Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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A sa place

Chapitre 6 - Jour 2'


Nous prîmes un taxi jusqu’à l’hôpital et j’attendis avec lui dans un couloir, silencieuse puisque lui-même l’était, que le moment soit venu. Il discuta avec son médecin, souriant et plaisantant avec lui. Je compris alors que son humeur maussade fut de ma faute. Ou plutôt de celle de sa petite amie. Ils ne devaient pas s’entendre si bien que je le pensais. En un sens cela m’attristait, mais je n’arrivais pas à m'imaginer pourquoi ils laissaient croire le contraire devant les médias et qu’ils continuaient à vivre ensemble malgré tout.

Attendant son tour, il revint s’asseoir, jambes croisées, l’une d’elles était frénétiquement prise de mouvements rapides et réguliers.

– Tu es nerveux ?

– Assez oui, j’aime pas trop les opérations. Et surtout j’espère que cela se fera sans complications. J’ai pris toute une semaine sur moi si tu te rappelles pour que ce soit arrangé, sinon je vais aller tourner dans les steppes avec la tête d’un hamster, ce sera génial.

– Dans les steppes ?

– Oui, enfin tu sais pour ce documentaire historique ? Ce n’est pas tout à fait les steppes, mais il vaut mieux que je sois dégonflé d’ici là.

Enfin il fut emmené par le personnel médical et je l’attendis dans la chambre qui lui était attribuée. Pour son réveil, je m’étais installée dans un fauteuil droit à côté de son lit. Et, au bout d’un petit moment à observer alors qu’il se trouvait encore sous anesthésie, son visage si doux et serein, ressemblant presque à celui d‘un ange, j’osai prendre sa main dans la mienne. Ses doigts étaient longs et fins, le dos ainsi que son bras, relativement bien fournis au niveau de la pilosité. Lui donnant un air à la fois enfantin et terriblement viril. Je me hasardai timidement glisser mes doigts entre les siens, profitant de son contact tant que je le pouvais. M’affirmant qu’une présence ne pouvait être que réconfortante pour lui aussi.

La main de Thomas fut prise de quelques sursauts, serrant la mienne par moment. Il revint à lui un peu péniblement, fronçant des sourcils, la douleur postopératoire ayant précédé son réveil. Il ouvrit les yeux et sembla surpris de me voir, plus encore que je le tienne ainsi. Embarrassée, je le lâchai.

– Et tu vas me servir d’infirmière tout ce temps ? fit-il, les mots étouffés par les compresses qu’il devait garder dans la bouche.

– Oui, avec plaisir. Tant que je serai là du moins. Le docteur m’a informé de ce que tu pouvais absorber ou non ces prochains jours.

– Ah… je me doutais aussi que cela devait te tirailler de filer à Nice.

– Non ! Tant que je serai dans le corps de Marie, je voulais dire.

Petite erreur de ma part que d’avoir de nouveau mentionné cela. Il roula des yeux et se referma aussitôt. Depuis le début, il était persuadé que Marie se moquait de lui et je ne parvenais pas à trouver les arguments capables de le convaincre du contraire. Comme prévu, en fin de journée, il put quitter sa chambre et revenir à son appartement.

Il se laissa tomber dans le divan, las à cause de la douleur lancinante de sa mâchoire. Je lui calai l’un des coussins dans le dos et lui couvris les jambes d’un plaid servant surtout à décorer. Tout afin qu’il soit à l’aise, détendu et que tout se passe au mieux. Et surtout, qu’il cesse de croire que j’étais une compagnie malsaine. Pourtant, ce fut lorsque je voulus lui ôter ses chaussures qu’il se remit à rouspéter.

– Tu n’as besoin de rien ? le coupai-je. Le médecin à dit que tu peux boire ou manger, mais que du froid et rien de dur.  Tu veux de la glace pour tes joues ?

– Oui, mais j’avais prévu le coup, il y a des poches au frigo.

Je revins donc avec deux pochettes puisque ce fut des deux côtés à la fois qu’on le délesta de ses dents et alors qu’il tenait l’une, je maintins la seconde contre sa joue, prenant garde de ne pas trop appuyer et risquer d’amplifier la douleur.

– Peut-être voudrais-tu te mettre à l’aise ? En pyjama par exemple ?

– Heu oui.

– Où est-ce que je peux trouver ça ?

– Dans ma chambre. Pas celle ou tu dors, l’autre quoi. Mais sinon, mes jambes vont bien, je peux y aller moi-même !

