Gaëlle Laurier

Auteur de romances. Découvrez mes univers.

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A sa place

Chapitre 1 - Jour J-1


La télévision allumée et mise pratiquement en sourdine chuchotait tandis que le journal du soir touchait à sa fin. Je n’y jetai que quelques regards de temps à autre depuis la cuisine ouverte, remuant ma béchamel. En général, les infos ne me passionnaient pas plus que cela et j’attendais surtout que débute le film tout en chantonnant un air entendu en cours de journée.

Ce devait être pour cela que je ne fis pas attention tout de suite lorsqu’ils en virent à passer au gros titre suivant. Ils diffusaient les premières images d‘une série à succès reprenant bientôt pour sa seconde saison.

La sauce prête, je posai mon poêlon de côté et aperçu l’écran du coin de l’œil. Rapidement, je m’en approchai, fascinée. Un large sourire se dessina involontairement sur mon visage lorsqu’il apparut. Thomas Dupré. Jeune comédien qui, avant d’obtenir un premier rôle dans cette série, n’était pas vraiment connu du grand public. Mis à part au théâtre, mais depuis une bonne année à présent, il trônait tant dans les pages des magazines que sur les plateaux télé, mais également dans mes songes. Qu’ils soient nocturnes ou éveillés. Car non seulement, il possédait ce charme typique des hommes enfants, un sourire attendrissant et contagieux, un regard clair et perçant, mais se révélait puissamment convaincant. En ce qui me concernait, en tout cas, je ne pouvais m’empêcher de sentir une boule dans ma gorge voire même une larme de couler le long de ma joue lorsqu’il devait verser les siennes pour les besoins d’un rôle. De rire lorsqu’il étirait ses lèvres charnues ou ne pouvait s’empêcher de plaisanter lors des interviews. L’intense émotion qu’il dégageait m’ayant tellement transpercé l’âme la première fois que je le vis, qu’il ne quitta plus mes pensées depuis.

Je me posai sur le rebord du divan et eut le réflexe un peu fou de tendre la main vers son visage de pixels. Geste inutile puisqu’il ne percevrait pas la douceur de mes doigts sur sa peau ni la tendresse que j’étais prête à lui offrir. Il était si loin, inaccessible, presque irréel et pourtant, je ne pouvais empêcher mon cœur de battre et mes paumes de devenir moites. Sortant de ma contemplation, j’augmentai finalement le volume.

– Thomas Dupré, star montante du petit écran sera donc parmi les invités de l’émission de ce vendredi soir sur notre chaîne, conclu le journaliste avant de passer à autre chose.

Mais nul besoin de me le rappeler, j’avais déjà tout prévu. Le décodeur programmé afin d’enregistrer l’émission ainsi que le billet de métro acheté à l’avance pour me rendre jusqu’à la station la plus proche des studios. Tout cela, car j’espérais l’apercevoir lorsqu’il sortirait de voiture et traverserait les quelques mètres menant aux doubles portes. Et peut-être avoir cette même opportunité lors de son départ.

Il ne serait pas seul bien évidemment. Car si mon cœur était libre, mais épris de lui, le sien ne l’était pas. Sa petite amie, Marie, l’accompagnerait comme elle le faisait toujours. Ce qu’ils pouvaient être beaux tous les deux. Et avoir l’air si heureux ensemble. Même si mon vœu le plus cher était d’avoir l’opportunité de l’approcher de près, quoi qu’on en pense, je ne me sentais pas jalouse d’elle. Comment l’être ? À chacune de leurs apparitions, ils étaient souriants, se tenant amoureusement par la main. Ils semblaient faits l’un pour l’autre.  Au contraire, j’espérais que ce bonheur soit sans faille et perdure. Pour lui. Ce qui était juste par contre, c’était que je me sentais envieuse. Envers et contre moi, j’aurais souhaité être à sa place. Pas pour son physique de mannequin, ni pour sa carrière naissante, mais bel et bien parce qu’elle avait cette chance d’être aimée de lui, de pouvoir certainement le chouchouter dans l’intimité et qu’elle partageait sa vie avec lui.

Il aurait pu être le livreur de pizza, l’épicier du coin de la rue où n’importe quoi d’autre que cela n’aurait rien changé pour moi. Il m’avait suffi d’un regard et tout avait basculé. Simplement, je l’aimais. Et dire que certaines personnes pensaient sincèrement que le coup de foudre n’existait pas. Sans doute ne l’avaient-elles jamais connu. En attendant, je me contentais de ce genre de relation uniquement en pensée et cela suffisait presque à mon bonheur. Cela n’irait jamais au-delà et je le savais très bien. Je vivais ma vie de mon côté bien qu’il me fut désormais impossible de m’attacher à un autre homme. Thomas occupait l’entièreté de mon cœur.