Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse d’Angèle : Dans les jardins - 2


Alexandre.

J’eus l’impression que la journée ne s’écoulerait jamais. Mais je devais cela à mon impatience de découvrir qui était la jeune fille d’hier soir. Même si mon père m’avait confirmé qu’il ferait des recherches de son côté, je ne pus m’empêcher de m’y lancer du mien. Suivant son conseil et allant tendre l’oreille auprès de celles qu’il nommait « les vipères ». Elles étaient assez facilement repérables. Toujours par petit groupe de quatre ou cinq, gloussant régulièrement derrière leurs éventails ou leurs gants et lançant des regards peu discrets vers la cible du moment.

Ou bien allais-je avoir cette chance de la rencontrer, elle.

Au contraire, je tombai sur Jocelyne. Elle fit mine d’être contrariée de mon départ précipité et je n’eus pas le cœur à la laisser de nouveau sans m’excuser. Mais son sourire revint bien vite.

– Je vous ai cherché une bonne partie de la soirée Alexandre. Mais j’ose espérer que vous ne me ferez plus faux bond cette fois. Je vous ai retrouvé, je vous garde.

Je souhaitais au contraire m’éclipser afin de mener à bien mes recherches, mais il aurait été vraiment impoli de ma part. Et j’imaginais que ces quelques instants à nous promener dans les jardins n’allaient pas empiéter sur celles-ci. Je n’aurais qu’à m’excuser d’ici à quelques minutes. À moins de lui dévoiler mes intentions.

En fait non, l’idée n’était pas fameuse. Il suffirait qu’elle prenne la mouche à propos de cette jeune fille, chose que je comprendrais, et n’en vienne à compliquer les choses. Je devais agir plus sournoisement si je voulais arriver à mes fins. Je lui offris donc mon bras puisque cela ne semblait pas la déranger d’accompagner un jeune mousquetaire en habit à travers les allées.

Mais je devais bénéficier d’une bonne étoile, car après quelques minutes durant lesquelles elle me conta ce que j’avais manqué de la soirée d’hier, elle en vint à me parler du grand gagnant. Un affreux bonhomme d’après elle, mais dont la fortune pouvait se vanter d’avoir fait des petits. À ce qu’elle prétendait, ce bienheureux poussé par quelques verres trop remplis, en vint à réclamer qu’il exigeait ce dont on lui avait promis. Ceci au grand étonnement des organisateurs puisqu’ils n’avaient pas manqué de lui remettre son lot avec tous les honneurs.

– Vous rendez-vous compte ? Il réclamait en fait qu’on lui rende la demoiselle qui, selon lui, lui avait porté chance. Nous le prenions tous pour un fou à force de l’entendre. C’était très drôle.

– Ah ? Et qu’est devenue cette muse des cartes ? Était-ce un fantôme ? Une apparition ? fis-je, amusé et faisant mine de m’y intéresser.

– Aucune idée, mais certains racontent qu’elle était fagotée comme l’as de pique, bien qu’elle fut couverte d’une robe joliment dorée, mais d’une si mauvaise coupe que l’on s’étonna qu’elle ait osé se présenter ainsi.

Je faillis m’arrêter net. Ce bonhomme recherchait celle que moi-même je tâchais de retrouver ! Était-ce lui qu’elle fuyait hier ? Et non uniquement son oncle.

– Et cet homme en mal d’amour donc, qui est-ce ? Est-il un bon parti au moins ?

– Un excellent parti ! s’exclama-t-elle. Veuf et riche marquis s’il en est. Ma foi si l’on consent à ne pas le regarder de trop près. Alexandre, il est en fait tout votre contraire. Âgé, vilain, et d’une vulgarité…

Très bien, ceci signifiant qu’en plus d’être jeune, je devais être plutôt beau garçon et bien élevé. Mais du côté des rentes, aucune comparaison ? Qu’importe ces détails au fond. Je ne pouvais pas en vouloir à cette charmante Jocelyne d’essayer d’appâter un jeune homme avant de se rabattre sur un vieillot. Mais si jeune époux il devait avoir, ce ne serait pas moi. Me marier ? Quelle idée. Faire attendre une femme de plus, comptant déjà ma douce mère, inquiète de me voir revenir blessé de mission ? Ou encore mieux, la laisser me commander et m’empêcher de voir mes amis, de rentrer après minuit. Je pense que père s’en chargeait déjà très bien. Et même en songeant que la nature me poussait à découvrir les petits secrets de ces dames, il en est tant qui furent si peu farouches, franchement pourquoi donc irais-je m’enchaîner ?

Mais j’avançai dans mes recherches cela dit, il ne me restait plus qu’a m’enquérir sur la demoiselle à la robe dorée.

– Et donc cette fille à la pauvre robe, comment dites-vous qu’elle se nomme ?

– Ma foi… je ne me souviens plus. Adèle, je crois. Non ce n’est pas cela, mais c’en est proche.

Adèle ? Angèle ! Ce nom me vint immédiatement. Il m’était familier lui aussi. Tout comme ce visage. Il me rappelait… Non c‘était impossible, Angélique vivait à des centaines de kilomètres d’ici et cela faisait si longtemps. Serait-elle revenue à Paris ? Sa mère tenterait-elle un mariage arrangé afin de retrouver une fortune perdue ?

Et je me rendis compte alors que j’avais envoyé mon père à la recherche de ce qui se rapprochait de son pire ennemi. Son oncle. Je me souvins l’avoir vu pâlir lorsque je lui en fit la description, le frère de ce de Valle.

– Veuillez m’excuser, mais je me souviens avoir une commission urgente à faire auprès de mon père.

– Oh ! Déjà ! Vous aurai-je plus longuement la prochaine fois ?

– Je ne saurais prédire madame, mais je vous souhaite une bonne journée.

Je la laissais repartir, demeurant un instant sur place à songer comment annoncer cela une fois rentré lorsque je vis l’oncle en question remonter l’allée, accompagné de deux valets. Le tout se dirigeant dans ma direction et marchant d’un pas vif. Semblant chercher quelqu’un du regard. Cette chère Angèle leur aurait-elle encore fait faux bond ? Elle n’avait décidément pas changé.