Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse d’Angèle : Dans les jardins - 4


Alexandre.

Je n’arrivais pas y croire et pourtant, c’était vrai. Après tout ce temps, onze années pour être précis. Angèle était de retour à Paris.

Trop d’heures nous séparaient de notre dernière entrevue pour être certain de sa réaction sinon j’aurais bien été capable de la presser contre mon cœur. Mais nous n’étions plus les bambins effrayés par Jean-Pourri. Elle avait considérablement grandi, embelli pour autant que cela fut possible. Ou alors était-ce parce que moi aussi j’avais changé tant intérieurement qu’extérieurement et que sa beauté ne me laissait plus de marbre. Mais elle était et demeurait mon amie, rien de plus. Du moins, si elle-même me voyait encore comme tel.

– Angèle. J’avoue qu’hier je ne t’avais point reconnu, mais cela m’a taraudé jusqu’à aujourd’hui. Mais dis-moi, raconte-moi tout ce que j’ai pu rater. Comment vas-tu ? Après tout ce temps, et pourquoi êtes-vous de nouveau à Paris ? Allez-vous y rester cette fois ?

La voir partir si subitement m’avait causé un tel choc la première fois et je ne souhaitais pas vraiment revivre cela sans m’y attendre. Étrangement, les années de séparation venaient de voler en éclat, comme si nous étions quittés il y a quelques jours à peine. Son sourire était toujours le même, faisant de moi le petit garçon prêt à tout afin qu’il ne s’efface jamais.

– Mon oncle t’aura déjà informé pour ce qui est de notre présence ici, mais ne craint rien, je ne compte pas finir au bras d’un vieux riche quel que soit son titre, je ne choisirai que lorsque je serai sure qu’il s’agira de quelqu’un de respectable et qui me rendra heureuse.

C’était étrange comme cette affirmation, trop bien mis en avant me laissait un goût amer, comme si elle s’évertuait à me mentir. Qui laisserait sa fille choisir l’époux idéal à ses yeux lorsqu’il est question de fortune ? Et qui plus est connaissant sa mère, si aimante et si peu vénal n’est-il pas ? Angélique, pourquoi me mentir ? Pour me préserver ? Mais je fis comme si je n’eus rien remarqué.

– J’imagine donc que ton retour est définitif, souriais-je. En tout cas je suis content de te revoir. Même si l’entente entre nos familles n’est pas très cordiale, mais nous pouvons nous passer de leur approbation, je pense.

J’étais très curieux, je devais l’avouer et je m’installais plus confortablement, assis dans l’herbe et au plus proche que la décence et les conventions me le permettaient. La questionnant de toute part. Comment avait été sa vie depuis lors ? Elle vivait chez son oncle, la demeure ayant été bien entretenue était tout à fait vivable. Seul le caractère autoritaire de son parent venait à gâcher une vie qui aurait pu être plus sereine d’après elle.

Je la sentais mal à l’aise cela dit, plus le temps passait à me raconter, me mentir sur tout cela. Non, cela n’avait pas dû être si simple. Et une question enfin me taraudait plus que les autres. Pourquoi seulement maintenant ? Nous approchions tous deux de notre vingtième année. Moi d’ici la fin de ce mois, elle exactement trente-deux jours plus tard. Elle aurait dû être promise depuis bien longtemps. Pourquoi avoir attendu si leur situation n’était guère encourageante ?

Elle hésita à me répondre.

– Tu peux tout me dire sans crainte Angèle, ne suis-je pas ton meilleur ami ?

– C’est parce qu’ils ne m’avaient pas retrouvé avant. En fait…

Elle soupira, détourna les yeux et je vis bien qu’elle tentait encore de me dissimuler quelque chose, je l’encourageais donc à ne pas le faire.

– Ma mère, lorsque j’étais enfant, épousa Monsieur de Lonmour. C’est après son décès que nous sommes venues à Paris la première fois. Afin qu’elle trouve d’autres moyens de subsistance via un mariage convenable. Et reparties parce qu’elle avait échoué. Bien qu’elle préféra couper les ponts avec sa belle-famille, son beau-frère notamment, celui-ci fut toujours très prévenant envers moi et tâchait de garder de bons rapports en mémoire de celui qui m’avait aimée telle sa fille. Mais… lorsque les premières rumeurs de trouver une bonne fortune et de me marier fusèrent, je me suis enfuie. Il m’a cachée longtemps, près de trois ans. L’on me crut morte tout ce temps. Mais ce furent mes meilleurs moments, je me sentais libre, sans le poids du devoir sur mes épaules. Grâce à lui, je me suis instruite, j’ai appris ce qu’apprennent les dames, j’ai pu me divertir, fit-elle dans un sourire empreint de nostalgie avant de poursuivre.

Une larme venant à couler sur sa joue et je me retins de l’ôter du pouce. Trop occupé déjà à tâcher de dissimuler ce que je ressentais de tout cela.

– Mon oncle m’a retrouvée un peu par hasard et m’a ramenée chez lui. Peu après, l’on apprenait que Monsieur de Lonmour avait été trouvé mort. L’on ne retrouva pas trace de l’assassin ni même de la raison de ce crime.

– Et tu penses que ce serait lui qui…

– Il est dangereux Alexandre. Je t’en prie, ne le contrarie jamais, je ne voudrais pas qu’il t’arrive malheur à ton tour.

Ses yeux me fixaient, rougis et suppliants. S’imaginait-elle que cela allait m’effrayer ? Pour elle oui, sincèrement, mais nullement pour moi. J’étais apte à me défendre et j’étais dès lors bien décidé à veiller sur elle. J’en faisais une question d’honneur.