Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 4 - Jour 1


Au matin, le peu de bruits que je perçus me firent l’effet d’un marteau piqueur dans la tête. Une pression douloureuse me barrant le front, lancinante jusque dans les globes oculaires. Même le fin trait de lumière s’échappant d’entre les rideaux pouvait avoir des allures de torture. Je plongeai mon visage dans le creux de l’oreiller, espérant y trouver un peu de fraîcheur, mais rien n’y fit. Et bien que je n’en avais pas souvent eu, je devais admettre que mon mal était dû à une furieuse gueule de bois.

– Maman ? criai-je.

Le mouvement dans la pièce à côté m’indiquant qu’elle était sans doute venue me voir à l’improviste. Mais je le regrettai amèrement, ma propre voix me vrillant les oreilles ainsi que toute la boite crânienne. Je m‘attendais à la voir entrer avec son sourire à la fois bienveillant et accusateur. Bien que je ne me souvenais pas avoir bu, seul mon état en était témoin. La porte s‘ouvrit et ce ne fut pas elle, mais la personne la plus improbable au monde qui entra : Thomas Dupré.

Il s’assit sur le rebord du lit alors que je le fixai bouche-bée, retenant mon souffle alors qu’il me tendit un verre d’eau où pétillait encore un cachet effervescent. Je ne savais ou porter mes yeux, déjà que ce fut pénible de les tenir ouverts. Le verre ou lui ? Lui ! Véritablement là, en chair et en os ! Il m’adressa un sourire compatissant.

– Thomas ? C’est… que faites-vous ici ? Ou… plutôt, qu’est-ce que moi je fais ici ? m’apercevant que je ne me trouvais pas chez moi.

Tout était blanc mis à part les tentures et le linge de maison, dans des tons beige clair. Les murs, le mobilier, un vrai décor de catalogue rubrique chambres romantique.

– Bon… soupira-t-il, de nouveau agacé. Je vois que tu joues encore à ton jeu débile, salut ! Oh ! Et j’ai un shooting toute la matinée au fait, précisa-t-il avant de passer et fermer sèchement la porte.

Il avait durement posé le verre sur le chevet, renversant un peu du liquide malmené sur le bois peint. J’étais sidérée de me trouver chez lui. Cette voix dans cette voiture, la loge, c‘était donc lui ! Mais comment m’étais-je retrouvé en sa compagnie ? Et surtout, pourquoi était-il aussi énervé envers moi ? Que lui avais-je fait ?

Non, vraiment, il n‘était pas aussi aimable qu’il ne paraissait. Mais je devais admettre qu’il était encore plus adorable vu de près malgré son air agacé. Et sa voix ! Elle pouvait être d’une tonalité basse, capable de faire me vibrer telles les cordes d’un instrument. Et lorsqu’il était en colère, elle se faisait plus profonde encore. Ma présence ici m’échappait totalement, mais je n’allais pas me laisser abattre, cette chance d’être auprès de lui et sans savoir si cela durerait ou non, je ne pouvais la gâcher. Peut-être avais-je été tirée au sort ? Était-ce pour une télé-réalité ? Je ne me souvenais de rien. Normal si j’avais bu. Enfin… il fallait d’abord que je m’en remette, mes neurones peinaient à suivre tout ça, ma migraine n’y aidant pas.

Je me rallongeai après avoir vidé le verre salvateur et lorsque l’aspirine fit enfin effet, je retombai endormie. Thomas m’apporta un sandwich dans l’après-midi ainsi qu’un autre verre. Il vint également me voir, ne s’éternisant pas, à divers moments. Mais chacune de ses apparitions faisait sensation.

Le soir venu, le malaise et le marteau piqueur s’étaient éloignés, je me levai enfin et titubai jusqu’à la salle de bain. Depuis le temps, il me semblait que ma vessie allait exploser et devenait douloureuse à force. Le soulagement fut total. Je craignais d’avoir une mine affreuse avec tout cela et je me postai devant le miroir afin d’estimer les dégâts. Faites que j’aie pas d’horrible poches sous les yeux. Pas devant lui mais je craignais le pire.

