Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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A sa place

Chapitre 8 - Jour 3'


– Bon, laisse tomber, enchaina-t-il devant mon mutisme. On va bien voir si c’est vrai tout ça.

Il se leva et se dirigea vers son portable ouvert sur le bureau et le mit sous tension.

– Tu dois bien avoir un Facebook, un Twitter ou un truc du genre non ?

– Heu pourquoi ?

– Si Manon existe et que tu es cette Manon, comme tu le prétends, prouve-le-moi, tapa-t-il du doigt sur l’écran.

– Je n’ai pas de Facebook, lui avouai-je.

Et quelque part, je m’en félicitais presque. Je n’avais pas ce corps que possédait Marie, j’étais plus ronde, mes joues, ma poitrine, mais surtout mes hanches. Et me vint cette frayeur vraiment ridicule, mais pourtant bien ancrée en moi, et ce, même si je n’en étais pas à espérer ce genre de chose au fond. Et si je ne lui plaisais pas !

– Ben voyons…

– Mais j’ai un compte Twitter !

– Alors à toi l’honneur ! fit il en m’invitant à m’y connecter.

Je m’installai et entrai mes identifiants et le laissai parcourir ma page et mon profil. Mais il n’y trouverait rien de vraiment intéressant. Quelques liens Youtube, des retweet et quelques états d’âme spontanés ici et là.

– Bon… pas de photos sur Twitter, pas de Facebook… tu ressembles à quoi ? demanda-t-il tout en faisant rouler la page, semaine après semaine.

– C’est à dire ?

– Comment es-tu physiquement ?

– Oh… heu… différente.

Il stoppa et se tourna vers moi.

– Mais encore ?

– Brune. Mes cheveux sont un peu plus longs, j’ai un visage plus rond... Oh, mais pas… enfin pas trop non plus. On dit que je ressemble à ma mère. Mais tu ne connais pas ma mère, c’est vrai, m’embrouillai-je. Et les yeux bleus. Enfin  ils tirent sur le gris.

– Et ? Le reste ? Ton corps ?

– Je dois être de la même taille, je pense, je fais un mètre soixante-dix.

– Marie fait cinq centimètres de plus, mais c’est un détail.

– Je... je suis un peu plus ronde aussi, c’est vrai avouai-je finalement. Mais pas tant que ça ! Disons que j’ai plus de poitrine et enfin… ce n’est pas important, si ?

– En gros, tu es mignonne quoi,  cela ne m’étonne pas.

– Heu pardon ? restai-je sidérée.

– Oui, cela m’aurait étonné que tu prennes un personnage moche même si il est différent. C’est plutôt sympa comme description.

Je me sentais subitement flattée du compliment, mes joues me brûlant, même si ce peu de description ne faisait pas tout. Thomas continua donc ses recherches et j’allai m’asseoir un peu en retrait. Et s’il me trouvait à son goût ? Oh non, je ne devais pas me mettre à espérer ce genre de choses, cela ne ferait que du mal. J’étais bel et bien dans un corps qu’il avait pris en grippe et ne retrouverai peut-être jamais le mien. D’espérer qu’il me trouve à son goût était un vœu plus inaccessible encore que de vouloir me trouver près de lui.

– Ah ! Ah ouais…

Il se pencha, souriant comme je ne l’avais pas encore vu faire depuis mon arrivée, le nez pointé vers son écran. Son ironie pointant encore une fois, exacerbée.

– Adorable ce petit chat, c’était pour Halloween ? Je le savais qu’elle serait mignonne, bien joué, Marie.

Il se leva, pris sa veste, enfila rapidement des chaussures et quitta l’appartement après m’avoir lancé.

– Je vois qu’au final, tu me connais plutôt bien. C’est qui en fait ? Une vieille copine de lycée ? Une fille au hasard ? Tu comptais faire quoi ensuite ? Pourquoi tout ce cirque ? Tu vas trop loin parfois. Je vais prendre l’air ça vaut mieux.

J’en restai figée un instant puis je compris. J’avais oublié cette stupide photo, prise par une amie, cela devait faire deux ans tout de même ! Il était remonté si loin ? De fausses oreilles, des moustaches dessinées au crayon noir sur mon visage, j’étais plutôt ridicule et pourtant il s’était senti vexé de croire que sa Marie avait choisi ce genre de fille. Devais-je le laisser se calmer seul ? Ou le rattraper ? Que faire mis à part tenter de lui prouver que c’était pas une farce.

J’attendis son retour, m’occupant à faire la vaisselle. Il n’avait pas même fini son assiette avec tout ça, pas étonnant qu’il soit si fin s’il ne mange que si peu. Mais s’il était vexé ou en colère, moi aussi je me sentais mal. Je ne pouvais le convaincre et pire encore, plus cela avançait, plus il me détestait et se méfiait de moi. Incontrôlables, les larmes virent à couler sur mes joues et j’essayai de ne pas hoqueter, de ne pas me laisser aller. En changeant de corps, j’avais perdu ma vie d’antan, ma famille, mes amis, mon travail qui sait. Tout cela pour être simplement là, avec lui.

J’essuyai mon nez du dos de la main, choppai un carré de papier absorbant afin de me moucher et laissai en plan la casserole, me laissant subitement aller. Monsieur, intrigué, s’était approché et sauta sur le plan de travail.  Il m’observait d’un air neutre, ni compatissant, ni dédaigneux et après m’être essuyé les mains je le pris dans mes bras, le serrant contre moi. De cette façon que j’aurais préféré serrer l’homme que j’aimais plus que tout, le visage enfoui contre son petit corps duveteux.

Il revint à ce moment-là, je déposai rapidement le chat et tournai le dos, tâchant d’essuyer mes yeux le plus discrètement possible. Je le sentais, immobile quelque part derrière moi, à me demander ce qu’il pouvait bien penser, s’il était calmé, s’il avait réfléchit et songé que, aussi impossible cela puisse paraître, il y avait bien une chance pour que je lui mente pas.

– Tu…

Ses mots restèrent en suspens avant de reprendre.

– Tu as viré mon assiette ?

– Non elle est au frigo.

Il la récupéra et termina de dîner, silencieux. Je n’entendis que le bruit de ses couverts durant tout ce temps. Finalement, il repoussa le tout. Je n’osai toujours pas me retourner, sentant mes yeux encore gonflés, plus je frottais, plus j’empirais les choses.

– Promets-moi que ce n’est pas une farce. Que tu es bien celle que tu prétends. Je peux avoir l’esprit large et croire en bien des choses. Après tout, il existe encore bien des trucs dont on ne comprend rien. Promets-moi, si c’est vrai, que ce n’est pas une farce.

– Je te le promets, je m’appelle bien Manon.

– OK. Alors je suis désolé. Pour mon attitude, pour ce qui t’arrive. On va… on va repartir de zéro, d’accord ?

Je me tournai et le vis embarrassé de me voir dans cet état.

– Je m’appelle Thomas, comédien, j’ai vingt-six ans et je suis complètement paumé face à cette situation, comment est-ce possible ?

– Je m’appelle Manon, reniflai-je. Je suis aide-comptable et… j’en ai deux de moins. Je n’en sais rien. Ou alors si. Il se trouve qu’un jour, j’ai fait un vœu… et me voilà.