Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 7 - Jour 3


Au matin, Thomas fut le premier levé. J’eus l’impression de sentir sa présence, à m’observer alors que je m’éveillais et effectivement, il était devant moi, au milieu du salon, verre d’eau à la main lorsque j’ouvris les yeux. La meilleure première vision de la journée au monde.

– Oh ! Bonjour, ça va ta mâchoire ? Tu as besoin de quelque chose ?

Il m’indiqua simplement le verre et le vida devant moi pour réponse. Il devait encore souffrir un peu.

– Je pourrais faire les courses et la cuisine si tu veux. Il y a une supérette dans le coin ? Ou alors tu as prévu quelque chose.

Il faillit avaler le liquide de travers, toussa et se reprit.

– Et tu ferais la cuisine ? Toi !

– Oui.

– Heu bon… non je prévoyais me faire livrer chinois, des nouilles ou truc du genre. Mais habituellement tu ne touches pas à la cuisine non plus.

– C’est parce que moi, Manon, insistai-je sur mon prénom, j’aime cuisiner. Surtout si c‘est pour te faire plaisir.

– OK, je laisse tomber. Comme tu veux.

Il joua le jeu et m’expliqua ou je pourrais trouver de quoi acheter ce qu’il me fallait tout en câlinant de quelques mouvements lents Monsieur, son chat, qui semblait ravi. Marie n’était pas si à envier que cela au fond et je reportai l’espace d’une seconde ce sentiment envers le félin. M’imaginant blottie sur ses genoux, la tête sur son épaule et simplement me tenir la à écouter les battements de son cœur et sa respiration, respirer son odeur.

– Hé ? Ça va ?

D’un sursaut, je revins sur terre et filai, mais en cours de route, je me souvins d’un léger détail et revins sur mes pas, me sentant tout à fait idiote pour le coup.

– Je… je peux avoir un peu d’argent ?

Il lâcha finalement un sourire et alla chercher son portefeuille avant de me tendre un billet de vingt euros.

– Ça ira ? Mais c’est pour les courses hein ? Rien d‘autre.

– Oui bien sûr. Quoi d’autre ?

– Marie… je sais qu’il y a un revendeur qui squatte parfois au coin de la rue, je t’ai déjà vu lui acheter des trucs, me prend pas pour un con.

Décidément il ne lui faisait pas confiance. Mais si le temps me le permettait, je finirai bien par lui prouver que je ne voulais que son bien-être, que j’étais sincère.

Lorsque je revins, l’antalgique avait du faire effet et Thomas somnolait à demi dans le creux du canapé d’angle, Monsieur toujours contre lui le veinard.  Je le laissai tranquille, préférant feuilleter un livre ou un magazine traînant sur la table basse afin de ne pas le déranger. Ce qu’il était beau endormi, je me lasserai difficilement de le regarder. Ce ne fut que lorsque son estomac hurla de faim qu’il s’éveilla. Immédiatement, je m’affairai à la cuisine.

Au menu, purée de carottes et steak haché. Je ne souhaitais pas qu’il se fasse mal en mangeant. C’était sans prétention, mais il eut l’air assez étonné de me voir faire et je le remarquai en train de m’observer, sentant son regard sur ma nuque durant un bon moment.

– Cela te va ? me renseignai-je lorsqu’il eut son assiette sous les yeux.

– J’ai du mal à comprendre. Pourquoi fais-tu tout ça subitement ? Tu as fait une connerie ? Tu as quelque chose à me demander ?

– Je ne suis pas Marie.

– Ah oui… Manon, c’est vrai. Hé bien je ne comprends pas plus. Ça doit faire plus d’un an que l’on se croise plus que l’on ne se parle que soit tu m’évites, soit tu te fous de ma gueule, que tu ne sais pas quoi inventer pour m’emmerder. Sauf pour te faire un peu de pub bien évidemment. Alors qu’est-ce qui te prend tout à coup ? Tu es sympa, tu fais la cuisine, tu t’occupes de moi.

Je ne savais que répondre. Tout ce temps à se côtoyer et à faire semblant, mais comment tenait-il le coup ? Et surtout pourquoi tenait-il le coup ? Je fus sauvée par le gong ou plutôt par Monsieur qui vint se frotter contre mon mollet, venant quémander et je découpai un morceau de viande que je lui lançai.

– Même vis-à-vis de Monsieur, tu n’es plus la même. D’habitude, il te fait horreur, je suis obligé de le garder dans ma chambre.

– Pourtant, il m’aime bien malgré tout et moi aussi. Je l’aime beaucoup à vrai dire. J’ai toujours rêvé d’avoir un chat.

Je baissai les yeux vers al boule de poil blanche qui réclamait de nouveau. Il demeura un instant perplexe.

– C’est d’autant plus étonnant. Mais dis-moi… Manon donc. Voyons. Tu habites bien quelque part non ? Tu as un travail, ce genre de chose.

Il tenait ses mains, doigts croisés, devant sa bouche, semblant attendre une réponse peu convaincante qui finirait par me confondre.

– Oui, j’habite à la Plaine Saint-Denis, dans un studio. Avant je vivais dans le Val d’Oise avec mes parents.

Il afficha une légère moue, avais-je répondu correctement ? Je l’observai afin de cerner ce qu’il pouvait en penser avant de continuer. Mais il demeurait de marbre, après tout il n’était pas comédien pour rien.

– Sinon je travaille dans une agence immobilière, à la compta, mais sûrement plus pour longtemps.

– Ah ? Pourquoi ? Tu comptes te lancer dans le mannequinât ? Ou mieux ! Trouver un rôle ? ironisa-t-il, les sourcils levés.

– Oh non, juste que cela ne marche pas fort et ils parlent de mettre la clé sous la porte d’ici à la fin de l’année.

– Bon. C‘est un sans fautes pour le moment. Et tu peux me rappeler d’où l’on se connaît ?

– Il y a deux jours, en montant dans ta voiture. Quoi que non, la première fois que je t’ai vu, ce fut ans cette série ou tu incarnes un espion, je t’ai trouvé fabuleux.

– Ah ! C’est nouveau ça aussi, décidément. Marie et Manon sont des opposées en fait, c’est ça l’idée ?

– Non, je ne suis pas Marie, je ne sais pas comment cela se fait. Je voulais juste attraper le métro pour... Enfin, bref. Je ne sais pas ce qui est arrivé, je ne me souviens juste d’être montée dans ta voiture avant l’émission, d’être restée dans la loge et jusqu’à présent je suis toujours là, dans son corps à elle. Ce n’est pas le mien. C’est vrai ! ajoutai-je alors qu’il se massait les tempes sous mes explications.

Il se mit à piocher dans son assiette, dodelinant de la tête.

– Si c‘est pour ce rôle que tu fais tout ça, c’est pas la peine. Je veux bien en parler au casting, mais je n’ai aucun pouvoir de décision. Tu le sais.

– Thomas, je te jure que c’est vrai, je me nomme Manon, je suis dans le corps de ta  copine, je ne sais ni comment ni pourquoi, insistai-je encore une fois, dépitée.

– Et dans ce cas, où est Marie ? Dans ton corps à toi ?

Je ne savais pas trop que répondre. L’ignorant totalement. Mais ce devait être le cas. Et donc, elle pouvait débarquer à tout moment puisqu’elle connaissait sa propre adresse. Quelle surprise horrible si elle devait arriver. Je me retrouverais face à moi-même. J’espérais que ce ne soit pas le cas même si cela me semblait logique.