Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Un dîner chez le Marquis - 4


Alexandre.

De Valle me frôla de si près en entrant que je cru bien qu’il allait me rentrer dedans par pure provocation. Bien lui en prit de modifier sa trajectoire, je n’étais pas d’humeur.

Angèle se tenait à l’entrée des jardins, je me hâtais de l’y rejoindre. Que l’on nous voie ou non n’avait aucune importance, mais j’imaginais que nous étions suffisamment éloignés des fenêtres pour demeurer discrets. Je pris mon amie contre mon cœur, replongeant un instant comme au temps de notre enfance, sentant qu’elle eut besoin de réconfort plutôt que de questions, elle tremblait.

– Nous devrions rentrer, tu vas attraper froid.

– Alexandre, il faut que je te dise…

– Que ce Marquis n’est qu’un porc ? Je m’en étais aperçu. Mais je n’y peux grand-chose. Sauf si tu me le demandes ou s’il s’en prend à toi. Alors Angèle, promet moi, s’il tente quoi que ce soit…

– Non ! Toi promets-moi de ne rien dire ou ne rien faire. Sinon mon oncle s’en prendra à moi, s’en prendra à toi. Et je ne veux pas qu’il te fasse du mal.

Me faire du mal ? Il serait temps qu’elle ne me voie plus que comme un petit garçon. Qu’il vienne donc ! Mais je n’avais aucun droit sur elle mis à part celui d’intervenir comme tout bon mousquetaire ou même gentilhomme. Et quoi que je fasse, cela pouvait se retourner contre elle.

– Je ne ferai rien tant qu’il demeurera correct.

Je la raccompagnai à l’intérieur, espérant que l’air lui avait tout de même fait passer son malaise, le dîner ainsi que les attitudes sordides pouvant reprendre. Dire que j’étais rentré au service des mousquetaires afin de régler les injustices et je me retrouvai là, à devoir assister à cette comédie tout sauf amusante.

Le repas terminé, un domestique nous proposa de nous indiquer nos chambres, forcément nous devions le suivre et prendre congé Aramis et moi. Le message était clair, mais c’était plus fort que moi. Je les laissai monter tandis que j’arpentai discrètement l’entrée. J’invoquerai vouloir contempler ces fameuses tapisseries italiennes si jamais l’on m’y surprend, mais en attendant, j’écoutais les bribes de conversation depuis le salon ou ils s’étaient rendus tous trois.

Le Marquis interrogeait Angèle sur ce qu’elle pensait de Paris, de la campagne, sur ses goûts également, sa santé. Rien que je ne sus déjà à vrai dire. Il du bifurquer ensuite vers son oncle, engageant une conversation plus mystérieuse concernant des terres, d’une transaction devant se faire au jour des noces. Les noces… Et nul ne se préoccupant évidement qu’elle n’en eut la moindre envie. Un bref coup d’œil me permit de les voir. De Valle verre à la main dans un fauteuil tandis qu’Angèle tâchait de se tenir le plus loin possible de son hôte malgré qu’il fut sur le même sofa qu’elle. Hélas, je fus moins discret que je n’aurais voulu.

Le Marquis s’était rapproché et encore une fois, ne pouvait s’empêcher de la toucher, mais de Valle se leva et vint vers moi. Trop tard pour m’esquiver, en quelques pas, il me fit face et je ne pus que reculer afin que nous ne soyons pas vus.

– Tu es décidément comme ton père Alexandre. À fureter partout. En fait, tu as tout de lui. Son visage entre autres, de si beaux traits. Presque angélique. Savais-tu que c’est en souvenir de lui qu’elle porte ce nom ? Ce cher ange qu’avait tant aimé mon cher frère, Séraphin.

Je ne devais pas répondre à ses provocations, mais je ne comprenais pas ou il voulait en venir, à minauder de la sorte. Se rapprochant comme l’une de ces femmes demandeuses d’attention et d’affection. Était-ce un rêve ? Un cauchemar plutôt. Une technique subtile pour me manipuler. Mais que croyait-il ? Que j’allais m’y laisser prendre ! Il était né homme et plus encore, de l’âge de mon père ! Était-il devenu fou ! Par contre, son jeu portait ses fruits, il commençait à me faire pâlir de gène malgré moi.

– Je vous conseille de vous reculer monsieur, ce ne sont pas la des manières auxquelles je risque de répondre comme vous l’entendez.

– Ah ? Et comment vas-tu y répondre, je suis bien curieux. Alors comme cela les femmes ne t’intéressent guère ? Alors que fais-tu à lui tourner autour si souvent ? Ou as-tu d’autres affinités tout comme ton père. T’en a-t-il parlé au moins ? De ses penchants pour les deux sexes.

Décidément ces gens mal intentionnés ne savaient que faire de leurs mains et c’est sur ma virilité qu’il attarda vivement l’une des siennes. Pris de surprise tout autant que de panique par ce geste insensé, je le repoussai à tel point qu’il fit quelques pas en arrière, s’arrêtant au milieu de l’entrée. Apparemment son petit jeu l’amusait follement puisqu’il se mit à se moquer de moi, riant aux éclats.

– Portez encore une fois la main sur moi je vous assure que ce sera la dernière. Et cessez de vouloir me monter contre mon père, vous n’y parviendrez pas. J’ai le plus grand des respects pour lui et sais exactement ce qu’il en est de son passé, soyez-en certain.

– Alors tu lui remettras mes hommages à ton retour, fit-il tout en terminant d’une révérence avant de se rendre à l’étage.