Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse d’Angèle : Dans les jardins - 1


Angélique.

Mon oncle m’avait tirée jusqu’aux appartements du Duc chez qui nous logions ma mère et moi. Il ne fit qu’en ouvrir la porte. Son assurance sans limites aidant à ce qu’il se sente chez lui partout où il foulait le sol, il me poussa à l’intérieur avant de refermer derrière moi.

Il n’y avait qu’un chandelier d’allumé dans la pièce. Il y faisait plutôt sombre, mais c’était mieux ainsi. Le principal mobilier était un vaste lit, occupé comme bien souvent et d’où provenaient gémissements et grognements de contentement. Ni les sons ni l’odeur de leurs corps sans doute se chevauchant depuis un moment déjà ne pouvaient m’échapper. Sans compter les multiples grincements et craquements se faisant subitement plus fréquents depuis que je fus entrée. Et dire que cela se déroulait sous mes yeux, sans aucune honte et si souvent que si je ne trouvais pas la chose aussi répugnante, je m’y serais presque habituée.

Je détournai la tête et m’éclipsai jusqu’à ma chambre. Attenante et si étriquée qu’elle ne pouvait contenir qu’une maigre couche ainsi qu’une malle. Je m’empressai d’ailleurs et comme chaque soir de pousser ce seul meuble contre celle-ci afin de tenir la porte fermée. Empêchant ainsi le Duc, amant de ma mère, de tenter de nouveau quoi que ce soit. C’était mon oncle qui les avait présentés dès notre arrivée à Paris, espérant que dans l’attente qu’il me trouve une « bonne poire d’or » à marier selon ses propres mots, il convienne de nous entretenir. Mais le bougre avait plus d’une fois souhaité goûter tant à la mère qu’a la fille. Jusqu’à présent j’avais pu m’y dérober, prétextant devoir rester pure pour mes noces, mais il finirait par se lasser.

Mis à part leurs hululements venant jusqu’à moi, j’étais enfin tranquille. Ni courbettes ni bonne figure, ici l’on ne me demanderait rien. L’étroite lucarne qui me servait de fenêtre était encore entrouverte et je m’en approchai, espérant échapper à leurs cris. Préférant ceux des oiseaux nocturnes.

Ce soir fut un échec cuisant dont il me faudra supporter le grief. Non seulement je n’avais pu terminer la robe que je devais porter, nos économies n’ayant permis que l’achat du fil et du tissu, mais l’odieux personnage que l’on souhaitait me présenter ne fit que de porter ses mains sur moi toute la soirée.

C’en était trop, il fallait que je m’éloigne de tout cela. Les hommes sont-ils tous bons à ne penser qu’à nous mettre dans leur lit ?

Mais le pire encore, je crois, était de l’avoir revu au milieu de tout cela. Alexandre. Il ne m’avait même pas reconnu. Avais-je tant changé depuis ces années ? Oh certainement oui. Mes cheveux clairs étaient châtains à présent et ma taille avait pris en centimètres. Tant par le haut qu’en terme de rondeurs légitimes. Quant à lui, je l’aurais reconnu entre tous. Alexandre. Sa voix par contre était celle d’un homme et non plus celle d‘un enfant. En fait, tout en lui était devenu homme, ses manières également. Pendu au bras puis aux lèvres de cette femme impudique. Il n’avait pas échappé à cela lui non plus. Mais au moins il n’avait rien perdu de son côté protecteur.

Je ne m’endormis que lorsque dans la pièce voisine, les bruits eurent cessé. Mes songes me portant des années en arrière, dans les bras d’un petit garçon courageux sans qui je ne serais pas là aujourd’hui. Car même si je me plaignais du sort que l’on me réservait, sans lui, sans son père, ç’aurait été bien pire. Dire qu’à l’époque et malgré mon jeune âge, je trouvais déjà ses yeux fascinants.

Au matin, je me sauvai au plus tôt, préférant éviter la première collation ainsi que le Duc. Je savais pertinemment bien que ce genre d’attentions ne faisaient que commencer, mais je les supportais de moins en moins. J’aurais sincèrement préféré naître sous une autre étoile. Telle que la fille d‘un boulanger, d’un aubergiste peut être ou… mieux encore, celle d’un jardinier. J’aurais pu l’accompagner dans les roseraies et les pelouses aux buissons parfaitement taillés. C’est d’ailleurs là que je me cachais la plupart du temps, dans les jardins attenants au Palais. Ici, pas de champs ou de petits bois et le jardin de mon ancienne demeure de Lonmour me manquait. À une époque j’aurais tout donné pour ne jamais y retourner et voilà qu’aujourd’hui, j’aurais souhaité ne plus quitter de nouveau ma campagne. Je ne me sentais à ma place nulle part que dans les jardins, au calme. Même s’il n’y avait que peu d’endroits ou rester à discrétion tant tout était entretenu de façon parfaite.

Je me dirigeai vers un lieu aux allures de petit labyrinthe dont les allées de buissons et de topiaires me permettaient de me dissimuler, échappant ainsi aux regards des promeneurs. Assise dans l’herbe, il m’arrivait de lire ou simplement de rêvasser. Oui, j’y perdais mon précieux temps comme le disait ma mère. Mais ce temps justement, c’était à peu près tout ce que l’on me laissait.