Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 10 - Jour 4


Thomas était quelqu’un de très actif habituellement et de rester enfermé en plus de croire que je me moquais de lui, avait du contribuer à lui taper un peu plus sur les nerfs. Juste après le petit déjeuner, il me conseilla d’enfiler un bon gros pull et de dénicher gants et écharpe. Je trouvai tout cela, y compris un bonnet assorti et je me doutais légèrement vu la conversation que nous avions eu la vieille, qu’il souhaitait m’emmener dans un endroit frais. Très frais. Glacé même. À la patinoire.

Mis à part pour observer les autres, je ne m’étais jamais approchée de ce sport. Ou de ce loisir. Après avoir loué des patins et bataillé avec d’interminables lacets humides, le voici qui m’invite à poser les pieds sur cette vaste étendue glacée. Et de prime abord, je n’étais pas des plus rassurées.

– Je reviens ! lança-t-il alors que j’hésitai encore.

Il fit deux tours de chauffe, allant tout d’abord à une vitesse raisonnable puis vertigineuse, plus vers le centre. Il revint, entamant un petit cri de victoire et freinant avec une maîtrise que je lui enviais.

– Cela faisait trop longtemps, crois-moi. Tu viens ? Tu n’en a jamais fait avant ?

– Jamais !

– Ce n’est pas bien difficile, je te montre.

Il me prit les mains, m’obligeant à les détacher du rebord et je me retrouvai une seconde plus tard bien trop loin pour m’y agripper de nouveau. Je serrai mes doigts autour de ses paumes comme si ma vie en dépendait, sentant mes pieds s’écarter dangereusement l’un de l’autre. Il stoppa et, amusé m’aida à me redresser avant de m’enseigner quelques bases sur la posture à adopter. Une fois bien en équilibre, lui patinant à l’envers et gardant toujours ce contact, il me fit avancer. À coté des autres, je passais pour la tortue et eux, les lièvres, mais tant que je restai debout sur mes jambes, à mon sens tout allait bien.

Tout était parfait, ce moment était parfait et Thomas en professeur improvisé, plus encore était parfait. Heureux. Dans son élément. Il souriait constamment, y compris lorsque, perdue à le contempler je fus déstabilisée et failli tomber. S’y attendant plus que moi, il me rattrapa par la taille. Par réflexe, je m’agrippai à ses épaules. Ses yeux étaient d’un bleu magnifique. Je les connaissais pourtant par cœur, du moins il m’avait semblé, mais aujourd’hui, ils étaient différemment beaux. Ils pétillaient.

À force de patience, il parvint à me faire patiner, lentement, mais sans aide et à peu près droite. Les pieds hurlant de froid, les jambes en coton, je rejoignis finalement la sécurité du rebord, le laissant se dépenser seul et faire le pitre, manquant de se vautrer en beauté à force et tous deux, partant dans un fou rire commun. Incontrôlable.

Il revint finalement essoufflé et, se soulevant par la force des bras afin de passer la rambarde tel que l’aurait fait son personnage espion sur celle d’un balcon, quitta la glace. Je devais avouer qu’une telle sortie de scène fit son petit effet sur moi. Il avait beau y faire froid, il me faisait fondre.

– Après tous ces efforts et afin de célébrer ça, que dirais-tu d’une glace ?

Évidemment, je n’aurais refusé pour rien au monde.  Et si je devais me réveiller demain, j’aurais alors passé la plus belle des journées de ma vie. Mais je ne souhaitais me réveiller pour rien au monde.

Assis face à face à la cafétéria, une large baie vitrée donnant sur la piste en contrebas, nous commandions la même chose. Ce qui provoqua un nouveau rire, celui-ci se terminant plus timidement lorsque sa main toucha la mienne par-dessus la table.

– Manon… tu sais si… si jamais Marie revenait. Peut-être que malgré tout l’on pourrait…

Il hésita, sourit de nouveau tout en baissant les yeux et je comprenais subitement ce à quoi il référait lorsqu’il me parlait qu’il ne fut pas très à l’aise avec les filles. Je devais alors être à la fois la plus surprise et la plus enchantée au monde qu’il se sente ainsi gêné.

– Oui ? l’invitai-je d’une voix peu certaine.

– On pourrait se revoir pour une seconde leçon, non ?

– Avec plaisir.

Ce cœur qui pourtant n’était pas le mien se mit à battre plus fort lorsque la main serra doucement mes doigts, mais il les lâcha subitement, se focalisant sur sa glace.

– Je sais que c’est toi à présent, Marie n’aurait jamais réagi comme tu le fais ni même put jouer aussi bien la comédie. Et d’ailleurs, elle m’aurait déjà envoyé sa coupe à la figure d’avoir dit ça, plaisanta-t-il, redevenu nerveux. Mais j’ai beau le savoir, cela me bloque, c’est toujours elle que je vois lorsque je te parle, lorsque… je te touche.

Je ne pouvais que comprendre ou il voulait en venir. Moi-même, cela me gênait beaucoup que d’utiliser ce corps qui ne m’appartenait pas. Et surtout de ressentir à travers lui.