Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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A sa place

Chapitre 12 - Jour 5


Je me hâtai afin de ne pas être en retard. La séance photo de Thomas avait lieu assez tôt dans la matinée tandis que son interview serait intercalée en début d’après-midi. Autrement dit, nous allions passer une bonne partie de la journée dans les locaux d’un magazine assez tendance. Pour cela, je devais choisir judicieusement comment m’habiller. Même si je n’apparaissais nulle part, c’était bien mieux pour son image.

Marie possédait un dressing assez impressionnant. Surtout au niveau des grandes marques. Mais je choisis tout de même quelque chose de décontracté. Je me demandais d’ailleurs ce que cela donnerait sur mon vrai moi, à condition de pouvoir entrer dans cette taille. Qu’elle fut mannequin ne m’étonnait pas du tout vu sa silhouette.

– Modèle pas mannequin, c’est différent, me reprit Thomas. Mais de toute manière aussi belle soit-elle, cela n’enlève pas son mauvais caractère. Alors prête ?

– Je crois oui.

Il n’était pas étonnant de me voir, enfin de voir Marie avec lui et nous fûmes tous deux bien accueillis. L’on me proposa un siège un peu en retrait du photographe et de ses éclairages et je devais avouer que j’en avais plein les yeux. Dommage que je n’eus pas mon propre appareil. Thomas du se changer plusieurs fois, prendre des poses, en tenter d’autres. Le tout sous les recommandations de l’artiste.

– Je voudrais quelque chose de joyeux, un éclat de rire.

Il s’attarda vers moi un instant et, vu les directives, je ne pus m’empêcher de lui adresser une grimace ridicule, louchant et gonflant les joues.

– Parfait ! enchaîna le photographe, amusé, le mitraillant alors que Thomas s’était mis à pouffer de rire.

Cette photo-là, j’espérais pouvoir la voir un jour et même avoir la chance de la garder. C’était exactement comme ça que je l’aimais le plus. Heureux, vivant, spontané.

Depuis notre baiser d’hier, devant les fourneaux, il n’y en avait plus eu d’autres, mais le rapprochement se faisait peu à peu. Sans doute à cause de ce corps qui le freinait un peu, mais il se permettait quelques attentions qui n’étaient pas pour me déplaire. Comme de m’avoir pris la main jusqu’à l’entrée et ici, de me déposer un petit baiser sur le front alors qu’il repartait se changer dans une pièce à part.

J’attendis donc patiemment, observant toujours autour de moi. La matinée était bien entamée et j’avais repéré un distributeur non loin des ascenseurs. Quelque part, je me doutais que Marie m’en voudrait à mort de ce que j’imposais à son corps, mais je ne me résignais pas à faire le pas sur ce que j’aimais. Les petits plats maison et pas plus tard que maintenant, une petite barre chocolatée pour patienter jusque ce midi. Nous n’avions pas déjeuné ce matin, j’en pris une seconde pour Thomas.

– Hey ! Marie !

Sur le coup, je n’y fis pas attention, mais celui qui m’interpellait s’approcha alors que je désespérais à voir tomber la seconde friandise, coincée par le ressort censé la libérer.

Je ne souhaitais pas commettre d’impair, ne sachant pas vraiment qui étaient les relations de Marie. Mon but n’étant pas de ruiner sa réputation, je lui répondis d’un simple bonjour, tout à fait neutre.

– Je te croyais partie avec Angelo et les autres.

– Oh heu non, finalement je suis restée à Paris, comme tu vois, fis-je, tentant de donner le change, souriant un peu nerveusement.

Je jetai quelques coups d’œil vers la porte ou devais se changer Thomas, espérant qu’il réapparaisse, mais choisir la tenue suivante pouvait prendre du temps, surtout si on le recoiffait également. Remarquant mon intérêt pour mon achat manqué, il envoya un coup de poing dans la machine, ce qui fit enfin tomber le chocolat.

– Merci.

– Mais de rien ma puce. Comme tu vois, je travaille ici à présent.

– Ah ! Bien, félicitation.

– Mais non, je rigole ! Hors de question, ils paient plus en freelance que sous contrat.  Au fait… tu n’as besoin de rien en ce moment, j’ai du stock si tu veux, acheva-t-il à voix basse et scrutant discrètement les alentours. Ou alors tu es venue avec ce p’tit con ?

– Quoi ! Qui ? m'exclamais-je

J’espérais qu’il ne parlait pas de Thomas en ces termes. Je faillis lui répondre ce qu’il méritait, mais Marie l’aurait-elle fait. Jusqu’où devais-je passer pour elle au juste ?

– J’accompagne Thomas, mais il ne mérite pas qu’on l’insulte comme ça.

– Oh ça va, c’était pour rigoler. Tu te gênes toi ? Bon, si tu as besoin, je suis la et… si tu as envie tu sais ou me trouver hein. Cet après-midi, c’est Audrey qui sera la, elle est en folle, tu pourras souffler cinq minutes pendant qu’elle s’en occupera.

Il me fit la bise, trop rapidement pour que j’aie le temps de m’écarter.

Audrey ? Qui en est folle, qui s‘en occupera ? Je récupérai mon bien, pensive. Que voulait-il dire ? Qu’il était venu la pour la chroniqueuse ? J’en avais les mains moites subitement. Et bien que je ne m’étais jamais sentie jalouse de le voir en d’autres compagnies avant, je ne pouvais sentir une petite boule d’angoisse se former dans mon ventre.

Je rejoignis ma place et il revint, plus beau encore que tout à l’heure. Chemise noire, ouverte, cheveux brossés en arrière, de quoi fondre. De quoi faire fondre cette Audrey également. Que devais-je en penser ?