Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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A sa place

Chapitre 13 - Jour 5’


Il revint vers moi alors que le photographe chargeait et réglait ses appareils. Tenté par passer sa main dans ses cheveux habituellement bouclés et tombants, il se retint in extremis, ne commettant pas le crime de gâcher tout le travail fait prestement par le coiffeur. Je lui offris sa barre chocolatée, lui conseillant de prendre tout de même garde à ses dents et il m’en remercia.

– Je meurs de faim. C’est la dernière, ensuite on pourra se trouver un coin sympa pour déjeuner.

Je lui souris, mais toujours sous le coup de cette histoire d’Audrey, il devait être bien plus proche d’une grimace de clown triste.

– Ça va ? s’inquiéta-t-il. Tu ne t’ennuies pas trop ?

– Non non, ça va.

– Thomas ? On y retourne ? fut-il rappelé à l’ordre.

C’était reparti pour la séance. Au fond, je me rendais compte qu’il fallait posséder des nerfs d’acier pour être la petite amie d’une personne aussi connue. L’étais-je d’ailleurs ? Ce baiser d’hier soir était-il un commencement ? Ou juste l’envie du moment. À vrai dire, je me sentais un peu perdue subitement. Avais-je les épaules assez larges pour être capable de le suivre dans tout cela ? Excellente question à laquelle je ne savais que répondre.

Je l’avais déjà vu embrasser d’autres femmes sur l’écran sans pour autant me sentir aussi mal à l’aise. Au contraire, je m’imaginais être elles et cela me faisait rêver plus encore. Mais tout cela n’était que du cinéma. Ici, c’était la réalité. Une réalité tout sauf simple comme je l’aurais préféré. Je n’étais ni dans mon corps, ni peut-être même à ma place. Je ne savais comment réagir.

– Tu viens ?

Il me tira de mes angoisses. Il avait ce don. Je ne m’étais pas même aperçue qu’il s‘était changé entre-temps, mais il avait gardé ses cheveux coiffés.

– Qu’en dis-tu ? Cela me va ? Je devrais peut-être changer de look.

– J’aime bien, mais… je te préfère au naturel même si cela te donne un air un peu sauvage. Là tu ressembles un peu à ton espion, mais les cheveux moins longs.

– Ouais, on va croire que je fais un transfert, ria-t-il. Tu savais que la perruque pour ce personnage vaut plus de trois mille euros ? Je voulais leur emprunter pour l’Halloween, mais à ce prix là, j’ai préféré éviter.

– Ah ? Et en quoi t’étais-tu déguisé alors ?

– En pingouin ! Un pingouin et un chat, ç’aurait fait bon ménage tu crois ?

Il me rendit le sourire et je confirmai intérieurement, il avait ce don.

De retour pour la suite des opérations, nous fîmes connaissance avec la fameuse Audrey qui, comme l’avait annoncé l’ami de Marie, craquait littéralement devant Thomas. Au fond, j’étais mal placée pour la juger là-dessus, mais j’espérais simplement qu’elle ne tente pas de le séduire. Malheureusement, ce vœu-là ne fut pas exaucé. J’avais beau être présente, tout le long de l’interview, elle le touchait, ses mains, son genou. Moi-même je n’avais pas encore osé tant de familiarité. D’ailleurs, c’était peut-être ça mon problème, j’aurais dû me lancer. Il m’avait pourtant confié ne pas être à l’aise pour le faire lui-même.

À la troisième allusion sur une possible romance entre eux, je me levai. Soit je faisais valoir mes droits de potentielle petite amie soit il fallait que je m’éloigne.

– Je vais aux toilettes, lui dis-je simplement, tentant de paraître naturelle.

