Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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A sa place

Chapitre 3 - Jour J'


– Hé ? Ça va ? OK, tu tiens à peine debout comme d’habitude. Monte...

Du cuir crissa sous mes fesses et je me retrouvai en position assise sans même l’avoir envisagé. Mise en place par une paire de bras fins, mais assez forts pour m’avoir soutenue. Un parfum musqué dont il aurait été si simple de tomber immédiatement sous le charme m’ayant prise au dépourvu. Mes jambes ensuite furent disposées devant moi, n’ayant pas tout à fait suivi d’elles-mêmes. Je les découvraient nues, fines et dépassant d’une robe claire assez courte.

Une portière claqua à ma droite, une autre s’ouvrit à gauche et le mouvement du véhicule lorsque quelqu’un s’assit à côté de moi, derrière volant, me provoqua un léger haut-le-cœur. Un second claquement sec suivit.

– Je peux savoir ce qui t’a pris encore ? Justement aujourd’hui !

Cette voix, pourtant familière bien que légèrement différente de celle qu’il me semblait connaître, mue par une intense colère, se tu le temps de mettre le moteur en marche. Il soupira si fort que je pus l’entendre clairement et les vibrations du véhicule se propagèrent en moi comme si mon propre corps faisait partie de l’engin lui-même.

Affalée et presque incapable de bouger de mon propre chef, ses mains s’affairant à boucler ma ceinture de sécurité avant de s’occuper de la sienne, de nouveau son odeur me chatouilla les narines, provoquant un éternuement. Il avait un peu abusé sur la dose finalement.

Une sensation de lourdeur infinie dans les membres et le postérieur me clouait littéralement au siège. Je tentai vainement de reconnaître celui qui me parlait aussi sèchement, laissant lourdement retomber la tête de son côté. Un long vertige n’arrangeant pas mes tentatives. Ma vue se troubla et j’avais de la peine à bien le distinguer. Tout ce que j’en perçus était qu’il avait les cheveux bruns mi-longs,  terminant par des boucles ainsi qu’une barbe naissante.

– Tu penses que tu sauras au moins te traîner jusqu’à l’intérieur et donner le change ? Marie ? Tu m’entends ?

Mes paupières trop lourdes elles aussi se refermaient malgré mes efforts. Un claquement de ses doigts, main tendue vers mon visage me fit sursauter intérieurement et les rouvrir aussitôt, m’empêchant de sombrer.

– Écoute. On va tâcher de paraître naturels en descendant de voiture, je te soutiendrai le temps d‘entrer. En espérant que l’on ne nous mitraille pas trop. Ensuite, tu resteras dans la loge, ça vaut mieux.

– Qui êtes-vous ? parvins-je enfin à articuler, la bouche pâteuse et l’impression de ne pouvoir m’exprimer qu’au ralenti.

Je ne reconnu d’ailleurs pas ma voix et cela fit monter en moi une envie soudaine et irrépressible de rire. Je ne pus me retenir, provoquant de nouveau un long et pénible soupire de la part du conducteur.

– C’est la dernière fois tu entends ? Soit tu arrêtes cette merde soit tu fais une croix sur les soirées promos.

Il ne sembla pas vraiment de meilleure humeur alors que j’explosai encore une fois face à sa détresse. Pourquoi d’ailleurs ? C’était totalement incontrôlable, comme si mon corps réagissait d’une façon contraire à ce que je souhaitais moi. Je voulais juste savoir où je me trouvais et avec qui. A la limite du mal de côtes et reprenant mon souffle, je tentai de lui parler de nouveau.

– Qui êtes-vous ? Je… j’ai l’impression de vous connaître. Où allons-nous ?

– Oh putain… Marie… arrête !

– Marie ?

Il ne répondit plus et j’abandonnai cette vaine lutte pour le moment. Songeant que cet état passerait tôt ou tard et que je comprendrai alors ce qui m’arrivait. Mes souvenirs se faisaient confus, mais je tentai de les rassembler dans l’ordre. Il y avait eu le parking, ce vieux monsieur en marche arrière, le trottoir, le feu passant au vert et puis… le sol froid, la pluie… enfin cette voiture, cet homme.

M’emmenait-il à l’hôpital ? Étais-je blessée ? Mis à part les muscles de mes abdominaux à cause de ce fou rire étrange, je ne ressentais aucune autre douleur. J’avais surtout l’impression d‘avoir bu plus que de raison. Et lui, qui était-il ? Sa voix m’était familière comme si je l’avais entendue des dizaines de fois, mais… jamais aussi clairement. Jamais aussi proche.

J’évitai de le contrarier de nouveau et gardai les yeux fermés durant tout le reste du trajet. Me concentrant afin de ne pas dormir ni de rendre ce que je devais avoir dans l’estomac lorsqu’il entamait un virage. Dans la loge avait-il dit. Une loge de quoi ? Pourquoi une loge ?

Enfin il arrêta la voiture ainsi que mes tourments gastriques. Il me semblait entendre des acclamations ainsi que des applaudissements en dehors du véhicule. Il sortit et je tentai de me relever afin de l’accompagner jusqu’à cette fameuse loge à laquelle il tenait tant, mais mon corps était toujours de plomb. Sortir de là s’avérait plus compliqué que de m’y glisser et je ne lui étais d’aucun secours. Au contraire, un nouveau fou rire me prit face à cette situation désespérante. Me pliant en deux et annihilant définitivement toute chance d’y parvenir. Une voix assez autoritaire lui proposa de s’en occuper. Il accepta, me donnant l’impression de le faire à contrecœur et me laissa en compagnie de cet inconnu.

– Il va juste t’aider à rentrer par-derrière, OK ?

Je n’y comprenais rien. La voiture se remit en route, mais juste quelques instants, le temps de faire le tour du bâtiment et alla se garer devant une issue plus discrète. Le type se chargera alors de me porter jusqu’à une petite pièce. Vu son gabarit d’homme de la sécurité, il fut plus efficace. Il m’allongea sur un sofa clair puis me laissa en plan. Fermant la porte derrière lui.

Le flou total, des bruits de pas dans le couloir, des voix brouillées puis ce conducteur à la voix si familière qui revint. Il était accompagné d’une femme qui s’exclama en me voyant, l’interrogea sur mon état avec un pur accent parisien du seizième. Il lui répondit que ça allait aller et qu’il avait malheureusement  l’habitude de me voir dans cet état avec un zeste d’amertume. Je tâchai d’ouvrir de nouveau les yeux. Ma vue se fit légèrement plus nette, je me trouvais effectivement dans ce qui pouvait être une loge. Il était assis devant un large miroir et se faisait maquiller comme pour entrer en scène. Cette femme faisait barrage à ma vue et l’effort encore trop prononcé afin de tâcher de le reconnaître ou non, me fit aussitôt retomber dans le vague.

Une chose était sure, même s’il m’en voulait à cause de mon état involontaire, j’aimais bien le son de sa voix.