– Ah… non, mais pas de soucis, je t’apporte ça.

Je fus étonnée d’entendre qu’ils ne dormaient pas ensemble. Mais à bien y songer, c’est vrai que j’avais passé la nuit seule. Étrange couple qui, apparemment ne s’entendait pas vraiment et qui, en plus du reste, faisait chambre à part. Je trouvai sa tenue de nuit, en flanelle et à carreau, posée en vrac sur un lit défait. Ce qu’il allait être chou là-dedans ! Et je découvris par dessous une boule de poils blancs endormie.

– Tu as un chat ! m’exclamai-je depuis la chambre.

– Évidemment que nous avons un chat. Mais sincèrement Marie, tu vas jouer à ce jeu longtemps  ? Tu le détestes ce chat, c’est Monsieur.

– Monsieur ? C’est son nom ? Quelle drôle d’idée.

– Elle vient de toi cette idée, soupira-t-il encore, répondant à mi-voix.

Je ne pus m’empêcher de le prendre dans mes bras, le câlinant sous le menton. Encore un peu endormi, il se laissa faire, fermant les yeux, appréciant. J’adorais les chats, mais il m’était interdit d’en posséder un dans l’immeuble ou je vivais. Thomas fut véritablement scié en nous voyant arriver.

– Tu es sure que ça va ?

– Oui, il est chou. Oh pardon, j’ai oublié ton pyjama du coup !

Je reposai l’animal qui, ravi de pouvoir de nouveau explorer les lieux à son aise, profita de l’occasion pour faire sa ronde et lui proposai de m’occuper du repas à mon retour, mais il se releva et reprit un air assez sombre. Il me semblait pourtant avoir fait un sans faute. Je ne comprenais décidément pas.

– Ça ira, j’ai pas faim. Juste besoin d’un calmant et… je vais aller me pieuter. Ça vaut mieux.

Il préférait se coucher tôt. Sans doute que l’opération et la douleur l’avaient fatigué. Je resterai donc attentive pour le cas où il n’aurait besoin de rien et même si, comme il me l’avait signifié, ses jambes allaient très bien.

Après tout, les miennes aussi et pourtant, il s’était un peu occupé de moi malgré leurs mauvais rapports.

Afin de passer le temps, je fis le tour du salon, scrutant les livres, CD et autres DVD. Je remarquai, amusée, que nous avions quelques goûts en communs. Il possédait d’ailleurs une impressionnante collection de films d’animation par exemple.

Je m’assis là ou il se tenait quelques minutes auparavant, observant la pièce silencieuse. Que n’aurais-je pas donné pour voir cela de mes yeux, pour connaître la configuration des lieux, ses goûts, ses habitudes. Je me sentais un peu bête de sourire ainsi alors que je pouvais m’abreuver de tous ces mystères désormais. Mais la façon dont cela m’était permit me revint et je me retrouvai de nouveau à passer mes mains sur mon corps et mon visage, celui d’une étrangère, d’une femme que je n’avais vue que quelques fois à la télé ou en photo. Une femme que j’enviais plus que tout et qui, aujourd’hui, me donnait l’impression d‘être l’inverse de ce que je pensais d’elle. Je l’enviais moins subitement. C’était de la savoir lui apportant son soutien et son amour que j’appréciais chez elle et non le stresser comme elle le fit en réalité, hors caméra. J’aurais voulu être là, moi. Dans mon corps et qu’il sache qui j’étais plutôt que de me croire prête à lui jouer un mauvais tour à tout moment.

J’aurais tout donné pour être avec lui, une heure, une journée. Était-ce cela le prix à payer de mon vœu le plus sincère ? D’y avoir laissé mon propre corps ? Je me sentais telle la petite sirène, troquant sa queue de poisson et sa voix afin de pouvoir approcher le prince. Un prince qui finalement, ne la reconnaîtra jamais, ne saura jamais rien de ses sentiments et la mènera à sa perte.

Souhaitant laisser mes craintes derrière moi, toutes ces interrogations qui ne trouveraient certainement jamais de réponses fiables. Juste qu’il en était ainsi et rien de plus, pas de vilaine sorcière ni de pacte à proprement parler. Je choisis de me passer le film, la version Disney possédait une fin plus heureuse, cela me remettrait peut-être du baume au cœur. Mais je m’endormis à mon tour et bien avant la fin.