Et si Marie était piètre comédienne, alors moi, ce devait être bien pire. Mais je ne mentais pas, j’allai bien dans les toilettes des dames, situées dans le couloir attenant. Me fixant dans le miroir, encore une fois je ne me reconnaissais pas, c’était terriblement déstabilisant à la fin. J’ouvris le robinet, passai un peu d‘eau fraîche sur ma nuque, faisant le point. Je ne devais pas me sentir mal, pas si lui ne répondait pas à ses avances. Après tout, l’on a toujours dit que le show-bizz était rempli d’histoires de ce genre. Et il n’allait pas la remettre grossièrement à sa place, risquant de gâcher l’interview et passer pour un sale type. Bref, je tentai de justifier cette situation à laquelle j’étais confrontée sans m’y être préparée.

Quelqu’un entra et je me redressai, n’ayant nullement l’envie que l’image d’une petite amie dépitée coure dans les couloirs d’ici à cinq minutes. Mais plutôt qu’une femme venue faire la petite commission, ce fut le type de tout à l’heure qui se posta derrière moi.

– Je savais que tu ne résisterais pas à mon charme, plaisanta-t-il.

Mais cela ne l’empêcha pas de joindre le geste à la parole, plus que de se tenir derrière moi, il vint se coller. Ma voilà dans des beaux draps ! J’étais tombée sur l’un des amants de Marie. Et entreprenant qui plus est !

– Heu non… pas maintenant, je n’ai pas envie, tentai-je d’esquiver.

– Oui oui bien sûr, tu me fais toujours le coup. En fait, c’est ça qui t’excite, jouer les saintes nitouches.

C’en était peut-être une de trop, je me glissai hors de cette embûche, filant vers la sortie mais il me retint, m’attirant à lui avant de me coller dos à la porte de l’une des cabines de toilette.

– Ça suffit ! Fichez-moi la paix ! Je ne suis pas Marie, vous entendez ? osais-je avouer.

Mais à quoi bon, il ne pouvait que croire qu’il s’agissait d’un jeu, attisant plus encore son envie, il posa sa main sur la poignée dans le but l’ouvrir, de nous y engouffrer tous deux tandis que toute tentative de le repousser semblait vaine. Je regrettai mes quelques kilos de plus, peut-être aurais-je pu lui résister mieux que cela !

Le bruit salvateur de la porte se fit entendre au moment ou mes arrières se posèrent durement sur le rabat des toilettes. Pour lui, c’était la victoire, nous étions dissimulés et qu’importait qu’il y ait quelqu’un ici. Pire encore, n’était-il pas tenté justement d’être entendu. Et si je pouvais comprendre que chacun ait ses propres fantasmes, les miens n’étaient pas de ceux-là. En tout cas pas avec lui !

La porte de la cabine à peine fermée qu’elle se rouvrit sans qu’il n’y touche. Une paire de bras l’empoignèrent, le virant proprement de là jusqu’à le rejeter dans le couloir. Je demeurai sous le choc, de ce à quoi je venais d’échapper.

– Touche encore une fois à ma femme sans son consentement et je te pète la gueule !

– Parce que tu crois qu’elle ne l’était pas ? Petit con ! Mais va jouer plus loin, minable.

– Thomas, voulez-vous que je fasse venir la sécurité ? demanda alors Audrey.

– C’est bon.

Même lorsque je lui tapais sur les nerfs, lors de nos premiers jours ensemble, il n’avait jamais semblé aussi en colère. Encore une fois, je venais de chambouler bien que ce fut involontairement sa vie, ses projets, sa journée.

Il m’aida à me relever, me tint par la taille un peu comme si j’avais était blessée aux jambes et que je pouvais avancer seule. L’on me mena dans une pièce attenante, me proposa un gobelet d’eau fraîche provenant d’un distributeur puis on nous laissa à sa demande. Il en avait terminé, nous pouvions rentrer.

– Ça va toi ? Je suis désolé, je n’avais pas prévu qu’un crétin dans son genre allait traîner par ici. Sinon... bref. Drôle de fin de journée, l’autre qui m’a gonflé toute l’interview et toi que l’on agresse dans les W.C. La prochaine sera mieux, promis.

Gonflé ? Voulait-il dire qu’en fait il n’en avait non seulement rien à faire de ses avances, mais que cela l’ennuyait autant que moi ? Il avait décidément un don, oui.