Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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Journal d'un espion

Prélude


Paris, juillet 1623.

Il devait être aux alentours de minuit. Un carrosse bien trop luxueux pour l’endroit traversait l’un des quartiers les plus sordides de la capitale. Le cocher, poussé par les ordres de son maître, fouettait les chevaux afin de ne pas s’y attarder plus que le nécessaire. À l’intérieur, ballotté de toute part à cause de l’état vétuste des pavés sous les roues, trois hommes. L’un, face aux deux autres étant vraisemblablement un noble. Cela se remarquait non seulement par ses habits, ses cheveux bien mis, mais également son port hautain et agacé.

De nouveau, il ordonna que l’on se presse alors que l’un de ses accompagnateurs, aux allures d’hommes d’armes, lui indiqua qu’ils seraient très bientôt arrivés. Effectivement, la voiture stoppa devant un établissement des plus crasseux et bien que l’aubergiste, voyant un si bel équipage débarquer vint à leur rencontre, plié en deux sous de continuelles révérences et quelques compliments afin de les amadouer, ils entrèrent sans trop se soucier de lui. Ne lui adressant qu’un bref coup d’œil et lui jetant une bourse afin d‘acheter son silence et qu’il disparaisse de leur vue.

À l’intérieur, un homme gras à la chemise d’une propreté plus que douteuse les accueillit et les mena dans une pièce à l’écart. Celle-ci ayant plus des allures de salle d’écurie que de chambre d’hôte à vrai dire. Il se présenta alors.

– Joras monseigneur, votre serviteur. J’ai amené comme vous me l’aviez fait demander tous ceux que j’ai pu trouver. Vous n’avez qu’à faire votre choix.

 Tapis dans l’ombre et sur la paille à même le sol, un petit groupe de gamins, tous plus chétifs et dépenaillés les uns que les autres. Certains toussant ou grelottants, sans doute déjà pris par la fièvre ou quelque autre maladie. Joras le gras pointa alors une chandelle dans leur direction, leur aboyant de se lever et de venir se montrer au maître. Aucun, bien entendu n’osant désobéir.

– Ils sont tous orphelins et de bonne constitution, monsieur. En outre, personne ne viendra les réclamer s’il venait à en manquer un dans les rues.

Le nobliau aura tôt fait de les passer en revue, mais il semblait très mécontent et ne tarda pas à le lui faire savoir.

– De bonne constitution ? Vous plaisantez ? Certains sont prêts à tomber de faim ou d‘autre chose. Vous auriez pu au moins leur donner quelques morceaux de pain. Les faire se laver ou que sais-je…

Il s’approcha cependant de l’un d‘eux au hasard, plus petit que les autres, mais ne semblant pas malade. Lui prenant le menton d’une main gantée, lui releva le visage et le questionna sur son âge. Mais l’enfant plutôt que de répondre, se débattit et s’écarta, le traitant de porc et d’autres obscénités qui tendaient à penser que Joras le gras n’aura pas fait que simplement le loger là sans rien en retour. Insulte qu’il paya très rapidement d’un coup au visage ainsi que de multiples coups de pieds une fois à terre. Mais le noble n’aura pas le temps de réagir et l’en empêcher qu’un autre gamin, tapi derrière les autres jusque-là, vint à bondir. Griffant et mordant tel un enragé. Il se prit en retour un revers de la grosse patte de son hôte qui l’expulsa, n’hésitant pas à sortir une lame ensuite et à s’en servir contre l’enfant, il lui transperça les aux côtes. Et alors qu’il s’apprêtait à l’achever sans ménagement, une voix lui somma de s’arrêter.

– Cela suffit ! Vous allez le tuer et manifestement, c‘est celui-là qu’il me faut !

– Cette charogne monseigneur ? Il est enragé comme un pou.

L’enfant se tenait le côté et saignait sur les dalles, mais le noble s’en approcha malgré cela, souleva son visage, le dégaga de quelques mèches sales et l’observa. L’enfant possèdait des traits finement dessinés, un nez fin, des yeux d’un bleu clair profond et troublant.

– Enragé… non, courageux, téméraire et… beau comme un ange. Quel est ton nom petit ? Ne crains rien, je ne suis pas de ces vicieux qui achètent de jeunes garçons pour leur bon plaisir.

– Alexandre, juste Alexandre.

– Plus maintenant. Désormais, tu te nommeras Séraphin, Séraphin de Monllieu. Messieurs, occupez-vous de lui comme il était convenu. Faites-le voir par un médecin. Qu’il soit lavé et habillé décemment. Je le veux près au plus vite.

De son enfance, Séraphin gardera cette cicatrice au flanc, impossible à dissimuler, car même si elle ne fut pas mortelle, elle fut relativement large et profonde. Et à ceux de ses improbables amants ou de ses maîtresses trop curieuses, il en exposera l’existence de diverses manières. Vengeance d’un mari jaloux, cause de la passion d’une maîtresse trop possessive, mais jamais la réelle provenance.