Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Un dîner chez le Marquis - 3


Angélique.

J’avais rarement eu aussi honte de ma vie. Bien que ce ne fut pas la première fois que cela arrivait. Le soir du jeu de Banco avait été l’occasion pour le Marquis de palper tout autant la marchandise que j’étais à ses yeux. Mais ce soir, tout cela avait lieu sous les yeux d’Alexandre et je remarquai qu’il était prêt à réagir à tout moment. Or il ne fallait pas. Surtout pas devant mon oncle. Je ne lui avais en rien menti, il était dangereux. Mousquetaire ou non. Surtout vu sa haine des Monllieu.

La suite du repas arriva et l’on me resservit généreusement en vin. Le sel des plats m’ayant incité à le boire, il commençait à me monter à la tête. Il était rare que j’y goûte et les effets se faisaient donc plus prononcés encore. Mes joues étaient en feu et de légers vertiges me prenaient par moment. Je craignais également de rater certaines bribes de conversation et mon plat me parut subitement moins appétissant. Depuis près du début du repas, le pied du Marquis coinçait le mien grâce au pied de ma chaise et sa main s’attardait soit sur mon bras soit sur ma cuisse, se faisant lourd, pressant et de plus en plus embarrassant. Un haut-le-cœur acheva cette suite de mauvaises impressions et je me levai en sursaut, échappant ainsi à mon voisin.

– Assied toi Angélique, me somma mon oncle.

– Je ne me sens pas très bien, je voudrais prendre un peu l’air. Ce doit être le vin.

Immédiatement Alexandre se leva, posant sa serviette et annonçant qu’en qualité d’escorte, il m’accompagnerait. Ma reconnaissance fut hélas de courte durée lorsque mon oncle intervint, proposant de sortir à sa place. Il n’osa refuser, mais se crispa encore.

Il devait penser que je souhaitais juste me dérober à notre hôte, tout comme la dernière fois. En un sens il n’avait pas tort, je souhaiterais plus que tout être ailleurs. Il me tint par le bras, comme si cela m’était indispensable et m’entraîna dehors faisant quelques mètres avec moi avant de me tourner face à lui, sans délicatesse. Je ne sus si c‘était le froid du soir ou la crainte qu’il ne s’emporte qui me prit, mais j’en tremblai.

– Je te prie de cesser ce petit jeu ! Je ne sais comment tu t’es arrangée pour que Monllieu soit au courant et vienne avec nous, mais il est hors de question, tu entends ? Hors de question qu’il gâche cette entrevue. Ce soir tu devras être des plus aimables avec le Marquis.

– Je ne lui ai rien dit pourtant, je vous assure. Laissez-le en dehors de tout cela, je vous en prie. C’est le Marquis qui a tenu à ce qu’il vienne, il…

Sa main se leva subitement et je fermai les yeux, craignant qu’elle ne claque contre ma joue, mais il se retint. Toute marque de ce genre aurait été trop suspecte à mon retour. À la place il me secoua telle une enfant. Et en ce moment, c’était bel et bien ainsi que je me sentais, telle une enfant prise en faute et proche de la punition.

D’un mouvement, me tenant toujours le bras au point de me faire mal il me tira vers lui. Approchant son visage du mien, baissant le ton.

– Lorsque je dis être aimable, c’est de lui convenir en tout point. Même si tu dois passer dans son lit. Et arrange-toi pour que Monllieu ne s’interpose pas. Tu sais que je ne fais jamais de menace en l’air.

Il s‘écarta, me lâchant si subitement que je faillis perdre l’équilibre. Son regard se portant derrière moi, vers l’entrée.

– Monsieur le Maquis souhaite savoir si son invitée se porte mieux, je viens aux nouvelles, fit Alexandre d’un ton plus sec que ceux que je lui connaissais.

Mon oncle me lança de ne pas oublier ce qu’il venait de dire et entra, nous laissant seuls. Sans doute pour que je puisse l’informer de ses souhaits. Mais comment lui avouer que ce soir, il comptait faire de moi le jouet de son hôte ? Je me sentais mortifiée, nauséeuse et pire que tout, il m’avait pratiquement déjà donnée à cet homme.