Il apparut, affolé lorsqu’il m’entendit crier, mais pas autant que moi. Le reflet que m’envoyait la glace n’était pas le mien ! Pas du tout ! Fine, blonde, la mâchoire carrée, les pommettes saillantes, les yeux foncés. Cependant jolie malgré les cernes marqués par l’alcool et le teint pâle. Marie ! Sa petite amie ! J’étais dans le corps de Marie !

Je me reculai jusqu’au mur face au lavabo, buttant contre celui-ci et me laissai glisser, me retrouvant par terre, les jambes coupées.

– Si tu me dis que c’est à cause d’une araignée, je…

– Non ! C’est moi ! Enfin ce n’est pas moi ! Ce n’est ni mon visage ni mon corps c’est… c’est…

– C’est toi Marie, bien sûr que c’est toi. Bon sang, mais qu’est-ce que tu as consommé pour être à ce point défoncée ? Ne me dis pas que tu en as encore repris ! Qu’est-ce qu’on avait dit pour la coke ?

Mais j’étais trop sous le choc pour savoir que répondre. Je ne pouvais m’empêcher de tâter ce visage, ce corps plus fin, cette poitrine ayant perdu une taille de bonnet. Cette peau ! La teinte n’étant pas la même, j’étais moins halée normalement. Ces cheveux ! Je tirai sur les pointes pour mieux les cerner. J’étais brune ! Pas blonde ! Non, c’était juste impossible. Ou était mon propre corps !

J’étais à la limite de la crise de nerfs lorsqu’il s’approcha et m’aida à me relever. Sourcils froncés, visiblement exaspéré, mais néanmoins sans me brusquer. J’en demeurai tétanisée de le voir si près. Il me tint le visage alors que j’étais dos au mur. Le sien était si proche que je pouvais sentir son haleine, reconnaissant l’odeur de la cigarette, son pêché mignon, ainsi que son parfum. Réconfortant. Il me fixait droit dans les yeux, m’obligeant à soutenir son regard. Il faisait naître tant de choses en moi, surtout le désir d’éviter de passer pour une folle, que je me calmai.

– Tes yeux ne sont pas injectés de sang pourtant, ce n’est pas un bad trip ordinaire. Qu’est-ce que tu as pris Marie ?

– Je ne suis pas Marie, articulai-je, complètement perdue.

Il me ramena à la chambre, me fit asseoir sur le lit et je tentai de lui expliquer la situation. Bien que je ne la comprenais pas moi-même.

– Je m’appelle Manon. Ce n’est pas mon corps, je ne sais pas comment c’est arrivé ni pourquoi. Je ne suis pas Marie.

– Bien sûr… et moi, tu me reconnais ? fit-il, se positionnant à ma hauteur.

– Thomas Dupré.

– Bien, c’est déjà ça. Et toi, tu es ? m’invita-t-il à poursuivre.

– Manon, je m’appelle Manon.

Il soupira. Décidément, je ne parvenais qu’à ce genre de résultat. Il me laissa alors que je me demandais si finalement, je ne devrais pas faire semblant d’être elle afin de cesser de l’énerver. Mais lui mentir était au-dessus de mes forces et d’ailleurs comment aurais-je pu ? Je ne connais quasiment rien d’elle.

– Bois ça, demain ce sera passé.

Il me tendit un verre. Je reconnus l’odeur du valium et n’en bu qu’un peu afin de le contenter. Thomas m’aida à m’allonger, ajusta la couverture ainsi que mon oreiller et ne quitta la pièce qu’après m’avoir embrassé le front, du bout des lèvres. Je devais être en plein rêve car j’étais en train de vivre mon vœu le plus cher, mais d’une étrange façon et à travers quelqu’un qui lui était proche. Devais-je profiter de ces moments tant que je le pouvais ? Tâcher de redevenir moi-même ? Mais comment ? Je ne savais pas même ce qui avait pu provoquer cela ni même si tout cela était réel.