Gaëlle Laurier

Auteur de romances

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Ellipse d’Angèle : Un nom de fleur


Alexandre.

Rose, Marguerite, Violette ou Aubépine. Non, rien ne lui allait. Rien ne m’interpellait. Et pourtant ce visage, je le connaissais.

Mes amis m’avaient rejoint, mais je leur faussai compagnie, coupant court à tout espoir auprès de Jocelyne. La tête et le cœur bien loin de nos jeux de tout à l’heure. Même tout en sachant qu’il n’était pas prudent de déambuler ainsi seul dans la capitale, c’était l’esprit soucieux que je me traînai jusqu’à mon logis. Il se fit tard lorsque je rentrai enfin. Bien plus que si je n’étais resté en présence de mes compagnons et de ces dames il faut croire, car je me fis surprendre directement le perron passé.

– Ta mère était morte d’inquiétude, me fit mon père, se tenant au milieu de l’escalier, bougie à la main.

Il était encore en chemise et pantalon, signe que lui-même songeait à se coucher fort tard. Et bien que j’avais passé l’âge tandis que ma fonction au sein des mousquetaires m’autoriserait à croire d’être assez vieux pour rentrer au moment qui me sied le mieux, je ne tins pas à le contrarier. Sa remarque n’avait rien de méchant, il s‘inquiétait juste de ne pas me voir comme prévu.

– Vous lui ferez part de mes sincères excuses, père. Je n’ai pas vu le temps passer.

Mais sa présence était une providence. Qui mieux que lui dans mon entourage fut capable de retrouver quiconque, et ce, sur le peu d’informations dont je disposais. Je lui fis part de mon désir de m’entretenir avec lui, et ce, malgré l’heure tardive. Et sans doute me vit-il trop sérieux pour remettre cela à demain.

– Père, tout d’abord, je vous en prie, ne vous moquez point.

– Très bien, s’étonna-t-il avant de me proposer de m’asseoir et de prendre place lui-même. Je t’écoute.

– Père, je voudrais retrouver une jeune fille et vu le peu d’indices dont je dispose, il me semble que vous êtes le plus amène de m’aider à la retrouver.

Il m’avait promis de ne pas se moquer, mais il ne put s’empêcher de sourire avant de tâcher de reprendre un air concerné et sérieux.

– Oui et quel est son nom ?

– Eh bien voilà tout le problème. Je n’en ai qu’un maigre indice, il s‘agit d’un nom de fleur.

– Et es-tu certain de cette personne souhaite que tu la retrouves ? Peut-être n’a-t-elle rien dit de plus afin que tu te désintéresses.

– L’information ne vient pas d’elle, mais d’un homme se prétendant être son oncle. Et j’avoue que cet individu ne m’inspire guère confiance. Elle semblait effrayée de sa présence, comme souhaitant lui échapper.

– Et tu l’as vue ce soir au Louvre ?

– Oui père.

– Portait-elle une cape ? Ou lui-même un manteau en partant. Ont-ils parlé de quitter le palais en voiture ?

– Rien de tout cela.

– Alors cette fleur doit sans doute être logée là-bas. Dis-m’en plus sur elle.

– Oh père, comment dire. Vous assurer qu’elle soit belle comme le jour et fraîche comme la rosée serait une perte de temps, j’imagine. Ses cheveux sont châtains, ses yeux joliment bleutés. Mais je dispose d’un détail somme toute intrigant : sa robe. Un beau tissu de soie doré, mais aucune fioriture. Pas un volant ni un ruban. Alors que les dames aiment porter des toilettes plus complètes que celle-là.

– Un manque de moyens flagrant ? Pour une personne vivant au Louvre ! Ou récemment arrivée. La couturière n’ayant pas eu le temps de terminer sa robe avant qu’elle soit introduite dans le grand monde. Cela dit, ce détail à de l’importance. Vu les commérages, il ne se passera pas quelques heures demain qu’elle sera la proie des vipères en tout genre. Il n’y aura qu’à tendre l’oreille. Mais je crains également que tant d’empressement dénote le besoin pressant de lui dégotter un époux. Et quant à son oncle ? Peux-tu me le décrire ?

Je réprimai une grimace. Déjà qu’il se doutait, vu mes compliments sur la demoiselle, qu’elle avait marqué mon intérêt. Et dire qu’elle fut sans doute soumise aux regards des meilleurs partis hier soir. Et que dès que l’un d’eux se fera connaître… Que je me sentais heureux d’être né homme.

– Il porte des cheveux longs et bouclés comme les vôtres, mais blonds. Ainsi qu’une fine moustache. Un air si arrogant que l’on en viendrait facilement à vouloir le lui faire ravaler et… Père ? Vous allez bien ?

Je le vis pâlir subitement. Serait-ce la description de cet homme qui le mit dans cet état ? Lui que rien ne semble atteindre excepté si l’on portait atteinte à son épouse ou à moi-même.

– Oui, ce n’est rien. Sans doute quelques vieux fantômes venus me hanter. Je vais tâcher de me renseigner selon ce que tu m’as décrit. Quant à toi, tu es libre d’aller folâtrer demain dans les couloirs et jardins. Tu pourrais l’y croiser ou entendre parler d’elle.

– Je tacherai père, mais pas avant la fin de la journée hélas, car je suis appelé par mon capitaine à toute autre chose. Vous risquez de me voir rentrer plus tard. Je vous remercie.

Je le quittai alors que tenant son rôle à cœur et malgré que je ne sois plus un enfant, il me somma d’aller me coucher. Mais je craignais que le sommeil ne me vienne que difficilement. Songeant aux  quelques instants de cette rencontre. Ravissante fleur, quel était donc votre nom ?