Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 14 - Nuit


Je m’étais couchée, juste après le dîner. J’avais beau le savoir dans la pièce d’à côté, je me sentais bizarrement seule, paumée dans un monde, un corps, une vie qui n’était pas la mienne. Et pourtant dès que Thomas apparaissait, c’était comme si le rayon de soleil transperçant la grisaille de mes doutes.

Encore une fois, que n’aurais-je pas donné pour être avec lui et voici que ce fut le cas, mais que tout empêchait pourtant d’être pleinement heureuse avec lui. En fait, plus je retournai cela dans ma tête et plus l’évidence fut que ce qui n’allait pas fut ce corps. Ce corps qui me permettait justement de toucher à un bonheur inaccessible m’en éloignait encore plus. Je ne voulais plus de ce corps, de toute ma volonté, je voulais redevenir moi !

Il ne me toucherait jamais comme il le souhaitait tant que je serai Marie tandis que je pourrai jamais être pleinement moi-même, cantonnée à jouer son rôle à elle avec tout le bagage qu’elle me laissait en prime. Ses amis louches, son comportement et le pire, le souvenir de ce comportement vis-à-vis de lui. Il me regardait moi, mais la voyait-elle. Je voulais redevenir Manon. Une idée fixe qui ne me quittait plus. Mais la peur de le perdre à cause de cela l’emportait malgré tout. Le prix à payer, le malheur de la petite sirène, se perdre soi-même pour atteindre l’inaccessible.

Je me mis en boule au creux du lit et ne put m’empêcher de sangloter. Sans doute le choc de cette rencontre avec ce type, cela m’avait retournée en plus de tout le reste. Une lueur se fit, brève alors que Thomas ouvrit la porte et la referma aussitôt. Apparemment, il ne dormait pas lui non plus et avait dû m’entendre. Je tâchai d’essuyer mes yeux afin qu’il ne remarque rien, mais il n’alluma pas. S’avançant à tâtons jusqu’au lit, il s’y cogna sans mal avant de s’asseoir sur le rebord.

– C’est à cause de tout à l’heure ? Cela n’arrivera plus, crois-moi.

Une main posée sur mon flanc, remonta jusqu’à l’épaule, cherchant mon visage enroba ma joue, se faisant consolatrice et je me redressai, cherchant sa chaleur, me fondant entre ses bras. J’aurais voulu lui confier mes craintes, mon besoin de redevenir moi-même, mais avec la peur de le perdre, la peur de devoir vivre dans ce corps qui le rebutait. Mais tout cela fut pratiquement effacé lorsqu’il trouva mes lèvres et de nouveau, profitant de l’obscurité totale de la chambre, vint à m’embrasser comme la dernière fois. Il m’embrassait, moi.

S’écartant, il me repoussa, doucement, et je crut qu’il allait fuir, mais au contraire, il souleva la couverture et vint à s’y glisser. Je lui fis de la place, me déplaçant, mais il me rattrapa afin de me tenir contre lui.

– Manon.

Juste ce nom, mon nom afin de me faire comprendre qu’il me visualisait moi en cet instant. Sa bouche revint à l’assaut. Moins timide lorsque la nuit nous enrobait ou que ses yeux étaient clos. Ses mains cherchèrent la lisière du t-shirt que je portais pour dormir et je glissai mes doigts dans ses boucles. Mes doigts, ses doigts à elle et me détachai de ses avances à regret.

– Je suis désolée, je ne peux pas, ce n’est pas moi, ce n’est pas mon corps c’est…

– Chut… L’on peut désirer un corps, mais ce que l’on aime réellement c’est ce qui s’en dégage, ce qui l’anime. Et celle qui l’anime c’est toi. Manon. C’est tout ce qui m’importe.

Je me retrouvai sous lui, portant son poids, ressentant son désir et le laissant caresser et embrasser ce corps d’emprunt qu’il devait déjà connaître par cœur. Mais celle qui ressentait tout son amour et sa passion en cet instant c’était bel et bien moi. Je me laissai aller, oubliant cet énorme détail, m’ouvrant à lui, le laissant me dévêtir. La nuit masquant ce qui aurait tout gâché. Ne laissant que la chaleur, la moiteur, le goût, l’odeur de nos corps en phase. Animé d’un même désir l’un de l’autre, tout simplement. Je le sentais vivant contre moi, et peu à peu, à force de me dompter, d’effacer jusqu’à la dernière de mes appréhensions, vivant en moi.

Au réveil, je me sentis lourde, terriblement courbaturée, la tête comme dans un étau. Il faisait jour, je le remarquai au travers de mes paupières closes. Même fermée, cette lumière aggravait ma migraine, c’en était à la limite du supportable.

Le seul réconfort en ce moment était la douce chaleur d’une main tenant la mienne. Peu à peu, d’autres sensations me parvinrent. Peu agréables. Un léger pincement dans le creux du coude, ma jambe gauche glacée et me semblant maintenue serrée, ma gorge aussi sèche et brûlante qu’un désert. Qu’est-ce qui m’arrivait ? Après une telle nuit, ayant ressenti tant de sensations agréables, excitantes, tendres, passionnées. Pourquoi est-ce que je me sentais aussi mal en point ?

– Thomas ? arrivai-je à prononcer, mais d’une voix si faible qu’il risquait de ne pas m’entendre.

Pourtant quelqu’un m’avait répondu. Et cette voix n’était pas la sienne.

– Manon ! Enfin ! Nous étions morts d’inquiétude.

Cette voix, c‘était ma mère.