Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Un dîner chez le Marquis - 2


Alexandre.

Ce qu’un nom pouvait posséder ce pouvoir incroyable d’ouvrir des portes, pourquoi m’en serais-je privé alors que ce fut pour la bonne cause et non pour alimenter un orgueil mal placé. Et parlant d’orgueil, il en était un ici qui venait de se voir malmené. Mais j’avais mis un point d’honneur à m’assurer du bien-être de mon amie et ce Vardes, tout poli et serviable qu’il avait l’air en ce moment, ne me plaisait pas. Sa réputation du moins. Son accueil quant à lui était parfait.

Du moins jusqu’à ce qu’il incita ses invités principaux à entrer, posant alors sa main sur le bas du dos de mon Angèle. Ce qui ne me plut guère. Heureusement, Aramis d’un mouvement calculé me stoppa alors que je m’avançais trop ardemment vers cette scène.

– Laisse mon garçon.

Il devait comprendre ce qui m’animait, je ne lui avais rien caché des intentions de son oncle à la faire épouser cet homme, ce Marquis. Et il m’aura également averti que dans ce genre d’affaires, je n’avais nul droit de me mêler. Sauf si cela allait trop loin. Comme de toucher à son honneur ou a sa vertu avant l’heure. Et même si cette main se posait trop bas à mon goût, nous n’en étions pas là. Je gardais donc mes pensées pour moi et nous les suivions à travers l’entrée jusqu’à la salle à manger, nous faisant délester en route de nos capes et manteaux.

La table était longue et notre hôte se plaça comme de juste, sur le siège qui lui était destiné à l’extrémité. Monsieur de Valle me fixait d’un air mauvais, je m’abstenais donc de lui faire tout à fait face, préférant le minois de sa nièce. Nous étions donc tout deux, elle et moi aux côtés du Marquis. Aramis à ma gauche.

Je la plaignais sincèrement d’être prise ainsi entre ces deux hommes, ce ne devait pas être le lieu le plus reposant, mais Angèle adoptait l’attitude la plus sure pour elle. Gardant les yeux baissés, m’évitant du regard et répondant poliment à tout ce qu’on lui demandait. Sans en faire trop, mais sans joie non plus.

Du vin nous fut servi en premier, Aramis prenant à sa charge de refuser puisque nous étions tout de même en service. Mon amie profitant pour éloigner son verre, mais l’oncle insista pour qu’elle s’enivre. Et le Marquis n’en était que plus ravi.

Je soupirai. Ce dîner allait être atroce bien que les plats me paraissaient succulents.

Le repas se déroula avec moult bruits de bouche et de couverts. Ce Marquis était... comment qualifier cela… moins élégant que son titre lorsqu’il mangeait. Je comprenais mieux les mots prononcés par Jocelyne à son encontre lorsqu’elle le qualifiait de vulgaire. Je pourrais aisément le lui confirmer.

Elle m’avait d’ailleurs fait parvenir un message il y a peu, souhaitant me revoir l’un de ces soirs. Il était vrai qu’avec tout cela, ma fonction de mousquetaire ainsi que mes retrouvailles avec Angèle, je ne lui avais plus accordé la moindre minute. Il me faudrait m’en excuser.

Ayant monopolisé le plus gros de la conversation depuis le début avec l’oncle, énonçant quelques sujets à la mode ou sur la politique, le Marquis vint finalement à s’attarder de notre côté.

– Ah voyez-vous messieurs, je suis enchanté de cette soirée. J’espère que vous l’êtes tout autant.

– Mais certainement Monsieur le Marquis, répondit Aramis. Tout est parfait.

– Et vous cher Alexandre, comment va votre père ? On le dit fort occupé par son travail. Votre mère si charmante doit bien s’ennuyer toute seule.

Étrange question pour laquelle je ne pouvais que bifurquer concernant l’emploi de celui-ci. Quant à ma mère, pourquoi s’y intéressait-il ? Je trouvais cela un peu déplacé, mais peut-être me faisais-je des idées. J’étais déjà rempli d’appréhension le concernant. Aramis et moi-même échangeons un bref regard avant que je ne réponde.

– Il se porte à merveille et en effet, il est fort occupé. Il compte agrandir la superficie de ses terres et les transactions portent leurs fruits. Quant à ma mère, je ne me fais nul souci, elle s’occupe de bonnes œuvres et a bien des loisirs.

– Agrandir les terres des Monllieu ! On vous dit pourtant déjà bien lotis. Cela va faire de vous l’un des meilleurs partis du moment. D’ailleurs, j’imagine que vous devez avoir quelques charmantes créatures à vos trousses n’est-ce pas ?

Je jetais un regard bref vers Angèle qui avait subitement levé la tête vers moi. Il était vrai que de cela nous n’en parlions pas puisque la fortune de ma famille et mes rentes étaient des sujets qui ne l’intéressaient guère.

– Heu oui, en effet quelques-unes. Mais rien de tout cela ne m’intéresse.

J’eus droit à un discret sourire alors qu’elle replongeait les yeux vers son assiette. Et si je n’arrivais pas encore à cerner pourquoi le Marquis s’intéressait à cela, la transition se fit très vite. J’aurais dû m’en douter au fond.

– Les femmes ne vous intéressent pas ! Quel malheur ! Pourtant, voyez comme elles peuvent être charmantes, fit-il tout en indiquant Angèle, la faisant sursauter alors qu’une de ses mains avait disparu de sur la table. Je suis d’ailleurs fort déçu que Madame Lonmour, votre mère ne soit pas venue avec vous.

– Elle est elle aussi très occupée, fit-elle d’une petite voix qui ne lui ressemblait pas, mal à l’aise.

Je compris de suite et je ne fus pas le seul que la disparition de cette main n’y était pas étrangère. Ma parole, il n’était tout de même pas en train de la porter sur elle et devant mon nez ! J’en sentis une autre sur ma cuisse, crispée, celle de mon parrain souhaitant que je ne fasse rien alors que je m’apprêtais à me lever. Mais le Marquis était si occupé à porter ses yeux vers l’encolure de sa robe à présent qu’il ne remarqua rien. Angèle était plus qu’une amie pour moi, elle était comme ma petite sœur de cœur et de le voir en faire ce qu’il souhaitait, devant des invités qui plus est, me révulsait.

– Monsieur le Marquis, haussa d’un ton Aramis, attirant ce dernier à lui.

Mais il reprit un ton plus condescendant immédiatement.

– J’ai vu vos superbes tapisseries depuis l’entrée déjà, elles sont italiennes ?

Tout d’abord étonné de sa question, je compris bien vite que ce n’était qu’une diversion habille afin de le détourner d’Angèle. Et cela avait marché.