Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Chapitre 2 - Jour J


Le jour J tant attendu, le lendemain donc, une pluie légère se mit à balayer la Plaine Saint-Denis dans la matinée. Se transformant au fil des heures en une averse plus soutenue. Je ne devais pas traîner. À peine terminé au travail, que je n’aurais que le temps de filer jusqu’à chez moi me changer, manger un morceau sur le pouce et repartir afin d’attraper le métro. L’émission étant enregistrée plus tôt que sa diffusion, pas tout à fait en direct.

Je vivais dans un studio cosy situé au cinquième étage d’un immeuble bordé d’un petit parc ainsi qu’un parking privé. Cela faisait à peine vingt minutes qu’il ne pleuvait plus, laissant les allées boueuses et les chemins de dalles à l’ancienne légèrement glissants. Je me hâtai, vérifiant pour la troisième fois depuis que j’eus quitté mon appartement que je n’avais pas oublié mon téléphone et qu’il fut rechargé afin de tenter quelques photos ou un court film. Encore fallait-il que je sois bien placée parmi les fans présents, mais j’étais persuadée que tout me sourirait aujourd’hui. Je le sentais. Un sentiment de plénitude ne m’avait pas quitté de la journée. D’ailleurs le mauvais temps n’avait-il pas cessé ? Non, cette fois, j’allais le voir, de près, en vrai, peut-être même lui serrer la main. Lui, d’ordinaire si amical et proche de ses admirateurs. Toucher sa main… Décidément, je me faisais l’effet d’être encore une ado lorsqu’il était question de cet homme.

Évitant de salir mes bottines ainsi que le bas de mon pantalon, je traversai par le parking. Une voiture me coupa la route tout en reculant de son emplacement, le bruit strident des freins me faisant sursauter alors que le véhicule parvint à stopper à la limite de me rentrer dedans. Sans doute quelqu’un de mal luné, pensais-je tout d’abord. Mais le conducteur, un vieux bonhomme a l’allure pourtant sympathique, baissa la vitre de mon côté.

– Désolé, je sors tout juste de révision, mais apparemment, ils ont fait un sale boulot avec mes freins. J’espère ne pas vous avoir fait trop peur !

– Non, c’est pas grave. Soyez tout de même prudent sur la route !

Non, aujourd’hui, rien ne détruirait mon enthousiasme, j’allais le voir, j’en étais persuadée. La moindre de mes pensées était tournée vers ce moment tant attendu et je me sentais heureuse, légère. Je bifurquai ensuite entre les rangées d’autos bien garées et sortis en coupant à travers les buissons bien taillés avant de traverser le passage pour piétons situé tout à côté. Une fois de plus, je vérifiai l’heure à ma montre tout en pressant le pas.

Le choc fut terrible et inattendu. J’eus même, durant l’espace d’une seconde, l’impression de m’envoler, mais rencontrai durement le bitume dans un bruit de craquement. La douleur me parcourut subitement de ma jambe au creux des reins. Ma tête elle aussi heurta le sol. Et je sentis monter une plainte assez légitime qui refusa de passer la barrière de mes lèvres, devenue muette suite au choc. Le moindre mouvement me coupant le souffle alors que la pluie se remit à tomber, me collant les cheveux au visage, les vêtements au corps sans que je puisse l’en empêcher.

Autour de moi, des voix, des ombres se rapprochant et puis plus rien. Je sentis subitement le froid m’envahir, et l’impression que toute la chaleur de mon corps se réfugiait en un point unique, mon cœur. Une image, tel le roc auquel l’on s’accroche avant de sombrer dans l’abîme se substitua à celle grise de la rue et des ombres, celle de celui que je voulais tant apercevoir, juste une minute, Thomas.