forme. Vous pouvez commencer la kiné cet après-midi.

J’en oubliai de le remercier et de le saluer lorsqu’il sortit. Un rêve ? Non, cela semblait si réel. Mais tous eurent cette même conclusion. Forcément j’avais rêvé.

Je me confiai à ma mère, lui racontant la rencontre fabuleuse que j’avais pourtant faite, que cela ne se pouvait pas. Mais elle aussi, tint à cette version. Se désolant pour moi vu la peine que cela me procura.

– Tu pourras revenir à la maison le temps d’aller mieux, me proposa-t-elle.

Mais je n’eus qu’un léger grognement pour toute réponse. Pourtant, cela ne la découragea pas et elle sortit de son sac à main, véritable fourre-tout de compétition, une boite claire. L’image sur celle-ci en faisant aucun doute sur son contenu. Un téléphone portable !

– Le tien a été brisé lors de l’accident, j’ai pensé que cela te remonterait un peu le moral si tu téléphonais à l’une ou l’autre de tes amies. On l’a ouvert avec ton père et vérifié qu’il était bien rechargé, on t‘a même mis ton ancienne puce déjà.

Je le pris et la remerciais, elle faisait décidément de son mieux. Ayant cru avoir perdu sa seule enfant, celle-ci se montrait plus froide qu’un iceberg depuis son réveil, je m’en voulais subitement.

J’attendis qu’elle quitte l’hôpital, ils étaient assez à cheval sur les horaires de visite. Longuement je fixai le téléphone. Je n’avais pas son numéro, ni son adresse mail personnelle ni rien de tout cela. Mais je pouvais toujours tenter de passer par l’un de ses réseaux sociaux. Seulement… et si c’était véritablement un rêve ? Étais-je prête à assumer ça ?

J’avais vécu avec lui, je l’avais touché, embrassé, passé de merveilleux moments, de moins drôles également, mais qu’importait ensuite. Nous avions fait l’amour. Étais-je prêt à vivre avec l’idée que rien ne s’était produit. Que sans doute lui et Marie filaient le parfait bonheur, quelque part à Paris, que je m’étais tout imaginé, tout fantasmé durant ces quelques jours de coma.

Mais vivre sans le savoir n’était pas plus engageant. Je postai donc, dans sa messagerie privée via Twitter, il reconnaîtrait forcément mon pseudo.

[C’est moi, Manon. Je suis à l’hôpital, en fait j’étais dans le coma tout ce temps. Comment vas-tu ? Cela m’a fait un choc au réveil. Appelle-moi à ce numéro…]

La journée s’écoula et le téléphone ne sonna qu’une fois, une fois ou mon cœur faillit s’arrêter de battre, mais c’était ma mère.

Le lendemain, je repostai, indiquant l’adresse de l’hôpital. J’hésitai à ajouter « Je t’aime ». Aucune réaction.

Au soir du troisième jour, finalement, en larmes devant son silence, j’explosai. Il n’y avait rien de pire que le silence pesant venant de celui dont on attendait le moindre mot. À tel point qu’une infirmière alertée m’administra un calmant pour la nuit.

Et je du m’endormir, téléphone en main à espérer un signe.